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Les Promenades d'Erin

Tonton Georges a 100 ans !

22 Octobre 2021, 09:09am

Publié par Erin

Georges Brassens (22 octobre 1921- 29 octobre 1981)

Georges Brassens (22 octobre 1921- 29 octobre 1981)

Cher Georges,

Si je prends le temps aujourd'hui de t'écrire une petite bafouille, c'est que nous sommes encore dans la semaine du 22 octobre 2021 et qu'il y a un siècle tout pile, tu as pointé le bout de ton nez sur notre planète.

Je ne me souviens plus exactement des circonstances dans lesquelles j'ai découvert tes chansons. Mais je me rappelle que mon premier contact avec toi, c'était une cassette audio de reprises, Une petite fille chante Brassens, sortie en 1985. J'ignore ce qu'il en était pour cette fameuse petite fille, mais en ce qui me concerne, à l'époque je ne comprenais pas la moitié de tes textes. Il n'empêche qu'ils me plaisaient franchement. Tant et si bien que j'ai pris le chou à ma famille pendant un certain temps en chantant à tue-tête Brave Margot et Le Parapluie en boucle, lors de nos  réguliers voyages en voiture...

Tu as toujours fait partie de la bande originale de mon existence. Adolescente, j'ai découvert que les chansons que j'écoutais sur cassette n'étaient pas des comptines pour enfants mais bien de la chanson populaire écoutée aussi par les adultes. Ta voix de feu de cheminée résonnait très souvent chez mes grands-parents. En faisant la cuisine mon grand-père chantait avec toi La chasse aux papillons, Auprès de mon arbre, Le gorille... Et chaque dimanche où ma grand-mère venait manger à la maison, je lui sortais un de tes disques, histoire de l'entendre fredonner quelques notes. Tu étais de leur jeunesse...

Ce n'est que toute jeune adulte que j'ai commencé à m'intéresser réellement à tes rengaines. Enfin l'ensemble de tes mots prenaient du sens et ta musique ne cessait de me montrer sa richesse. Tu m'as hanté, Georges. Tes chansons sont devenues une obsession qu'en bonne mono-maniaque j'ai passé en boucle, parce qu'à chaque nouvelle écoute je découvrais qu'une phrase m'avait échappée et que je comprenais quelque chose de nouveau. Je n'en revenais pas d'entendre que dans ton répertoire pas une virgule n'était mal placée et que tes chansons atteignaient un tel degré de  perfection d'écriture. C'était presque rageant.

Tu es considéré aujourd'hui comme un maître dans l'art de la chanson. Moi, j'aime tes rimes, mais aussi ton accent, ta pipe et ta moustache. J'aime ton engagement, que tu n’exprimais jamais frontalement mais que tu faisais passer par la fenêtre afin que l'on puisse l'entendre quand-même. J'aime la cohérence avec laquelle tu as essayé de mener ta vie et l'honnêteté dont tu semblais faire preuve. Enfin, j'aime l'époque musicale que tu représentes et l'héritage que tu nous laisses. 

Le temps passe et je reste émerveillée par ta production musicale. Je suis autant émue par Brave Margot (que je connais encore par cœur) que par La marine, ce poème de Paul Fort que tu as brillamment adapté et mis en musique, au même titre que Les passantes d'Antoine Pol ou que Gastibelza de Victor Hugo (texte auquel je ne comprends toujours rien, malgré plusieurs écoutes). Le temps ne fait rien à l'affaire est devenu un hymne me permettant de supporter mes journées de travail, et les amoureux des bancs publics accompagne régulièrement mes promenades à pieds. A chaque situation de la vie s'associe une de tes chansons, il est toujours utile de t'emporter avec soi.

Ta voix me sert aujourd'hui à rappeler mes grands-parents auprès de moi lorsque que j'en ai besoin. En t'écoutant je recharge mes batteries de tendresse et de sincérité. Contrairement à ce que le titre de cette lettre laisse supposer, tu n'es pas mon oncle non, non, mais c'est tout comme, tu es ce poète fantôme qui pousse à écrire, une figure protectrice intemporelle qui appartient à tout le monde et donc à moi aussi.

