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Les Promenades d'Erin

Massilia sans le système

31 Mai 2019, 08:17am

Publié par Erin

Prisonniers on l'est tous ici, paraît qu'on manque pas d'air mais s'ils savaient comme on étouffe ici !

Extrait de: L'Esquisse

Massilia sans le système

Qui prétend faire du rap sans prendre position ?

Extrait de : L'Esquisse

Suite à mon récent voyage à Marseille, (voir le lien vers l'article ici) je vous parlerai aujourd'hui d'une artiste locale que j'apprécie, j'ai nommé: Keny Arkana.

Née le 20 décembre 1982 à Boulogne Billancourt d'un père Argentin et d'une mère Française, Keny Arkana grandit à Marseille. Élevée seule par sa mère, elle traverse une enfance difficile, et est rapidement placée en foyer. C'est dans ces institutions qu'elle fera dès l'âge de 12 ans ses premières armes dans le rap et trouvera sa vocation. Rétive à toute forme d'autorité, elle fuguera de nombreuses fois, préférant être libre  plutôt que de vivre contrainte au sein d'une institution qui ne lui convient pas. Ces nombreuses expériences dans la rue, en foyer et en hôpital psychiatrique seront une grande source d'inspiration pour sa musique.

D'abord rappeuse au sein de collectifs, sa carrière solo est officiellement lancée en 2006, grâce à la sortie de son premier album (qui suivait le premier EP intitulé l'Esquisse) Entre ciment et belle étoile. Elle y évoque son enfance, (J'viens de l'incendie) le foyer, (Eh Connard !) mais aussi son attachement à ses origines sud-américaines (Victoria) et bien entendu, son besoin vital de vivre libre loin du système (J'me barre).

Keny Arkana est en effet un électron libre. Militante altermondialiste, elle se produit énormément lors d'évènements comme les forums sociaux mondiaux, ou pour des concerts de soutien et de petits festivals. Se définissant comme une "contestataire qui fait du rap" plutôt que comme une rappeuse, Keny Arkana privilégie ce militantisme, mettant sa musique au service de ses idées.

Dans Vie d'artiste (2012), elle dénonce le star system et l'industrie du disque qui aurait pu l'obliger à rapper uniquement pour l'argent. Préférant vivre sa vie comme elle l'entendait et ayant besoin de prendre du recul vis-à-vis de sa notoriété, elle n'a pas eu peur d'arrêter sa carrière un long moment pour voyager, notamment au Mexique pour rejoindre une communauté Zapatiste, dont elle se sent proche.

Ses textes évoluent avec elle au fil des années, mais le fond ne change pas. Keny parle d'elle mais aussi des autres, en particulier de ceux que l'on entend jamais ou trop peu. Elle transmet sa vision du monde, travaillant activement pour la paix, l'écologie, la solidarité et la fraternité entre les peuples. Si la colère transparaît souvent car ce monde est loin de lui plaire, elle n'en oublie jamais de garder un cap positif, espérant que les mentalités changent, que les barrières tombent et que l'avenir soit meilleur grâce à la puissance collective de l'humanité. Certains diront sans doute que c'est un discours utopique et simpliste... Mais ne vaut-il pas mieux dispenser un tel discours tout en agissant, plutôt que de propager la langue de bois environnante sans rien faire ?

En attendant elle garde les pieds sur terre et n'hésite jamais à faire intervenir l'actualité dans ses titres. (Pour preuve l'excellent Nettoyage au karcher en 2006 suite à une intervention de Nicolas Sarkozy, ou le coup de poing intitulé Le front de la haine (inédit) en réponse à des militants du Front National qui avaient détourné le clip de sa chanson La rage). Plus récemment, Dégagez ! évoquait le deuxième tour des dernières élections présidentielles de 2017.

Adepte des initiatives locales et parce que chacun est "une goutte dans l'océan" Keny Arkana cofonde en 2004 avec d'autres artistes, le collectif "La rage du peuple" suite à la fermeture d'un espace d'accueil et d'échange citoyen de la ville de Marseille. Ce collectif s'étend aujourd'hui au-delà de cette ville et consiste notamment en des assemblées populaires ouvertes à tous, qui permettent aux participants de s'organiser librement pour créer localement une dynamique de changement. Même si elle se déplace beaucoup, Keny Arkana n'oublie jamais d'où elle vient et tient beaucoup à Marseille. Les titres collectifs De l'Opéra à la Plaine (1, 2 et 3) sont de véritables témoignages d'affection pour cette ville et le vindicatif Capitale de la rupture dénonce les changements survenus dans l'espace urbain et le creusement des inégalités qui s'accroit au sein de la population, alors que Marseille est choisie pour être Capitale Européenne de la culture, en 2013.

