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Les Promenades d'Erin

Et de deux !

27 Février 2021, 08:23am

Publié par Erin

Et de deux !

Deux ans de promenade ! On pourrait croire que ça fait long, mais j'ai l'impression d'avoir tout juste commencé à écrire hier... J'ai débuté cette histoire en 2019 et depuis il s'en est passé des choses... Soixante dix-huit articles et une pandémie plus tard, j'ai l'intention de continuer, en essayant d'être la plus régulière possible malgré les aléas de la vie.

Je vous remercie tous, chères lectrices, chers lecteurs, d'être comme je le disais en début d'année, la petite lumière au bout de mon tunnel qui maintient ma motivation à l'écriture en ces temps troublés. Merci pour votre lecture attentive et votre soutien, vos remarques positives, constructives, que j'essaie de prendre en compte, pour encore et toujours améliorer cet espace.

Merci de faire vivre ce blog, de commenter les articles, d'en parler autour de vous, de le partager sur vos réseaux et de faire la "promotion" de mes modestes écrits. J'ai plein d'idées pour cette nouvelle année, plein de livres à lire, de films à voir et de musique à écouter, qui me feront voyager dans ma chambre, à défaut de pouvoir aller prendre l'air pour de vrai. J'ai hâte de partager tout cela avec vous et j'espère que ces coups de cœur et découvertes vous plairont autant qu'à moi.

Prenez soin de vous chères lectrices, chers lecteurs, et bon anniversaire, car cette célébration est aussi la vôtre.

Erin.

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Ciné-maison: le film de Février

26 Février 2021, 09:05am

Publié par Erin

La Cérémonie, de Claude Chabrol (1995)

Sophie (Sandrine Bonnaire) est un jour engagée comme employée de maison chez les Lelièvre, famille de bourgeois. Elle dissimule honteusement son analphabétisme à ses patrons et travaille sans broncher, supportant leur condescendance et leur fausse bienveillance. Elle rencontre un jour Jeanne, (Isabelle Huppert) postière de son état au village, qui va devenir son amie. Parce que cette dernière voue une haine assez grande aux Lelièvre, elle va entraîner Sophie dans son sillage et la pousser à une grande violence envers ses employeurs. Jusqu'au point de non-retour.

Lointainement adapté de l'affaire des Sœurs Papin (deux domestiques ayant assassiné leurs patronnes en 1933), La Cérémonie met en exergue une lutte de classes et la colère qui en découle. Les deux patrons et leurs enfants sont infectes de condescendance et de paternalisme, à tel point que l'on comprendrait presque le geste extrême de Sophie et Jeanne, même si fondamentalement, personne ne mérite une telle fin. Violence contre violence, l'institutionnelle est-elle plus ou moins forte que celle du fusil ?

La famille Lelièvre

C'est une question philosophique soulevée par le film sans qu'une réponse tranchée ne soit donnée. L'important dans La Cérémonie (et c'est là que réside le génie de Claude Chabrol), c'est l'évolution des personnages face à cette violence sociale, l'augmentation progressive de la tension qui y est associée et l'inversion du rapport de force.

Les deux actrices principales sont formidables, chacune dans leur registre. Sandrine Bonnaire est discrète, introvertie mais solaire, là où Isabelle Huppert est glaçante d'instabilité et de haine. Le malaise est si pesant que l'on est heureux qu'il arrive à son paroxysme, où cette fin à laquelle on s'attend laisse le spectateur non pas surpris, mais méditatif, sur cette société qui laisse s'exercer une telle domination engendrant de si graves réponses.

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Antonin Artaud: L'ombilic des Limbes, Le Pèse-nerfs et autres textes (1968)

19 Février 2021, 08:12am

Publié par Erin

Et maintenant, Monsieur le Docteur, que vous voilà bien au fait de ce qui en moi peut être atteint (et guéri par les drogues), du point litigieux de ma vie, j'espère que vous saurez me donner la quantité de liquides subtils, d'agents spécieux, de morphine mentale, capables d'exhausser mon abaissement, d'équilibrer ce qui tombe, de réunir ce qui est séparé, de recomposer ce qui est détruit. Ma pensée vous salue.

Extrait de "L'ombilic des Limbes"

Ce recueil publié tel quel en 1968 par Gallimard contient plusieurs types d'écrits parus à partir de 1925. De la correspondance avec Jacques Rivière (rédacteur en chef à la Nouvelle Revue Française) aux textes de la période surréaliste, en prose ou en vers, il en tout cas impossible pour moi d'en faire un résumé. Ce que je peux en revanche en dire, c'est que dès la lecture des premières lettres, je me suis tout de suite dit que je n'avais jamais rien lu de semblable. Et que c'était formidable. Artaud était sans aucun doute un homme très torturé, avec ses obsessions et ses travers, mais qui en a pleinement conscience et qui les exprime magnifiquement. Il est extraordinaire dans sa recherche de précision et dans son besoin de clarté.

Les textes composants L'ombilic des Limbes, Le Pèse-nerf et L'Art et la Mort sont incroyables d'imagination et d'originalité, poussant le lecteur au-delà de ce qu'il a l'habitude d'entrevoir et de lire. Bien entendu, tous les textes ne sont pas égaux dans leur intelligibilité, certains sont même assez abscons, mais personnellement, j'ai accepté. D'abord parce que je savais que j'entrais dans la tête et dans l'univers d'un écrivain un peu fou, mais qui en plus, a appartenu au mouvement surréaliste. Rien ne servait alors pour moi de chercher à COMPRENDRE à tout prix, alors que l'important se situait plutôt dans ce à quoi le texte me renvoyait personnellement, et à sa musique intrinsèque.