C'est pas tous les jours qu'on souffle ses cent bougies ! Cette humble lettre fera office de cadeau.

Bon anniversaire !

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Louise Michel: Mémoires (1886)

15 Octobre 2021, 09:51am

Publié par Erin

Il devait en être ainsi; le vent qui soufflait dans ma vieille ruine, les vieillards qui m'ont élevée, la solitude, la grande liberté de mon enfance, les légendes, les bribes de science braconnées un peu partout, tout cela devait m'ouvrir l'oreille à toute les harmonies, l'esprit à toutes les lueurs, le cœur à l'amour et à la haine; tout s'est confondu dans un seul chant, dans un seul rêve, dans un seul amour: la Révolution.

Je triche un peu. En réalité, j'ai lu cet ouvrage au printemps dernier, mais je me voyais mal le noyer au milieu d'un bilan de lectures saisonnières, c'est pourquoi ces Mémoires n'arrivent que pour l'automne. Et puis elles m'ont fait un tel effet que je me suis dit qu'elles méritaient bien un article à elles toutes seules. Par ailleurs, il est encore temps de souffler les 150 bougies de la Commune. Que voici un bon prétexte à l'écriture...

Souvenez-vous ! En mars 2021 je vous ai écrit à propos du Cri du Peuple de Jean Vautrin, paru en 1999, qui retraçait les événements historiques de la Commune de Paris en y faisant vivre tous les grands personnages qui y avaient réellement participé, tout en y mêlant de la fiction. C'était beau comme une révolution populaire. Depuis, j'ai donc continué à creuser mon intérêt pour la Commune et je me suis attaqué aux souvenirs de Louise Michel, cette désormais très célèbre institutrice révolutionnaire, qui a activement participé aux combats parisiens de 1871. Je vous parlerai ici du premier volume de ses Mémoires.

Louise Michel naît le 29 mai 1830 à Vroncourt-la-Côte, petite commune rurale située en Haute-Marne. La maison est grande "et le vent y souffle comme sur un navire". Elle y vit notamment entourée de sa mère et de son grand-père, deux personnes à qui elle vouera une grande affection tout au long de sa vie. Elle quittera sa région pour vivre à Paris où elle fera les études nécessaires pour devenir institutrice, exercera dans des écoles, insistant pour éduquer les garçons de la même manière que les filles, préférant faire chanter aux enfants des chants républicains plutôt que religieux. Elle participera donc aux événements de 1871, ira en prison, se fera juger puis déporter en Nouvelle-Calédonie, où elle continuera de transmettre ses connaissances et ses idées à ses camarades bagnards ainsi qu' aux Canaques, peuple autochtone.

C'est un premier volume d'une immense richesse tant par son fond que par sa forme. Il est un témoignage très important d'une femme fondamentalement progressiste, anarchiste, féministe,  très en avance sur son temps qui mettra toute son énergie vitale au service de son idéal, à savoir la révolution et le changement radical de la société vers un modèle plus juste et plus égalitaire. C'est un des éléments frappants de cette lecture: Louise Michel n'arrête jamais. Tout ce qu'elle pense, tout ce qu'elle fait est en lien avec cette Révolution à laquelle elle croit tant.

Toujours en mouvement et sans cesse en réflexion, elle expose son chemin de vie et ses idées dans un style élégant mais très simple et direct qui rend la lecture de ce premier volume assez fluide. La seule "difficulté" que l'on pourrait souligner si vraiment on le voulait, serait parfois cette tendance à faire de longues digressions ou parenthèses, qui coupent un tant soit peu le récit, que le lecteur pourrait parfois trouver difficile à suivre. Mais cette tendance a son charme, elle nous donne justement l'impression d'avoir directement accès à ses pensées et nous permet de nous construire dans nos têtes à nous, un portrait assez détaillé de ce qu'elle a pu être.

Il y a beaucoup de poésie dans ces Mémoires. Pas seulement en raison du style, mais aussi parce que Louise Michel écrivait beaucoup de poèmes et de chansons, ce que j'ignorais complètement. Ses écrits sont tour à tour délicats, ("Les Roses" écrit peu de temps après le décès de sa mère) aux accents lyriques ("A mes frères" écrit à la prison de Versailles, le 8 septembre 1871), ou vindicatifs ("La Marseillaise Noire" envoyée à Victor Hugo un modèle littéraire et politique, avec qui elle entretint une riche correspondance). Quelles que soient les circonstances d'écriture et le style utilisé ces productions sont toutes éminemment politiques. 