Si son genre de prédilection reste le hip-hop, Keny Arkana a néanmoins des goûts musicaux éclectiques. Ses arrangements très divers contiennent une grande variété d'instruments (harpe, guitare, accordéon, saxophone...) et permettent de donner aux morceaux des couleurs et des genres différents.  On peut passer d'une ballade au piano au reggae revendicatif et percussif. Elle effectue souvent ses propres chœurs en studio, ce qui donne plus de force à certaines interprétations. En concert, Keny Arkana est une boule d'énergie accompagnée d'au moins trois partenaires en plus de ses musiciens. On en ressort gonflé à bloc, touché par un son brut, sans fioritures et d'une grande sincérité.

En 2016 elle sortait un EP de six titres intitulé Etat d'urgence, (en réaction à la politique du gouvernement menée depuis les attentats de 2015, disponible en téléchargement à prix libre ici), puis en 2017, L'Esquisse 3, annonciateur d'un prochain album prévu pour cette année.

A suivre... (ici le lien vers son site internet pour des infos plus complètes.)

Fille de la Lune, abracadabra
Je sors de la brume, appelle-moi Arkana,
P'tite de la rue, j'ai grandit je manie la plume
Comme un Samouraï manie son Katana.

extrait de L'Esquisse 3

Le titre qui a révélé Keny Arkana

Sur le premier album, paru en 2006

"Désobéissance" (2008) est petit (9 titres), mais percutant.

Extrait de "L'Esquisse 3" (2017), dernier EP avant le prochain album

Marseille, Capitale Européenne de la culture en 2013

Extrait de "Tout tourne autour du soleil" (2012)

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Voyage surprise à Marseille !

24 Mai 2019, 06:45am

Publié par Erin

Voyage surprise à Marseille !

Voyager à l'étranger, c'est génial. Mais depuis peu, j'ai tendance (pour des questions de budget certes, mais pas seulement) à me dire qu'il y a plein d'endroits en France qui méritent aussi d'être visités ! Lectrice des romans de Marcel Pagnol depuis de nombreuses années, il y a longtemps que je voulais faire un tour au pays du Mistral. Alors pour mon anniversaire, mon adorable famille m'y a emmené faire un tour !

La ville étant deux fois et demie plus grande que Paris, il est compliqué d'en faire le tour en 3 jours seulement. Nous n'en avons donc vu qu'une petite partie, celle du vieux port et de ses alentours, car nous étions logés à côté.

A notre arrivée, ce fameux Mistral soufflait beaucoup. Nous avons lutté mais réussi à nous promener sur le vieux port et dans le quartier du Panier (rendu célèbre aujourd'hui car il fût l'inspiration pour la construction du décor de la série Plus Belle La Vie, pour ceux que ça intéresse). Ce quartier autrefois très populaire est aujourd'hui victime comme tant d'autres, de la spéculation immobilière. Les loyers augmentant, la population qui y habite change aussi. Ce quartier n'en reste pas moins un très bel endroit aux charmantes petites rues pittoresques qui en font une chouette balade. Attention, il fait partie de la vieille ville, et les rues sont en pentes souvent abruptes ! Nous avons également fait un petit tour par la fondation Regards de Provence qui proposait une chouette exposition sur l'art de la table.

Dans le quartier du Panier

 

 

 

 

Le lendemain, nous avons effectué une visite guidée du vieux port et nous avons pu en apprendre beaucoup sur l'architecture de ce quartier. Puis nous avons rejoint le MUCEM (Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée) où était installée une très belle exposition sur l'art brut et l'artiste Jean Dubuffet. Ce bâtiment de béton à l'architecture originale a ouvert ses portes en 2013, alors que Marseille est nommée Capitale de la Culture Européenne. Moderne, il offre de beaux espaces d'exposition et une terrasse très agréable sur le toit. Il est accessible aux personnes à mobilité réduite grâce à des ascenseurs.

