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Les Promenades d'Erin

Dans la transe des mécréants Dublinois

22 Novembre 2019, 10:53am

Publié par Erin

Dans la transe des mécréants Dublinois

Il y a quelques années, je me rendais à une soirée de musique celtique avec trois concerts différents: le violoniste Irlandais Martin Hayes, la chanteuse Ecossaise Julie Fowlis (pour qui j'avais décidé de sortir de chez moi ce soir-là) et le groupe Dublinois Lankum.

Formé par Ian Lynch (chant, uillean pipes, concertina, tin whistle), son frère Daragh Lynch (chant, guitare), Cormac McDiarmada (Chant, fiddle) et Radie Peat (Chant, concertina, harmonium, tin whistle), ils s'appelaient au départ Lynched, (en raison du nom de famille des deux frangins instigateurs du groupe) mais ont rapidement changé de nom en raison de l'étrange connotation autour du mot qui n'est pas seulement un nom de famille irlandais répandu, mais qui signifie aussi "lyncher" en anglais.

De gauche à droite et de haut en bas: Cormac McDiarmada, Daragh Lynch, Radie Peat et Ian Lynch

Aujourd'hui ils se nomment Lankum, d'après le personnage de la ballade False Lankum chanté par le gitan John Reilly. Ils sont tatoués, percés, mais ils ne font pas de métal ou de rock, non, non. Ils jouent de la folk brute, sans artifices et diablement efficace. Ils chantent souvent en harmonie (ce qui est peu commun en musique Irlandaise), des compositions originales (Cold Old Fire, The Granite Gaze, The Young People) mais aussi des ballades traditionnelles d'origine gitanes (What will we do if we have no money), ou d'origine anglaises (The old man from over the sea) et même des chansons à boire (The Wild Rover). Ils réarrangent tout ça à leur sauce, souvent constituée de bourdon grave à l'harmonium ou au violon, d'une histoire triste chantée en mode mineur, avec des voix pas toujours très justes, mais très impliquées, ce qui suffit pour prendre aux tripes.

Histoire de ne pas conduire leur public à la dépression, ils rehaussent souvent leurs chansons de bons reels qui vous redonnent foi en l'existence et qui participent à cette transe dans laquelle ils nous plongent allègrement. Sur scène ils sont connectés entre eux et avec le public, ils sont drôles et connaissent par coeur l'historique des chansons qu'ils interprètent. Ils détendent l'atmosphère avec des chansons telles que Billy O'Shea, Father had a knife, ou l'exercice de prononciation qu'est l'Irish Jubilee. (Parfaitement maîtrisé d'ailleurs, malgré les bières qu'ils boivent parfois sur scène).

Ils ont trois albums à leur actif: Cold Old Fire (2014), Between the Earth and Sky (2017) et The Livelong Day (sorti le 25 octobre dernier.) Les morceaux sont longs, prévus pour nous emmener loin dans la transe et la mélancolie. Lankum fait partie de cette nouvelle scène irlandaise contemporaine (parmi des artistes comme Lisa O'Niell ou Anna Mieke) qui rend à la folk son sens premier, en allant chercher les chansons du peuple et en se les réappropriant, avec un son simple, un peu rugueux, mais tout doux pour les oreilles. On est assez loin de l'Irlande romantique dans laquelle de pauvres femmes attendent leurs hommes partis en mer ou faire la guerre. Chez Lankum, les pauvres causent, boivent des coups et tuent leurs semblables. C'est ça parfois la vie, aussi.

Ces mécréants de la folk irlandaise (comme ils se surnomment eux-mêmes) sont fiers de ce qu'ils sont, sans trop grande prétention. C'est chouette pour le public qui à l'impression d'aller aux concerts d'une vieille bande de copains et en ressort euphorique. Qu'ils gardent leur étrangeté, leur côté punk, qu'ils restent des mécréants. C'est ce qui fait tout leur charme.

Si vous êtes novices en musique irlandaise et que vous ne voyez pas de quoi je parle quand j'écris Reel, Fiddle ou Uilleann pipes, vous pouvez vous référer à mon article généraliste sur la musique irlandaise. Vous y trouverez en principe, toutes les définitions nécessaires. Si vous avez des questions, n'hésitez pas à les poser en commentaires !

Ici, le lien vers le site internet, pour des infos plus complètes, les dates de concerts (rares en France, mais pas inexistantes), les albums en vente...

Bonne écoute !

"The Old Man From Over The Sea", chanson populaire anglaise, suivie des reels The Kitchen Girl et Angeline the Baker (extraits de Cold Old Fire)

"The Granite Gaze" composition originale, extraite du second album

"Father Had A Knife" (premier couplet) / "Salonika" extrait du 1er album

"The Peat Bog Soldiers", traduction anglophone du "Chant des marais", écrit en camp de concentration par deux prisonniers Allemands pendant la seconde guerre mondiale

"Sergeant William Bailey", en concert à Dublin

Réarrangement complet de la chanson à boire "The Wild Rover", extrait du dernier album

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