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Les Promenades d'Erin

Le film de Novembre

26 Novembre 2021, 09:46am

Publié par Erin

La fracture, de Catherine Corsini

 

Tout commence alors que le couple de Raf (Valeria Bruni-Tedeschi) et Julie (Marina Foïs) bat de l'aile. Au cours d'une énième dispute, Raf tombe sur le bitume et se casse le coude. C'est au service des urgences de l'hôpital qu'elle rencontre Yann, gilet jaune, blessé par une grenade dans la manifestation qui sévit à l'extérieur. La tension monte dehors entre les forces de l'ordre et les manifestants, se répercutant sur l'intérieur, entre les personnages. La nuit sera longue...

De par sa réalité très contemporaine, La fracture est un film sévère. Catherine Corsini (entre autres, réalisatrice du très joli La belle saison, dont vous pouvez lire la critique ici) ne nous épargne aucune scène de violence, ni de souffrance et réalise un portrait tout à fait réaliste de la situation actuelle des hôpitaux Français, impactés par la suppression régulière de lits et le manque d'effectif. Cependant, afin d'éviter de transformer son travail en un documentaire à la Ken Loach, elle y injecte beaucoup d'humour à des moments opportuns en créant des personnages hauts en couleurs entre qui la dynamique est excellente.

Je n'ai jamais été une grande admiratrice de Valeria Bruni-Tedeschi, dont le jeu ne me convainc jamais et dont la voix m'insupporte. Mais je suis obligée de reconnaître que le rôle de Raf, que l'on a littéralement envie de jeter par la fenêtre au bout d'un quart d'heure, lui sied à ravir.  De même pour Pio Marmaï, qui interprète Yann, dont la colère ne s'éteint jamais et  occasionne des échanges cocasses. Enfin, mention spéciale à Aïssatou Diallo Sagna, dont le joli rôle d'infirmière dévouée force le respect.

La fracture est un beau film social et utile. Il serait salutaire que ceux qui détruisent le service public à coup de réformes et de privatisation progressive puissent le voir, et pas seulement ceux qui comme moi, pensent que cette dégradation est un vrai drame. Ça n'arrive jamais, on le sait, mais ça me fait du bien de le dire. Cette histoire est une véritable alerte sur l'état de notre société et ce qu'elle deviendra si nous ne nous décidons pas à fonctionner autrement pour réparer la fracture.

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Fabrizio de André: Storia di un impiegato (1973)

19 Novembre 2021, 09:17am

Publié par Erin

Il est de ces lectures qui vous ouvrent de nouveaux horizons sans qu'on s' y attende. Le numéro 10 de la revue Dissidences intitulé Musiques et Révolutions: XIXe, XXe et XXIe fait partie de celles-ci. Cet ouvrage collectif invite au travers d'exemples concrets (des goguettes du XIXème siècle à la rappeuse Keny Arkana en passant par la bande-son de Mai 68) à comprendre le lien entre la musique et la société, particulièrement lorsque cette dernière se trouve secouée par des élans révolutionnaires populaires.

 

Parmi ces exemples se trouve l'album Storia di un impiegato, par le chanteur Italien Fabrizio de André, sorti en 1973. Cet album concept retrace L'histoire d'un employé, traversé par un questionnement existentiel. En résumé, un simple travailleur insouciant change au fur et à mesure du disque pour se transformer en anarchiste convaincu, prêt à tout détruire pour faire la révolution. Arrêté et jugé au tribunal, il termine son histoire en prison où il trouve ce qu'il cherchait, une force collective qui lui confirme que la voie qu'il a choisi, bien qu'elle soit servie par la violence, est celle qui est la plus juste.

Les explications données dans la revue étant relativement bien détaillées, j'ai très vite eu besoin de retrouver cet album dans les méandres du net pour mieux comprendre de quoi on me parlait. Je ne sais pas pourquoi j'assimilais dans ma tête ce disque à du rock progressif. Sans doute était-ce dû à la décennie de sa sortie, où ce genre musical était en vogue et où les albums concept (qui racontent une histoire) étaient légion. Perdu !

