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Les Promenades d'Erin

Les films de Novembre

29 Novembre 2019, 08:29am

Publié par Erin

Sorry We Missed You, de Ken Loach

Après avoir longtemps enchaîné les petits boulots mal payés, Ricky décide de devenir chauffeur-livreur "indépendant" pour une plateforme de vente en ligne. Le véhicule et ses frais associés étant à sa propre charge, Ricky (dont la situation financière n'était pas au beau fixe) va se retrouver dans une situation invivable: dettes, pression, délais intenables... Ce nouveau travail va engendrer des conséquences catastrophiques sur sa vie mais aussi sur celle de sa famille.

Aïe, aïe, aïe... Ken Loach a (encore) frappé là où ça fait mal. Sorry We Missed You dénonce "l'uberisation" de nos emplois, celle qui nous fait croire que nous sommes indépendants, "notre propre patron", alors qu'en fait nous restons des employés, pieds et poings liés aux actionnaires, grands patrons et grosses firmes. Celle qui fait miroiter à des gens comme Ricky qu'ils sont libres alors qu'en réalité le travail les asservit au point de mettre leur santé, leur vie en danger...

C'est douloureux comme un coup de poing américain dans les gencives. C'est beau comme un film de cinéma et révoltant comme un documentaire qui décrit si bien les rouages huilés de notre société capitaliste, pour qui le profit vaut toujours plus que l'humain. C'est si crédible que c'est terrifiant. C'est bien joué, (tous les comédiens sont au top de leur forme) c'est rythmé, et même drôle parfois. C'est d'ailleurs une des branches du génie de Ken Loach: réussir à faire sourire (pas très longtemps, mais toujours un peu...) alors que la vie est insoutenable. Pour prendre un peu de distance avec tout ça, avant de replonger allègrement dans les abîmes de la réalité. Enfin, c'est un film nécessaire, qui nous rappelle pourquoi, contre qui et pour qui nous ne devons jamais cesser de défendre nos idées. N'oubliez pas vos mouchoirs.

J'ai perdu mon corps, de Jeremy Clapin

C'est l'histoire de deux histoires. Il y a d'abord celle d'une main qui durant tout le film cherche à retrouver le corps à qui elle appartient. Et puis il y a celle de Naoufel, livreur de pizzas à Paris, qui tombe amoureux de Gabrielle, bibliothécaire de son état. Au moment opportun les deux récits se mélangent pour ne former plus qu'un, dans une grande cohérence.

Au début, on ne voit pas très bien où on veut nous emmener. Les images se succèdent, s'entremêlent, on ne sait pas trop ce que l'on regarde. Et puis, plus le film avance, plus les éléments se mettent en place pour créer une histoire qui a du sens. Il y a un côté surréaliste à regarder cette main (jumelle de "La Chose" dans La Famille Adams) se déplacer dans le métro Parisien, sur les toits de la ville, dans les appartements, en déployant des trésors d'énergie pour ne jamais disparaître et atteindre son objectif. C'est esthétiquement réussi (les dessins sont simples et efficaces), l'intrigue a le mérite d'être originale et l'ensemble est plein de poésie, emmené par des comédiens crédibles. Un étrange mais très joli petit écrin d'animation.

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Dans la transe des mécréants Dublinois

22 Novembre 2019, 10:53am

Publié par Erin

Dans la transe des mécréants Dublinois

Il y a quelques années, je me rendais à une soirée de musique celtique avec trois concerts différents: le violoniste Irlandais Martin Hayes, la chanteuse Ecossaise Julie Fowlis (pour qui j'avais décidé de sortir de chez moi ce soir-là) et le groupe Dublinois Lankum.

Formé par Ian Lynch (chant, uillean pipes, concertina, tin whistle), son frère Daragh Lynch (chant, guitare), Cormac McDiarmada (Chant, fiddle) et Radie Peat (Chant, concertina, harmonium, tin whistle), ils s'appelaient au départ Lynched, (en raison du nom de famille des deux frangins instigateurs du groupe) mais ont rapidement changé de nom en raison de l'étrange connotation autour du mot qui n'est pas seulement un nom de famille irlandais répandu, mais qui signifie aussi "lyncher" en anglais.

De gauche à droite et de haut en bas: Cormac McDiarmada, Daragh Lynch, Radie Peat et Ian Lynch

Aujourd'hui ils se nomment Lankum, d'après le personnage de la ballade False Lankum chanté par le gitan John Reilly. Ils sont tatoués, percés, mais ils ne font pas de métal ou de rock, non, non. Ils jouent de la folk brute, sans artifices et diablement efficace. Ils chantent souvent en harmonie (ce qui est peu commun en musique Irlandaise), des compositions originales (Cold Old Fire, The Granite Gaze, The Young People) mais aussi des ballades traditionnelles d'origine gitanes (What will we do if we have no money), ou d'origine anglaises (The old man from over the sea) et même des chansons à boire (The Wild Rover). Ils réarrangent tout ça à leur sauce, souvent constituée de bourdon grave à l'harmonium ou au violon, d'une histoire triste chantée en mode mineur, avec des voix pas toujours très justes, mais très impliquées, ce qui suffit pour prendre aux tripes.