Une vue sur le vieux port (au loin sur la gauche: la cathédrale Notre-Dame de la Garde)

 

Pour accéder au Mucem

 

Le musée

 

Dentelle de béton fibré, légère et très solide qui entoure le musée, laissant passer la lumière et une chouette vue sur la mer
Juste avant d'entrer au Mucem, on peut appercevoir le palais du Pharo

En sortant du musée, nous avons pris le Ferry Boat, ce petit bateau qui pour cinquante centimes vous permet d'effectuer les 250 mètres de traversée en mer qui séparent une rive du port à l'autre. En face du musée se trouvait Le bar de la Marine, célèbre établissement décoré selon la description de Marcel Pagnol au début de Marius. Nous avons terminé notre journée par la visite de la cathédrale Sainte Marie de Majeure, église de style byzantin, qui, si elle n'est pas la célèbre Notre-Dame de la Garde, vaut quand-même le détour.

 

La cathédrale Sainte-Marie de majeure (aussi apelée la Major)

 

A l'intérieur de l'église

 

 

Sur les hauteurs de la colline, le vieux port en contre-bas et au loin, la Major

Le jour suivant, nous avons prit la mer pour nous rendre à l'Estaque, ce village du 16e arrondissement de Marseille, de tradition ouvrière. Jolies petites ruelles qui montent et qui descendent, mignon petit port et chouette point de vue en hauteur. Pour l'anecdote, c'est ici que Robert Guédiguian a tourné entre autres, son film Marius et Jeannette (1997).

En mer pour se rendre à l'Estaque

 

Arrivée à l'Estaque par la mer
Vue de l'Estaque, du parvis de l'église

Nous avons ensuite repris notre chemin pour la visite de la fameuse Cité Radieuse, construite par Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier entre 1947 et 1952. La visite guidée est complète et intéressante, elle donne même l'opportunité de voir un appartement tel qu'il était livré à l'ouverture de la cité. Même si je reconnais que le concept ait pu être franchement avant-gardiste et novateur à son époque, je suis en revanche moins fan du principe d'avoir en plus des appartements, les commerces et services communs au même endroit. J'ai eu le sentiment de me sentir un peu trop enfermée... Mais la vue depuis le toit terrasse est imprenable.

Notre mini séjour s'est achevé le lendemain avec l'ascension (en bus) jusqu'à Notre-Dame de la Garde (aussi connue sous le nom de "Bonne-Mère"). De là-haut, (au 6eme étage avec l'ascenseur) on a une vue magnifique sur tout Marseille. (Même sans le soleil). L'édifice est superbe à l'intérieur comme à l'extérieur. Avant de prendre le train, nous nous sommes arrêté rue Sainte, au Four des Navettes, pour rapporter de ces délicieux biscuits traditionnels parfumés à la fleur d'oranger !

Vue sur Marseille depuis les hauteurs de la Bonne-Mère
L'autel de Notre-Dame de la Garde

Avant de partir, j'avais entendu tout un tas de choses sur Marseille: "A part le vieux port (et encore), c'est moche", "c'est sale", "les gens sont pas très sympas"... J'en passe et des meilleures. Les avis étaient tranchés sur le sujet, soit on adorait, soit on détestait. M'étant fait ma propre expérience, je peux affirmer aujourd'hui que j'apprécie cette ville, pour son atmosphère, ses citoyens (qui avec nous se sont montrés très sympathiques) et son beau soleil.

Je n'ai vu qu'une infime partie de ce qu'est Marseille, j'ai hâte de pouvoir y retourner pour voir tout ce que j'ai manqué. Pour essayer aussi d'être plus proche des gens et voir une ville moins touristique... Car si Marseille a aujourd'hui de belles infrastructures c'est parce qu'elle a été choisie pour être Capitale de la Culture Européenne il y a 6 ans. Les transformations dont la ville a fait l’objet suite à cette nomination se sont visiblement faites plus ou moins au détriment des Marseillais. Beaucoup (et surtout les classes populaires) ont été expulsés de leurs immeubles qui aujourd'hui sont à l'abandon, pour que des touristes comme moi puissent profiter d'un centre ville "attractif". Pour info, 60% de la population Marseillaise habite en HLM...

Mais moi, quand je voyage, j'aime autant les visites touristiques que les balades hors des sentiers battus. Alors quand je reviendrai,  je ferai le tour de ce que je n'ai pas eu le temps de voir en essayant de m'en éloigner un peu plus. Merci ma super famille de m'avoir fait ce joli cadeau et merci d'avoir fait quelques photos pour moi, mon appareil photo m'ayant lâché à mi-parcours...

Au prochain vagabondage !

Voyage surprise à Marseille !

