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Les Promenades d'Erin

Elles ont marqué notre Histoire...

23 Avril 2021, 08:18am

Publié par Erin

Parce que l'on ne doit pas penser aux femmes seulement quand le calendrier est à la date du 8 mars, je vous propose pour aujourd'hui quatre bandes-dessinées, portraits féminins marquants, dont il est salutaire de retenir les noms...

Kiki de Montparnasse, de Catel et Bocquet (2007)

Née Alice Prin au début du XXème siècle, Kiki de Montparnasse est connue pour avoir été l'égérie et le modèle de grands noms du milieu artistique de l'entre-deux guerres. Ce roman graphique donne une idée de ce que pouvait être sa vie, peuplée de rencontres (elle fût entre autres la compagne du photographe Man Ray) et d'art.

Kiki était une femme avide d'indépendance. Sans pour autant faire de politique et lutter officiellement pour l'émancipation des femmes, elle est de ces figures féminines charismatiques qui ne s'excusent pas d'exister et qui revendiquent une grande liberté de ton et de vie. Les illustrations de Catel rendent hommage à cette belle liberté. Elles sont réalistes,  sophistiquées et délicates tout en ayant l'apparence d'une grande simplicité. On accompagne Kiki au fur et à mesure des pages de sa vie, semée d'embûches mais toujours vécue avec intensité. On a presque l'impression d'y être.

Olympe de Gouges, de Catel et Bocquet (2012)

Née à Montauban en 1748 et morte à Paris en 1793, Marie Gouze dite Olympe de Gouges est à l'initiative de la Déclaration des droits de la femme et de la Citoyenne. Femme de lettres et politique, elle est la première en France à vouloir faire de l'émancipation de la femme un sujet sur lequel se pencher et une cause dont il faut s'occuper. Polémiste vindicative et déterminée, elle décède sous la guillotine pendant la terreur, à l'initiative de Robespierre.

Ami(e)s de la fiction historique ce roman graphique est pour vous ! Ce portrait d'Olympe de Gouges est complet, détaillé et très prenant. Il fait réviser cette période historique entre autres marquée par la Révolution Française. On y croise des personnages plus ou moins connus, mais dont on a au moins entendu parler une fois à l'école. Mais ceux-ci ne sont que des satellites autour d'Olympe, (dont je n'avais jamais entendu parler à l'école, soit dit en passant... Cherchez l'erreur.) dont la détermination politique est exemplaire. Catel et Bocquet ont créé une œuvre riche, précise et pleine d'empathie pour son personnage principal. La vie d'Olympe est bouillonnante, pleine d'actions et de réflexions qui ont fait avancer la cause des femmes. Utile pour mémoire et pour celles et ceux qui veulent la découvrir de manière simple et ludique.

Joséphine Baker, de Catel et Bocquet (2016)

C'est l'histoire de cette jeune Américaine, originaire du sud des États-Unis qui sort de sa misère parce qu'elle danse comme personne. Elle fera un triomphe à Paris en tant que meneuse de revues uniquement vêtue d'une ceinture de bananes... Elle sera la première femme noire mondialement connue et se retirera du milieu artistique pour consacrer son temps à la lutte contre la ségrégation raciale.

Elle est belle Joséphine... Libre, indépendante, courageuse et farouchement déterminée. Non contente d'être danseuse charismatique, elle profitera de sa notoriété pour faire passer des messages politiques. Pendant la seconde guerre mondiale elle s'engagera pour la France dans le camp de la résistance et vivra ensuite une vie de famille accomplie et heureuse avec son époux et ses douze orphelins adoptés aux quatre coins du monde. Joséphine Baker, c'est bien plus qu'une danseuse, bien plus qu'une artiste. C'est un électron libre, une lumière vive, une flamme incessante au service de ce qu'elle croit juste.

Le manifeste des 343: l'histoire d'un combat, de Lafitte, Strag et Dupont (2020)

Paris, 1970. Nicole est documentaliste au Nouvel Observateur. A cette époque où en France l'avortement est illégal, elle est régulièrement confrontée à des histoires de femmes contraintes d'avorter clandestinement, mettant souvent leur vie en danger. Indignée par les difficultés et le sort de ces dernières, elle décide, avec la participation du Mouvement de Libération des Femmes de faire paraître un manifeste. Rédigé et signé par Simone de Beauvoir ainsi que 342 autres femmes célèbres et anonymes, ce manifeste fera date dans l'histoire du Nouvel Observateur mais aussi bien sûr dans l'histoire du féminisme Français, et aboutira à la loi sur l'avortement promulguée par Simone Veil en 1975.