Histoire de ne pas conduire leur public à la dépression, ils rehaussent souvent leurs chansons de bons reels qui vous redonnent foi en l'existence et qui participent à cette transe dans laquelle ils nous plongent allègrement. Sur scène ils sont connectés entre eux et avec le public, ils sont drôles et connaissent par coeur l'historique des chansons qu'ils interprètent. Ils détendent l'atmosphère avec des chansons telles que Billy O'Shea, Father had a knife, ou l'exercice de prononciation qu'est l'Irish Jubilee. (Parfaitement maîtrisé d'ailleurs, malgré les bières qu'ils boivent parfois sur scène).

Ils ont trois albums à leur actif: Cold Old Fire (2014), Between the Earth and Sky (2017) et The Livelong Day (sorti le 25 octobre dernier.) Les morceaux sont longs, prévus pour nous emmener loin dans la transe et la mélancolie. Lankum fait partie de cette nouvelle scène irlandaise contemporaine (parmi des artistes comme Lisa O'Niell ou Anna Mieke) qui rend à la folk son sens premier, en allant chercher les chansons du peuple et en se les réappropriant, avec un son simple, un peu rugueux, mais tout doux pour les oreilles. On est assez loin de l'Irlande romantique dans laquelle de pauvres femmes attendent leurs hommes partis en mer ou faire la guerre. Chez Lankum, les pauvres causent, boivent des coups et tuent leurs semblables. C'est ça parfois la vie, aussi.

Ces mécréants de la folk irlandaise (comme ils se surnomment eux-mêmes) sont fiers de ce qu'ils sont, sans trop grande prétention. C'est chouette pour le public qui à l'impression d'aller aux concerts d'une vieille bande de copains et en ressort euphorique. Qu'ils gardent leur étrangeté, leur côté punk, qu'ils restent des mécréants. C'est ce qui fait tout leur charme.

Si vous êtes novices en musique irlandaise et que vous ne voyez pas de quoi je parle quand j'écris Reel, Fiddle ou Uilleann pipes, vous pouvez vous référer à mon article généraliste sur la musique irlandaise. Vous y trouverez en principe, toutes les définitions nécessaires. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à les poser en commentaires !

Ici, le lien vers le site internet, pour des infos plus complètes, les dates de concerts (rares en France, mais pas inexistantes), les albums en vente...

Bonne écoute !

"The Old Man From Over The Sea", chanson populaire anglaise, suivie des reels The Kitchen Girl et Angeline the Baker (extraits de Cold Old Fire)

"The Granite Gaze" composition originale, extraite du second album

"Father Had A Knife" (premier couplet) / "Salonika" extrait du 1er album

"The Peat Bog Soldiers", traduction anglophone du "Chant des marais", écrit en camp de concentration par deux prisonniers Allemands pendant la seconde guerre mondiale

"Sergeant William Bailey", en concert à Dublin

Réarrangement complet de la chanson à boire "The Wild Rover", extrait du dernier album

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Les films d'Octobre

15 Novembre 2019, 09:35am

Publié par Erin

Bacurau, de Kleber Mendonça Filho, Juliano Dornelles

Dans un futur proche, au Brésil, le village de Bacurau disparaît soudainement de la carte, au grand dame des habitants.

C'est un drôle de film, somme toute assez violent dont on a parfois du mal à saisir le pourquoi du comment. Il m'a fallu une petite demie heure pour réellement rentrer dedans et j'ai passé les trois quarts du film à me demander pourquoi tout ce merdier. Beaucoup de violence, ça tire dans tous les sens et la tension est palpable. Cependant la dernière heure réussie à capter le public. Parce que les habitants de ce petit village récemment disparu n'ont pas prévu de se laisser dessouder gratos, sans riposter. De fait, le film bascule dans une autre dimension où la violence jusqu'à présent sans explication devient justice et protection d'une communauté. A voir pour l'expérience qu'il provoque.

 

Matthias & Maxime, de Xavier Dolan

Matthias et Maxime se connaissent depuis toujours. Lors d'une soirée, ils sont poussés à jouer dans un film amateur une scène de baiser. Ce geste à priori anodin va bousculer la dynamique de leur relation...

Il est de retour !!!! Il n'était pas parti très loin, il avait juste fait évoluer son travail en faisant des films différents. C'était son droit. Mais avec Matthias et Maxime, Xavier Dolan renoue avec ce pourquoi je l'aime. Les comédiens (ses véritables amis dans la vie) sont tous Québécois, ça dialogue beaucoup, vite et bien. On y parle de la fine frontière entre l'amour et l'amitié, des relations avec les autres mais aussi de sa place dans un groupe et plus généralement dans la société. C'est un film sur cette génération de trentenaires, encore jeune, plus vraiment ados et pas encore complètement adulte. De celle qui se demande si à son âge elle a encore le droit de changer d'avis, de place... Xavier Dolan film avec justesse cette dynamique de groupe protectrice, rassurante, vive mais écrasante aussi parfois. Ce baiser que l'on ne voit pas, fait progressivement monter la tension entre les deux protagonistes pour qui l'on espère qu'elle va se tasser afin de mieux laisser place à une réunion à laquelle on a très envie de croire. C'est beau, on est dedans dès le début et on a envie d'y rester.