Le point de vue de la rappeuse altermondialiste et Marseillaise Keny Arkana en 2013, à propos de la nomination de la ville comme "Capitale de la Culture Européenne"... Ou le revers de la médaille touristique.

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LGBT à l'écran

17 Mai 2019, 07:40am

Publié par Erin

 LGBT à l'écran

Aujourd'hui, c'est la journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie. Je me suis donc dit que ce serait l'occasion d'écrire sur quelques films que j'ai vu, qui m'ont touchée et qui traitent de cette cause, ou dont les personnages sont LGBT.

L comme dans...

Oublier Cheyenne, de Valérie Minetto (2005)

Cheyenne est en couple et vit heureuse avec Sonia. Mais un jour, Cheyenne perd son travail et se retrouve en fin de droits. Elle décide alors de quitter Sonia pour mener une vie décroissante loin de la modernité et de ses contraintes. Sonia n'a pas voulu suivre Cheyenne, parce qu'elle tient à son confort de vie et qu'elle aime son métier d'enseignante. Alors pour avancer Sonia va tout faire pour oublier Cheyenne, parce que leurs modes de vie sont désormais trop différents.

Je pense qu'il doit s'agir du premier film que j'ai vu (à sa sortie), dont les protagonistes sont lesbiennes. L'homosexualité n'est pas le cœur du sujet du film (c'est plutôt l'engagement politique, la décroissance et la manière que nous avons d'envisager la société) mais il montre un couple de lesbiennes "normal" c'est à dire heureux, bien que traversé par des difficultés. Comme tout le monde en somme. Et ça fait du bien. De plus, les actrices sont crédibles et la mise en scène est originale. (Beaucoup d’ a parte face caméra notamment, pour inclure le spectateur à l'histoire et le rendre encore plus omniscient). Mention spéciale à Pierre, interprété par Malik Zidi, très bel exemple masculin de tolérance et de respect. 

Cheyenne et Sonia, Mila Dekker et Aurélia Petit
 
Pierre et Sonia, Malik Zidi et Aurélia Petit
 
 
 
La belle saison, de Catherine Corsini (2015)

Agricultrice, Delphine décide de changer de vie suite à une déception amoureuse. Elle arrive à Paris en 1971 et rencontre Carole, enseignante d'espagnol et militante du Mouvement de Libération de la Femme. Les deux femmes vont nouer une relation amoureuse passionnée mais semée d'embûches. Non seulement elles n'appartiennent pas au même milieu social, mais en plus la société ne leur facilite pas la tâche. Surtout chez Delphine, à la campagne...

Les années 1970 offraient une liberté qui permettait à l'amour (sous toutes ses formes) de commencer à s'épanouir. C'est ce vent de liberté  que l'on ressent pendant tout le film. L'atmosphère s'alourdit forcément lorsque les valeurs conservatrices se dressent contre lui, mais ce qui est bien avec le vent, c'est qu'il peut se faufiler partout et renverser ces valeurs, en poussant les gens à avancer...  Très beau casting (Izia Higelin et Cécile de France notamment), belle lumière et chouettes paysages ruraux. J'ai beaucoup aimé l'idée que l'histoire d'amour s'inscrive dans une époque avec un élan militant et féministe. Cette période nous permet en plus d'apprécier une superbe bande originale.

Une réunion du MLF

 

Cécile de France (Carole) et Izia Higelin (Delphine)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

G comme dans...

C.R.A.Z.Y, de Jean-Marc Vallée (2005)

C'est l'histoire d'une fratrie de cinq garçons dans le Québec des années 1960 à 1990, racontée du point de vue de Zachary, le quatrième frère. Très protégé par ses parents dans l'enfance, ses rapports avec eux changent, alors que les premiers signes de l'homosexualité se montrent peu à peu. Zac va devoir lutter pour se trouver, se comprendre et retrouver sa place au sein de sa famille, alors que son environnement est loin d'être ouvert à la différence...

C'est ce film qui a déclenché mon intérêt pour le Québec et sa culture. J'aime sa langue et son cinéma d'auteur profondément humain. Parce que C.R.A.Z.Y est plein d'humanité, pour tous les personnages, des protagonistes aux secondaires. Il montre avec justesse les aléas des relations familiales et fraternelles, les difficultés à trouver son identité... Qui sont décrites avec beaucoup de compassion, sans jamais tomber dans la niaiserie. C.R.A.Z.Y c'est un propos très positif sur la différence, l'acceptation de soi et la tolérance des autres. C'est un humour parfois tendre ou corrosif (ça dépend d'où l'on regarde) et une bande originale de la mort qui tue.