A l'heure où beaucoup de pays d'Europe reculent sur le sujet de l'avortement, cette bande-dessinée est nécessaire pour se souvenir que chez nous aussi il fît polémique et fût durement acquis, après un combat difficile. Du Manifeste des 343, on se souvient beaucoup de la couverture dessinée par Cabu dans Charlie Hebdo. Ce livre va bien au-delà et restitue la genèse de son histoire ainsi que la place de chacune de ses instigatrices. C'est aussi un très beau récit de solidarité et de sororité, rare,  qui fait du bien.

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Awa Ly, guérisseuse prophétique (Safe and Sound, 2020)

16 Avril 2021, 08:16am

Publié par Erin

Awa Ly, guérisseuse prophétique (Safe and Sound, 2020)

La période que nous traversons impose si cela est possible, une écoute plus attentive de notre rythme intérieur. Dans la société dans laquelle nous vivons, c'est une chose difficile... Mais il y a des solutions qui peuvent nous y aider. Certains méditent, font du yoga, d'autres lisent, écrivent, dessinent, marchent (à moins de dix kilomètres de leur domicile bien entendu...) Bref, il existe plein d'activités qui nous permettent à tous de nous recentrer sur nous-mêmes. L'écoute de la musique en fait aussi partie et moi j'ai trouvé l'album cool à écouter confiné:

"Safe and Sound" (Awa Ly - 2020)

C'est sorti en mars l'année dernière, mais on en a pas beaucoup entendu parlé, puisque nous subissions notre première confiture... La promo de ce bel album a donc été quasiment annulée. Heureusement Arte a filmé en juin un concert sans public au théâtre des Bouffes-du-Nord. C'est l'occasion pour les téléspectateurs et téléspectatrices novices comme moi, de découvrir les chansons de ce nouvel opus en live. Safe and Sound (anglais pour "sain et sauf") est un album qui fait du bien. La correspondance entre le titre et le fait que dans la réalité, chacun se protège pour rester "sain et sauf" est une coïncidence bienheureuse que la chanteuse n'avait sans doute pas anticipé. Mais c'est un fait, la musique d'Awa Ly est à mon sens tout à fait appropriée pour une introspection, ou une forme de "guérison", en ces temps difficiles où nous nous sentons plus vulnérables.

La chanteuse, née en France et d'origine Sénégalaise, aujourd'hui installée à Rome, à un univers cosmopolite. Il y a autant de métissage dans sa musique que dans sa vie. Venant de la soul music, elle y injecte des sonorités jazz et des rythmes latins ou africains, en faisant aussi des incursions vers la folk et la pop. L'ensemble est tellurique, et en même temps très aérien et spirituel. Il y a une forme de "sacré" dans ce disque, probablement due aux arrangements musicaux, qui font de toutes les chansons des ritournelles hypnotiques. Awa Ly écrit quelques titres, mais s'entoure aussi d'invités prestigieux comme Arthur H, Anne Pacéo ou Moh Koyaté. Tout est chanté en Anglais, accompagné de compositions d'une grande richesse, où des cœurs samplés se mêlent aux cordes frottées et à des percussions raffinées. Côté textes, on est sur quelque chose de simple mais efficace, où la recherche de la paix intérieure, l'harmonie avec la nature et l'unité entre les Hommes tiennent une grande place.

Je ne connais pas encore le reste de son travail, je n'ai pas encore écouté Five and feathers, (sorti en 2016) et je ne peux donc pas vous en parler. Mais Safe and Sound me suffit pour l'instant. Il est une réussite, au son tellement parfait qu'on pourrait presque lui reprocher d'être "trop" léché. On attendrait sans doute d'Awa Ly qu'elle se "lâche" plus. Mais en même temps cette retenue vocale est tout à son honneur, dévoilant ce que j'interprète personnellement comme une forme de pudeur, qui donne aux morceaux un équilibre entre puissance et délicatesse. Safe and Sound est un baume au cœur, un pansement pour l'âme ou chacun peut trouver le rythme intérieur qui lui correspond. Qu'on ne vienne plus me dire que la musique est "non-essentielle".

"Ahead"

"Close Your Eyes"

"Mesmerising"

"What Goes Around"

"Are you satisfied ?"

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Ciné-maison: Les films de Mars

9 Avril 2021, 07:56am

Publié par Erin

Les fantômes du chapelier, de Claude Chabrol (1982)

A Concarneau, en Bretagne, la population est secouée par des crimes perpétrés sur des femmes, par un mystérieux étrangleur. Kachoudas, tailleur d'origine Arménienne qui tient sa boutique en face de celle du chapelier Léon Labbé, finit par découvrir le coupable, mais tombe brutalement malade...