 

Au nom de la terre, d'Edouard Bergeon

Pierre est fils de paysan. A vingt cinq ans, il reprend la ferme familiale. Vingt cinq ans plus tard, la ferme s'est agrandie et sa famille aussi. Mais Pierre croule sous les dettes et s'épuise au travail pour un rendement inexistant. Il sombre peu à peu dans une grave dépression de laquelle l'amour de ses proches ne pourra pas le sortir.

Parce que le sort de ce qui nous nourrissent m'intéresse, et qu' Edouard Bergeon parle de son père Christian à travers ce film, ça donne envie d'aller le voir. Parce qu'il faut parler du sort et des conditions de travail des paysans. Le problème avec Au nom de la terre ne réside pas dans le sujet, mais dans le traitement. Ce qui arrive a Pierre est terrible, tragique et malgré tout, il y a tant de distance que le spectateur reste à sa place et regarde tout ça de loin, au lieu de rentrer dans l'histoire et d'en être directement touché. Seules quelques scènes avec Veerle Battens (l'Elise du film Belge Alabama Monroe) arrivent réellement à émouvoir. Certaines images sont sans grand intérêt (je me serais en effet passé de la cavalcade à cheval dans le coucher de soleil, je n'ai pas bien compris ce qu'elle raconte...) Par ailleurs, Guillaume Canet est selon moi une erreur de casting. Bien qu'il soit un comédien généralement crédible, il est trop connu et trop "grand public" pour que ça fonctionne vraiment. Ainsi on ne voit Pierre en souffrance, mais Guillaume Canet qui pleure. La vraie réussite du film sont les images d'archives, qui rappellent que des drames comme celui-là arrivent tous les jours et que Christian Bergeon et sa famille ont énormément souffert, pour de vrai. Avant de faire de la fiction Edouard Bergeon a fait quelques documentaires autour du monde agricole. J'en aurais volontiers apprécié un autour de son histoire familiale.

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La délicatesse d'Angelina Wismes

8 Novembre 2019, 08:04am

Publié par Erin

La délicatesse d'Angelina Wismes

Comme je le disais dans mon article sur Leïla Huissoud, perdre à des compétitions de chant et autres radio-crochets télévisés est selon moi un point positif, car les chanteurs gardent leur authenticité et leur identité musicale. Lors de mes récentes tribulations sur youtube, je suis tombée sur une jolie perle, qui mérite d'être entendue.

Angelina Wismes à un peu plus de vingt ans lorsqu'elle se présente à The Voice en 2013. Elle passe son audition en reprenant Mon Enfance, de Barbara et gagne une petite place dans la compétition. Après quelques semaines, elle quitte l'émission, mais son passage en a marqué plus d'un.

Beaucoup d'artistes s'essaient à reprendre du Barbara. C'est un défi osé, car loin d'être évident. En effet, ces chansons ont tendance à se suffire à elles-mêmes et à surtout ne pas supporter la médiocrité. Je suis du genre à penser qu'il vaut mieux ne pas reprendre du Barbara du tout plutôt que de mal le faire. Si (en toute subjectivité), Patrick Bruel s'est vautré dans cet exercice, Angelina Wismes a réussi.

Passionnée par la Dame en Noir, elle enregistre à la suite du concours de chant un album complet en son hommage, intitulé sobrement A Barbara (sorti en 2015). Elle s'accompagne au piano simplement, et réinterprète les plus grands titres de Barbara avec beaucoup de respect et de pudeur. Le timbre de voix est différent et en même temps très proche, tout comme l'interprétation, ni trop effacée, ni trop grandiloquente.

A la suite de ce travail, elle a construit un spectacle entier sur des reprises qu'elle aime interpréter. D'Edith Piaf à Julie London en passant par le générique d'Anastasia chanté en Russe, Françoise Hardy ou Niagara, son répertoire est large et nous donne une belle étendue de ses capacités et de ses influences.

La manière de chanter d'Angelina Wismes est à son image, jolie et délicate. Pas forcément très à l'aise en concert pour parler à son public, elle a malgré tout une grande présence, assise derrière son piano ou debout derrière son micro. Quand elle chante c'est la fragilité de l'auditeur qui est mise à l'épreuve. Elle prépare pour mars 2020 un album original, qui contiendra ses propres compositions. Vivement.

Si vous voulez découvrir cet album sur scène un peu avant sa sortie officielle, Angelina Wismes sera en concert au Triton le 5 décembre à 20h30.

"Le mal de vivre" reprise de Barbara

"Nantes", reprise de Barbara

De passage au Triton en 2016 pour un concert de reprises diverses

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