Zachary (Marc-André Grondin)
Zachary et sa mère (Danielle Proulx et Emile Vallée)
 
 
 
 
 
 

 

 

Quand on a 17 ans, d'André Téchiné (2016)

Dans un petit village de montagne, Damien, 17 ans, vit seul avec sa mère Marianne qui est médecin. Au lycée, il rencontre Tom, métis adopté, avec qui il nouera une étrange relation au départ très violente. Lorsque la mère de ce dernier tombe malade, Marianne le recueille. Cette cohabitation forcée fera évoluer les rapports des deux adolescents et permettra à Damien de s'épanouir et de s'accepter tel qu'il est.

Joie intense que de voir du Téchiné, bien filmé et délicat. Les paysages montagneux qui accompagnent l'histoire de ces deux garçons (très bien portée à l'écran par Kacey Mottet-Klein et Corentin Fila) sont magnifiques et participent à l'atmosphère du film. Toujours présente, la montagne est comme le premier témoin de l'histoire qui se déroule à son pied. La mère de Damien (Sandrine Kiberlain) est un exemple de tolérance, de résilience et de joie de vivre, qui construit une belle relation de confiance avec son fils. Alternant drame et comédie, le film dépeint avec justesse le trouble et la gêne des premiers émois amoureux, sans jamais trop en faire (ni pas assez d'ailleurs). Et puis il y a Yafaké, cette chanson de Victor Démé qui ponctue de jolis moments...

Damien, Tom et Marianne

 

Les comédiens Corentin Fila et Kacey Mottet-Klein

B comme dans...

 

 

Velvet Goldmine, de Todd Haynes (1998)

En 1984, le jeune journaliste Arthur Stewart est chargé d'écrire un papier sur le chanteur Brian Slade, en son temps icône du glam-rock. A travers les interviews de ceux qui l'ont connu, il nous (re)plonge dans cet univers, qui a marqué sa propre jeunesse et bouleversé son existence.

Comment cela aurait-il pu se passer si David Bowie avait vécu une histoire d'amour avec Iggy Pop ? Ce film propose une hypothèse... Servi par un casting au cordeau, (Jonathan Rhys Meyers, Ewan McGregor, Toni Colette et Christian Bale) sur une musique du tonnerre, ce film remonte le temps et nous transporte en pleine époque du glam-rock,  aussi riche par ses propositions musicales que vestimentaires. Il retranscrit également très bien toute la subversion de ce mouvement et l’ambiguïté sexuelle qui y est associé. Ouvertement bisexuel, Brian Slade affirme cette différence et profite de la liberté induite par son courant musical et son époque pour laisser libre cours à ses envies. Bien qu'intéressante l'histoire d'amour ne semble qu'un prétexte pour retrouver cette atmosphère de liberté, pour le plus grand plaisir de nos yeux et de nos oreilles !

Jonathan Rhys Meyers et Ewan McGregor (Brian Slade et Curt Wild)

 

Toni Colette dans le rôle de Mandy, l'épouse de Brian Slade

 

Margarita with a straw, de Shonali Bose  (2014)

Ce film raconte les tribulations d'une jeune indienne handicapée moteur à New York, alors qu'elle y fait ses études. Elle y fait aussi des rencontres, d'hommes et de femmes, à travers qui elle va se découvrir elle-même et grâce à qui elle fera son propre chemin.

Alors là, j'ai été bluffée. Sensibilisée à la question du handicap je suis, et je peux aisément affirmer que des films avec des personnages handicapés moteur, ou de naissance, il n'y en a pas des masses. D'autre part,  j'ai vraiment cru pendant des mois que l'actrice (Kalki Koechlin) était réellement handicapée. Quelques recherches m'ont indiquées le contraire... C'est donc une formidable performance d'actrice à saluer ! Par ailleurs ce film prouve que les handicapés moteur ne sont pas tous des asexuels ne jurant que par la relation platonique au prétexte qu'elle serait plus "accessible". Et il explore la sexualité dans sa diversité, de manière très positive et sans jamais porter de jugement hâtif. Le réalisme est criant, mais les clichés sont dégommés avec humour, parce que ce qui prime, au-delà du genre, du sexe et de la condition physique, c'est l'amour.

Laïla et sa compagne

 

La famille de Laïla

 

 

 

 

 

 

 

T comme dans...