Adapté du roman de Georges Simenon, Les fantômes du chapelier par Claude Chabrol est une réécriture de Psychose d'Alfred Hitchcock. Michel Serrault, qui tient le rôle principal, y est formidable de méchanceté gratuite de froideur qui participent à cette sensation désagréable qui dure tout le long du film, mais qui nous tient en haleine jusqu'à la fin. Monique Chaumette est effrayante, c'est du pur Chabrol, plein de tension, de pluie, de froid et de mannequins en plastique terrifiants... On croise également Charles Aznavour et François Cluzet. Le casting est bon et la résolution de tout ce bazar interroge... Un des plus marquants que j'ai vu.

Le boucher, de Claude Chabrol (1970)

Dans un village du Périgord, on célèbre le mariage de l'instituteur. Y sont invités entre autres, Hélène Daville, collègue du marié et Paul Thomas, boucher de son état. Les deux personnages font connaissance lors du banquet et se lient d'amitié. Lors d'une sortie avec ses élèves, Hélène découvre la jeune épouse de son collègue assassinée et se retrouve très vite à soupçonner son ami le boucher...

Le boucher est un film dont on parle peu quand on évoque la filmographie de Claude Chabrol. Et c'est bien dommage. Le plus important ne réside pas dans l'intrigue du film, mais comme d'habitude dans la psychologie des personnages et le climat qui se fait de plus en plus tendu. C'est décidément ce en quoi Chabrol était très doué, la tension. Mais ce qui fonctionne surtout très bien ici, et qui  rend le film vraiment très beau, c'est le tandem formé par Stéphane Audran et Jean Yanne. Elle est solaire, fragilisée par la douleur d'une ancienne relation, il est timide, traumatisé par ses années de guerre en Indochine et en Algérie. Il dit qu'il souffre, autour personne ne veut l'entendre... Elle est surprise par sa brutalité à lui, qui peut se faire parfois si tendre pourtant, et pour qui le spectateur n'a pas d'autre choix que d'être empathique, malgré la réalité des faits. Ils sont beaux, ils sont puissants. Le boucher est un grand petit film.

Vincent, François, Paul et les autres, de Claude Sautet (1974)

C'est l'histoire de Vincent, François, Paul et les autres. Fin. Non, je plaisante... Mais pas complètement. Il s'agit ici effectivement de suivre l'existence de quelques hommes cinquantenaires liés par une longue amitié. Qui galère dans son travail, qui s'embourgeoise, qui se sépare de sa compagne, qui tombe malade ... C'est la vie qui passe.

Je l'ai sans doute déjà dit, mais je recommence, j'aime beaucoup le cinéma de Claude Sautet. Vincent, François, Paul et les autres ne présente pas une intrigue forte, mais est très significatif du cinéma de ce réalisateur, où il s'agit juste d'être témoin du temps et de la vie qui passe. Et si cela fonctionne aussi bien c'est probablement parce que nous y sommes tous confrontés, Même si bien entendu, nous ne sommes pas tous des spectateurs masculins de cinquante ans. Par ailleurs, le casting est assez réussi, on y voit le regretté Michel Piccoli, mais aussi, Serge Reggiani et Yves Montand, ainsi que Stéphane Audran ou encore Marie Dubois. C'est un film confortable dans lequel on est heureux d'être. On mange, on boit, on rit, on s'engueule, on pleure... Comme avec des copains, en somme. Ce n'est pour moi pas le meilleur des films de Claude Sautet, mais il est sans prétention, et efficace.

Raining Stones, de Ken Loach (1993)

Bob vit avec sa famille dans la banlieue pauvre de Manchester. En cette grande période d'austérité économique menée par Margareth Thatcher, il peine à trouver du travail et galère d'emplois précaires en emplois précaires. Mais la première communion de sa fille Colleen approche, et il tient absolument à ce que la fillette porte une robe neuve pour l'occasion. Au point de s'endetter drastiquement.

C'est du très beau Ken Loach qui comme d'habitude, appuie là où ça fait mal, pour décortiquer avec finesse le système économique capitaliste, et ses dramatiques conséquences sur les gens qui en font les frais. C'est puissant, parfois violent, mais aussi très drôle. Parce qu'il faut pouvoir rire de la misère quand on la vit, sinon on a plus qu'à se suicider. Bob, ses amis et sa famille se retrouvent parfois dans des situations rocambolesques, mais c'est pour mieux replonger. Raining Stones est une montagne russe où l'on passe du rire aux larmes sans ménagement, où la bonne parole est donnée par un curé (c'est pas une blague) et où la fierté mal placée est une véritable douleur.