Storia di un impiegato est éclectique: parfois rock, certes, mais aussi très proche de la folk et de la variété. On y entend le trio gagnant guitare-basse-batterie, mais aussi de l'harmonica, des violons, des cuivres, du piano et quelques synthétiseurs bien placés. La voix de Fabrizio de André est chaleureuse et enveloppante. Elle au croisement entre Georges Brassens, Léonard Cohen et Bob Dylan (tout ça en Italien): il y a du texte, et une vibration typiquement issue du bouillonnement créatif et musical des années 70. Chaque chanson est un univers particulier avec une ambiance spécifique dans laquelle on prend plaisir à se promener au même titre que l'employé dont il est question. Ces atmosphères très différentes les unes des autres forment finalement un tout parfaitement cohérent, aux arrangements riches.

Fabrizio de André lui-même n'était pas satisfait de cet album à sa sortie, le jugeant trop différent de sa production antérieure. Storia di un impiegato a pourtant été réhabilité par la suite et ce trouve aujourd'hui être une référence de la musique Italienne du XXème siècle. Il n'a pas vieilli d'une note, ce qui en fait une réussite, intemporelle.

A écouter ici !

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Herman Melville: Moby Dick (1851)

12 Novembre 2021, 18:15pm

Publié par Erin

Je m'appelle Ishmaël. Mettons. Il y a quelques années, sans préciser davantage, n'ayant plus d'argent ou presque et rien de particulier à faire à terre, l'envie me prit de naviguer encore un peu et de revoir le monde de l'eau.

J'ai atteint un de mes rêves d'enfant ! Ne me demandez pas pourquoi, mais depuis que je suis gamine, Moby Dick est un roman qui exerce sur moi une grande fascination dont j'ai pourtant longtemps repoussé la lecture, parce que je trouvais toujours plus urgent à lire... Cet été, j'ai pris mon temps et mon courage à deux mains pour enfin prendre le large et me plonger dans sa lecture.

Ishmaël, jeune marin attiré par l'aventure, embarque un jour sur le Pequod, baleinier commandé par le Capitaine Achab. Mais ce qui devait être une simple chasse à la baleine comme il s'en pratiquait beaucoup à l'époque se transforme rapidement en une histoire de vengeance. L'équipage du Pequod part alors à la recherche de Moby Dick, fameuse baleine blanche réputée pour être un monstre sanguinaire...

Dans l'ensemble, j'ai bien fait de finalement m'y mettre. Ce pavé qui me faisait mille promesses en tient un certain nombre. Tous les passages purement narratifs et fictionnels, où Ishmaël raconte ses aventures à bord du navire sont merveilleux. C'est fluide, élégant et très rythmé. Les chapitres sont courts et donnent le sentiment d'être sans cesse en mouvement, presque comme sur le Pequod. Même les descriptions des personnages se lisent bien et participent au sentiment de vie tourbillonnante qui traverse les pages.

Là où ça commence à se gâter, c'est quand Ishmaël le baleinier se met à nous parler technique en nous faisant part de la bien nommée cétologie, ou science de la baleine. Ces chapitres ont tendance à freiner un temps soit peu le rythme de l'histoire, qui devient plus laborieux. En lisant, on a presque l'impression que Melville (qui fût baleinier lui-même) a voulu à travers la voix de son narrateur, nous rendre aussi obsédé que lui par la baleine. La baleine par taille, par couleur, les étapes de sa chasse... Je n'en aurais personnellement pas fait des chapitres complets mais plutôt quelques paragraphes judicieusement placés, pour éviter de perdre trop souvent la trame du récit. Ceci étant dit, j'avais parfaitement conscience en lisant ce roman que tous ces passages étaient nécessaires. (Il faut d'ailleurs veiller à les lire jusqu'au bout pour bien suivre toute l'action). Tout a du sens, même quand le récit ne progresse pas, et c'est d'ailleurs ce qui fait de Moby Dick une œuvre très bien construite.

Malgré ces quelques bémols tout à fait subjectifs, je ne regrette rien. Ne serait-ce que parce que Moby Dick m'a littéralement fait voyager depuis ma chambre cet été, c'est une lecture qui valait le coup. Une de ces lectures où la vie paraît plus grande, à laquelle il faut s'accrocher et pour laquelle la persévérance  est largement récompensée.

La folie humaine est souvent féline et rusée. Quand on la croit partie, elle n'est peut-être seulement que métamorphosée en une forme plus subtile.

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