Tomboy, de Céline Sciamma (2011)

Laure, 11 ans, vient d'emménager dans une nouvelle ville avec sa famille. Elle s'intègre rapidement à un groupe d'enfants de son âge qui en raison de son apparence masculine, la prenne pour un garçon. Laure ne dément pas et prétend s'appeler Mickaël. Ce "mensonge" la conduit à des situations compliquées, où le désir réel et intérieur est confronté à la difficile réalité.

Céline Sciamma (scénariste d'André Téchiné pour Quand on a 17 ans) n'a de cesse d'explorer le thème de l'identité sous toutes ses formes. Si Laure se fait passer pour un garçon auprès de ces copains, il n'en est pas de même au sein de sa famille et l'on comprend vite qu'elle voudrait que ce soit le cas... La recherche de l'identité est une quête bien complexe filmée ici tout en douceur. Chacun peut se reconnaître dans ce questionnement universel et la jeune actrice Zoé Heran porte ce personnage avec beaucoup de justesse. Quelle joie de voir ce sujet traité à hauteur d'enfant, sans jugement ni clichés ! On ne peut s'empêcher de vouloir encourager la démarche d'épanouissement de Laure/Mickaël même si l'on sait que cette situation délicate ne peut pas se conclure simplement et va sans doute provoquer des difficultés. Pour l'accompagner, jusqu'au bout.

Mickaël et ses copains

 

 

Laure (Zoé Héran)
 
 
 
 
 
 
 
 
Girl, de Lukas Dhont (2018)

Lara, jeune Belge de 15 ans, est transgenre et veut devenir danseuse classique professionnelle. Très entourée par son père et son jeune frère, elle intègre une école de danse de haut niveau tout en suivant le traitement hormonal adéquat qui précède sa future opération de changement de sexe. Mais au goût de Lara, la médecine ne vas pas assez vite et la jeune fille s'impatiente car sa vie sociale dépend de cette nouvelle existence, où son anatomie correspondra à son état d'esprit réel.

Plusieurs éléments frappent dans ce film. Premièrement, la prestation de l'acteur principal (Victor Polster) est très réussie. Je me suis demandée tout au long du film si l'actrice était réellement transgenre... Et bien non. Deuxièmement, l'environnement familial. En effet, une fois n'est pas coutume dans ce type de film, Lara est soutenu dans son projet par son père (génial, Arieh Worthalter) ce qui redonne de l'espoir quant à l'ouverture d'esprit des gens sur ce sujet. Comme quoi, il est possible de dépasser ses peurs et ses interrogations lorsque l'on aime une personne. La transsexualité de Lara n'est pas en questionnement, elle est actée, voilà qui change de d'habitude. Et enfin, le traitement du rapport au corps. Le corps de Lara est est en effet la centralité du film: d'une part parce qu'il n'est pas ce qu'il devrait être (il est donc gênant) et d'autre part, car en tant que danseuse il est soumis à énormément de contraintes, qui peuvent être très violentes. (Pas facile à regarder sur grand écran parfois ! ) Cette violence augmente au fur et à mesure que le film avance et que la souffrance psychique de Lara se fait plus vive. Le spectateur accompagne la jeune fille dans son évolution avec compassion, sans voyeurisme ni condescendance.

 

Lara (Victor Polster)

 

En cette journée internationale de lutte contre l'homophobie et la transphobie, il me semblait important d'évoquer ces films, afin de ne pas oublier les embûches par lesquelles passent certaines personnes. Il est aussi important d'avoir des représentations de nos vies (quelles qu'elles soient) au cinéma, alors j'espère que grâce à cet article certains trouveront ce dont ils ont besoin. En attendant continuons de lutter pour et avec ceux dont la vie est plus difficile qu'au cinéma !

Pour cet article, j'ai du effectuer une sélection quelque peu drastique, afin qu'il ne soit pas trop indigeste. J'ai bien entendu vu beaucoup d'autres films sur ces sujets, mais je ne pouvais pas parler de tout... Par ailleurs, il m'a été difficile de trouver des exemples de films avec des personnages bisexuels, ou traitant de la bisexualité. Si vous en connaissez qui méritent d'être vus, je suis prête à découvrir, n'hésitez pas à m'écrire cela dans les commentaires !