Secrets et mensonges, de Mike Leigh (1996)

Hortense vient de perdre sa mère adoptive. Ce tragique événement va la pousser à essayer de retrouver sa mère biologique. Ses recherches vont la mener jusqu'à Cynthia, mère célibataire de Roxanne, 21 ans et sœur de Maurice, photographe, avec qui les relations ne sont pas évidentes. Cynthia a caché cette grossesse de jeunesse à sa seconde fille et n'avait en aucun cas prévu de retrouver la première. Mais lorsque Hortense l'appelle, elle accepte de la rencontrer...

C'est beau comme du Ken Loach avec lequel on pourrait établir certaines ressemblances, notamment dans l'affection qu'il porte et la description qu'il fait de la classe populaire britannique. L'objectif est peut-être moins militant, l'important ici étant les différentes interactions entre les personnages. Malgré ses réactions émotionnelles assez extrêmes, (qui sont compréhensibles bien que surprenantes) Mike Leigh nous transmet une belle empathie pour Cynthia et une certaine envie de soutenir Hortense dans ses démarches pour retrouver sa mère. Par ailleurs les personnages de Maurice et de sa femme Monica sont aussi intéressants, chacun avec leurs problématiques respectives. Secrets et mensonges est un film sur la famille, sur la place qu'on lui accorde et la place que l'on se donne. Les deux actrices principales sont très belles, pas d'ennui malgré les deux heures de film, mais une belle secousse d'émotions.

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La vie, et rien d'autre...

2 Avril 2021, 08:09am

Publié par Erin

Bertrand Tavernier (1941-2021)

Bertrand Tavernier (1941-2021)

Cher Bertrand,

Pour reprendre une célèbre formule paternelle, "permets-moi de te tutoyer aussi simplement que certains s'en vont à la guerre". Depuis l'annonce de ton décès le 25 mars dernier, je suis - et compte rester - dans le déni absolu de ta disparition. C'est comme ça, j'ai décidé que les hommes comme toi ne pouvaient pas mourir. Parce que tu es de cette nature qui fait du bien à l'Humain, de ceux qui réparent les blessures et qui soulagent les solitudes. En somme, trop précieux pour disparaître.

Tu m'as devancé, Bertrand. Voilà au moins une année qu'une liste non exhaustive de tes films se trouve dans ma liste à moi d'articles à écrire pour mes lecteurs. Trop tard, t'es mort, bordel. Me voilà contrainte de faire l'article au passé. J'ai l'impression que j'ai raté quelque-chose, même si l'avantage des artistes de ta trempe c'est que vous nous laissez des merveilles qui vous survivent et que finalement, il n'est jamais trop tard pour en parler.

Je ne me souviens pas du premier film que j'ai vu. Était-ce L’appât, ou Le juge et l'assassin, ou encore Dans la brume électrique ? Impossible de le dire. Ce qui est sûr, c'est que chacun d'entre eux m'a laissé une emprunte. Mon préféré restera sans doute à tout jamais Ça commence aujourd'hui, où tu avais fait de Philippe Torreton le plus beau de tous les instituteurs. S'il y a bien une chose pour laquelle tu es doué Bertrand, c'est la tendresse. Celle qui est si grande qu'elle fait monter les larmes que l'on ne peut pas retenir, et que Philippe Noiret savait si bien transmettre, notamment dans La vie et rien d'autre et L'horloger de Saint Paul.

Tu sais parler des gens et c'est ce qui rend ton cinéma aussi merveilleux. De Capitaine Conan au Dimanche à la campagne, en passant par le Coup de torchon, tu donnes toujours toute la place à tes personnages, pour lesquels tu as un grand amour. Et c'est trop beau. Avec toi, la vie déborde, crève l'écran et touche le spectateur en allant chercher des émotions simples, mais intenses, lui permettant également de réfléchir à la société qui l'entoure. Tes films sont puissants, Bertrand. Il est heureux que tu nous les laisses, mais il est triste de savoir que tu n'en fera pas de nouveau. Parce qu'en cette sombre période, ton travail est extrêmement salutaire.

Bon vent Bertrand. Salue pour moi Noiret, Marielle et Rochefort, Galabru, Christine Pascal et toutes celles et ceux qui depuis le temps qu'ils sont morts eux aussi, sont sans aucun doute contents de te retrouver... Le plus dur, est pour ceux qui restent.

Je fus absolument ravie de faire partie de tes contemporains. Je garderai de toi tous ces films magnifiques qui sont la preuve que la vie est une fête, qui n'en finit jamais de commencer.

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