Je vous invite d'ailleurs si vous avez la chance comme moi de découvrir ce poète avec ce recueil, à lire dès que possible à haute voix. Ainsi, ce qui vous semble au premier abord incompréhensible vous sera peut-être rendu plus accessible à cause de cette musique, dont on ne sait pas si elle était souhaitée ou non par Artaud, mais qui existe vraiment si l'on y fait attention.

Les poèmes sont très imagés, le style est aussi sensible que son auteur, que l'on sent tour à tour à fleur de peau ou au contraire extrêmement déterminé à exprimer ce qu'il souhaite. (Pour preuve, les très machistes lettres au ménage et le vindicatif texte de rancune au mouvement surréaliste). Ce recueil de textes donne à voir d'Antonin Artaud son instabilité, mais aussi ses grandes forces et ses faiblesses. En dehors de quelques lignes qui sont effectivement difficilement compréhensibles, l'ensemble est assez fluide, si on accepte de se laisser porter.

Tous ces écrits sont décapants et ont remis en question ce que je pensais connaître de la poésie. L'ombilic des Limbes est un vent de fraîcheur malgré l'obscurité certaine de son contenu, que je me suis surprise à lire presque aussi facilement qu'un bon roman. C'est un recueil qui ouvre nos propres frontières, beau et intense comme un voyage intérieur.

En sommeil, nerfs tendus tout le long des jambes. Le sommeil venait d'un déplacement de croyance, l'étreinte se relâchait, l'absurde me marchait sur les pieds.

Extrait de "Le Pèse-nerfs"

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Chez Leprest

12 Février 2021, 08:41am

Publié par Erin

Allain Leprest (1954-2011)

Allain Leprest (1954-2011)

C'est une chanson de Gauvain Sers qui a mis la puce à l'oreille à une de mes meilleures amies. Amie qui est venue me voir un jour en me demandant si je connaissais, Leprest. Bien forcée d'avouer mon ignorance à son sujet et désireuse de la racheter, j'ai fouillé internet. Une question m'est immédiatement venue à l'esprit: comment avais-je pu faire, moi qui fût pétrie de Chanson Française toute ma vie, pour passer à côté d'un répertoire musical et poétique aussi intense, interprété par cet écorché vif parti carrément trop tôt, trop vite pour que j'ai le temps de faire sa rencontre ?

Il était déjà trop tard quand ce jour est arrivé, chez mon amie, et que Le temps de finir la bouteille résonnait dans mes oreilles. En plus d'être frappée par la puissance du texte et la mélancolie de l'interprétation, c'est aussi l'amer sentiment d'avoir raté le coche qui m'a scotché à mon siège, sentiment mêlé d'une joie immense d'avoir fait une formidable découverte qui n'allait certainement pas s'arrêter là.

Né en 1954 dans le Cotentin, d'un père charpentier et d'une mère au foyer, Allain Leprest débute l'écriture très tôt et manifeste très vite le désir de chanter ses chansons. Avant que sa carrière ne débute réellement, il est peintre en bâtiment, pour rassurer son père, "au cas où" son chemin musical ne l'emmènerait pas loin. De son père d'ailleurs, il a pris la manière de travailler, construisant ses chansons "comme on construit une chaise", dans le but qu'elles en aient le même confort. Allain Leprest n'est pas qu'un chanteur ou un poète d'exception, c'est un artisan de la chanson.

Sa poésie est réaliste et pleine d'images fortes, au vocabulaire riche sans être inaccessible, et interprétée d'une voix chaleureuse, enrouée de fumée de Gitane et de ballon de rouge. (Oui, peut-être que dit comme ça, c'est pas sexy, mais faut écouter pour comprendre). De cette belle voix donc, Leprest nous parle d'amour avec délicatesse et mélancolie, (Arrose les fleurs en 2008, ou Sur les pointes en 1994) de son enfance avec nostalgie (Mont Saint-Aignan en 1988, ou Bilou deux ans auparavant), mais aussi des gens qu'il croise, avec beaucoup de tendresse (Chiens d'ivrogne  ou Le copain de mon père en 1994).

Parce qu'il était politiquement engagé à gauche, il y a dans son œuvre une dimension sociale assez importante. Dans l'univers de Leprest, il y a des militants communistes (Sacré coco), des ouvriers (L'horloger) et des chômeurs (Joyeux Noël). Si beaucoup de ses textes penchent du côté de la mélancolie, ce n'est pas le cas de la totalité de ses chansons et certaines orchestrations tendent même vers une joie que l'on aurait pas soupçonné.

Disparu volontairement en 2011 à la suite de deux cancers, il n'était pourtant pas le chanteur de la déprime, mais un poète de l'existence dont chacune des chansons peut accompagner des moments de notre vie. Chacun peut y trouver ce qu'il y cherche, et même ce qu'il n'y cherche pas. Leprest laisse derrière lui neuf albums et deux enregistrements en public, ainsi que de nombreux "héritiers" qui se réclament de sa poésie, même si de son vivant il était peu connu du grand public, finalement. Je vais pour ma part continuer d'explorer son monde, riche de tous ses trésors car comme le dit si bien Gauvain, "Chez Leprest, quand on y est, on y reste". A bonne entendeur.

"C'est peut-être" (Live-2009)

"Donne-moi de mes nouvelles" (2005)

"Je hais les gosses" (1994)

"Le temps de finir la bouteille" (Live-2011)

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