 

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La dernière ritournelle

10 Mai 2019, 10:09am

Publié par Erin

Jean-Pierre Marielle (1932-2019)

Jean-Pierre Marielle (1932-2019)

Cher Monsieur Marielle,

Voilà quelques semaines que vous n'êtes plus de ce monde. Votre disparition m'a beaucoup attristé. Même si je savais qu'elle était inéluctable, je me plaisais à penser naïvement que vous faisiez partie de cette catégorie de personnes qui ne peuvent pas mourir. Alors pensez, lorsque que j'ai appris que vous aviez tiré votre révérence, je n'ai pas pu m'empêcher de ressentir un choc.

Je vous ai aimé cher Monsieur, dans tous les films que j'ai eu l'opportunité de voir. Que le registre ait été tragique ou comique, votre présence si juste en imposait systématiquement, si bien que vos rôles (souvent secondaires) devenaient indispensables. J'aimais vos yeux pétillants qui, s'ils étaient tristes, pouvaient se faire touchants, et votre voix profonde m'enchantait toujours. Vous auriez pu me réciter l'annuaire, que j'aurais été heureuse.

En vous voyant jouer je vous savais sincère et j'étais heureuse de vous apercevoir, ne serait-ce que pour un court moment. Vous étiez en capacité de faire vivre n'importe quel personnage dans n'importe quelle situation, et d'apporter votre authenticité à des films dont le scénario pouvait sembler bien léger. Vous n'étiez pas snob, vous vous mettiez au service du film, sans jamais vous compromettre.

Je vous tire par ailleurs mon chapeau, car vous étiez capable par votre jeu de rendre intéressants les sujets les plus abscons. Je pense que mon premier souvenir cinématographique de vous date du jour où j'ai dû visionner La controverse de Valladolid pour un devoir de Français. En effet, le livre que je devais finir pour le lendemain me tombait des mains et je me suis rabattue en désespoir de cause sur cette adaptation, où vous campiez un Bartolomé de las Casas des plus convaincants. J'ai eu 15/20 à mon contrôle et c'est en grande partie grâce à vous. Merci.

Votre nom était définitivement associé à vos deux comparses Philippe Noiret et Jean Rochefort dont vous avez partagé des moments de vie et des moments de cinéma. Ils font également parti des acteurs Français pour qui j'ai une grande affection et je me réfugiais dans vos films comme dans un cocon. Votre force tranquille était rassurante et votre classe naturelle était un plaisir pour les yeux.

En plus d'être un grand comédien, vous étiez aussi un bon chanteur. Et vous m'avez touché droit au cœur Monsieur Marielle, lorsque vous avez avec votre camarade Jean, interprété la chanson du générique du film Des enfants gâtés, de Bertrand Tavernier (1977). C'est celle que j'écoute en rédigeant cet hommage, qui m'inspire et me permet de trouver les mots justes. Pour être à votre hauteur, le plus possible. Elle vous sera à jamais associée dans mon esprit.

Même si vos dernières années ont été assombries par la maladie d'Alzheimer, il semble que vous ayez vécu une belle vie et c'est tant mieux. Il était pour vous temps de partir, sans doute. J'espère pour vous que là où vous êtes vous avez retrouvé vos copains. Vous nous avez laissé un tel héritage cinématographique que c'est comme si vous n'étiez pas vraiment mort. Car les films, eux, ne meurent jamais.

Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle interpétant "Paris Jadis", de Jean-Roger Caussimon

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Les films d'avril

3 Mai 2019, 14:01pm

Publié par Erin

Ma vie avec John F Donovan, de Xavier Dolan

Rupert, 11 ans, entretient une relation épistolaire depuis plusieurs années avec John F. Donovan, comédien d'une série à succès qu'il admire au plus au point. A la mort de ce dernier, il publiera  sa correspondance et racontera son histoire quelque peu extraordinaire.

Ceux qui me connaissent ou qui ont lu mon article du 13 avril dernier (XD ou Les films de Xavier Dolan) savent que j'ai tendance à aimer ce type de cinéma, que j'y trouve toujours quelque-chose de plaisant. Le casting est très bon (entièrement constitué de têtes d'affiche américaines) et des dialogues aux décors en passant par les costumes, tout est bien choisi, bien filmé et pertinent. L'histoire, (inspirée par une lettre que Dolan a écrite à Leonardo DiCaprio lorsqu'il était enfant) est prenante, on ne voit pas passer les deux heures. Cependant, je ne peux m'empêcher de penser qu'il manque un infime quelque-chose. Bien que l'intrigue soit touchante, je n'ai pas retrouvé l'émotion habituelle qui me traverse à chaque visionnage des différents films de Xavier Dolan. J'ai eu le sentiment que certaines scènes auraient pu transmettre ces émotions, mais qu'elles n'allaient pas assez loin pour y arriver. J'ignore à quoi cela est dû, mais sans être déçue, je ne suis pas sortie totalement satisfaite.

Susan Sarandon, dans le rôle de la mère de John F. Donovan

 

Rupert et sa mère

 

Rebelles, d' Allan Mauduit

Sandra, originaire du Nord-Pas-de-Calais, retourne dans sa région pour y être embauchée dans une conserverie de poisson. Elle blesse son contremaître en tentant de repousser ses avances franchement insistantes. Celui-ci meurt accidentellement. Sandra, aidée de ses deux collègues qui ont assisté à la scène, découvre en appelant les secours un sac rempli d'argent liquide. Les trois filles décident alors de se partager le butin...

Âmes sensibles, s'abstenir !! Le sang gicle souvent et certains personnages ont la gâchette facile. Joyeuse comédie à l'humour corrosif portée par trois excellentes actrices (Cécile de France, Yolande Moreau et Audrey Lamy), Rebelles est le puissant portrait de femmes qui malgré les galères de l’existence, n'ont peur de rien et sont prêtes à tout. C'est drôle, léger, osé, bref. Efficace.

De gauche à droite: Yolande Moreau, Audrey Lamy et Cécile de France

 

J'veux du soleil, de François Ruffin et Gilles Perret

Ce documentaire construit comme un road-movie suit les deux réalisateurs sur les route de France en décembre 2018, à la rencontre des gilets jaunes.

Ce film s'inscrit dans la lignée directe du précédent film de François Ruffin, Merci Patron ! sorti en 2016. On assiste à 1h20 de témoignages de gens qui vivent tous les jours dans des situations très précaires ne recevant du gouvernement que du mépris et du désintérêt. (Attention, pour le discours d'Emmanuel Macron sur grand écran, préparez vos sacs à vomi). Qu'on adhère ou non au mouvement des gilets jaunes, je trouve compliqué d'être totalement insensible à la misère du peuple.

Lorsque l'on parle de luttes des classes aujourd'hui, on est souvent taxés de vieux dinosaures marxistes. Mais ce documentaire démontre pourtant que ce clivage entre les riches et les pauvres existe toujours, bien que l'on ne lui donne plus la même appellation. Les conséquences du capitalisme sont dramatiques et il est selon moi très important de voir des gens créer des espaces de discussions, échanger des opinions (qu'ils ont parfois divergentes) et se battre pour une même cause: celle d'être reconnu en temps qu'être humain dans une société qui a oublié ce que cela voulait dire, et de prétendre à rester digne, même avec peu de moyens. Témoignage important de notre époque, ce film mérite d'être vu.

François Ruffin (à droite)

 

M, de Yolande Zauberman

Menahem, chanteur et comédien, a été violé a plusieurs reprises par des membres de sa communauté. Rejeté par sa famille, il revient quinze ans après sur les lieux des crimes, à Bnei Brak, capitale mondiale des Juifs ultra-orthodoxes, où il a grandit. Pour évoquer sa souffrance, tenter de se réconcilier avec les siens, et enfin aller de l'avant.

Et voilà un documentaire qui vous catapulte dans une autre dimension. Celle où la religion régente les pensées et les moindres faits et gestes de ses disciples. Où la frustration sexuelle est si forte que le viol en est une conséquence logique et donc banale, dont on se plaint à peine. (Seulement passible de 6 ans de prison, lorsqu'il est dénoncé). Menahem fait partie de ceux qui ne réussissent pas à oublier et qui ont besoin de se confronter à leurs bourreaux pour tourner la page.

Avec l'aide de Yolande Zauberman et de sa caméra discrète, d'autres vont s'approcher, témoigner anonymement ou à visage découvert. Et c'est l'horreur. On découvre vite que tous les petits garçons de cette communauté sont des victimes potentielles, qui plus tard seront potentiellement des bourreaux. Menahem parle pour briser ce cercle vicieux, et on ne peut que saluer son courage. Attention toutefois: au contraire de Rebelles, la violence ici n'a rien de graphique, elle n'est même pas suggérée. Juste hyper présente dans les propos avancés. Ajoutons à cela un conservatisme et un extrémisme religieux exacerbé, de quoi assurer un cocktail explosif de bêtise et d'ignorance. Âmes sensibles, fuyez. Pour les autres, je suggère des exercices de respiration, afin de rester zen durant la séance.

Menahem Lang (à gauche)

 

 

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