En plus de tous ces poèmes et toutes ces chansons, elle a aussi glissé dans ces Mémoires quelques vers publiés dans des journaux tels que L'union des Poètes ou La jeunesse et quelques articles publiés le journal intitulé La révolution sociale (certains publiés sous le pseudonyme d'Enjolras, en référence à un personnage créé par Victor Hugo dans Les Misérables). A cela s'ajoute également des décisions de tribunaux lors de ses différents procès ainsi que leur description publiée dans différents journaux de l'époque.

Tous ces éléments mis bout à bout font de ce premier volume des Mémoires un portrait riche et complet de celle qui fût une des figures de la Commune de Paris. Celui d'une femme déterminée, courageuse et résolument tournée vers la vie. Un portait puissant.

Nous reviendrons, foule sans nombre;
Nous viendrons par tous les chemins,
Spectres vengeurs sortant de l'ombre,
Nous viendrons, nous serrant les mains,
Les uns dans les pâles suaires,
Les autres encore sanglants,
Pâles, sous les rouges bannières,
Les trous des balles dans les flancs.

Extrait de "A mes frères"

Louise Michel (1830-1905)

Louise Michel (1830-1905)

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Retour au grand écran !

8 Octobre 2021, 09:38am

Publié par Erin

Retour au grand écran !

Il était temps ! Depuis la réouverture des cinémas j'ai vu trois films, que voici, que voilà !

Adieu les cons, d'Albert Dupontel

Tout commence lorsque Suze Trappet, 43 ans, (Virginie Efira), tombe sérieusement malade. Sachant ses jours comptés, elle décide de retrouver l'enfant qu'elle a eu à 15 ans et qu'elle fût obligée d'abandonner. Ses recherches vont la mener par hasard, à l'endroit ou travaillent Jean-Baptiste Cuchas, (Albert Dupontel) salarié au bord du suicide et Monsieur Blin, (Nicolas Marié) archiviste aveugle. Ces deux étranges personnages vont s'allier à Suze pour l'aider dans sa quête d'enfant perdu.

Ce trio de personnages surréalistes avance avec détermination, tombant à pieds joints dans les ornières de la comédie, pour notre plus grand plaisir. Les trois comédiens sont très efficaces. Adieu les cons est moins corrosif que ce à quoi nous a habitué Dupontel, avec notamment des films comme Enfermés dehors (2005). Cependant, il n'en reste pas moins grinçant, comique et touchant, sans être mielleux. C'est cet équilibre qui donne à cette récente production son attrait, sans parler du fait que Dupontel se permet toujours en passant une petite critique des aberrations de notre société moderne, ce qui fait toujours du bien.

Petite Maman, de Céline Sciamma

A la mort de sa grand-mère, la petite Nelly et sa maman Marion vont vider la maison familiale. Un jour, sans crier gare, Marion disparaît et Nelly rencontre par hasard une autre petite fille, elle aussi nommée Marion...

Je suis en générale assez admirative des films de Céline Sciamma. J'ai beaucoup apprécié Naissance des pieuvres (2007), Bande de filles (2014) ainsi que le récent Portrait de Jeune fille en feu (2019) et à ce jour celui que je préfère reste Tomboy (2011). C'est donc comme on se rend à un rendez-vous joyeux que je me suis rendue au cinéma pour voir Petite Maman... Qui m'a un peu laissé sur ma faim.

Entendons-nous bien, ce film n'est pas mauvais. Il est même esthétiquement assez réussi (la musique de fin mise à part, dont on aurait pu se passer) et l'histoire est suffisamment étrange pour que l'on soit capté et que l'on ai envie de le voir jusqu'au bout. J'ai souvenir d'une ambiance assez calme et tranquille qui n'est pas désagréable. Par ailleurs, il dure soixante-douze minutes, on a pas trop le temps de s'ennuyer. Non, ce qui pêche un peu à mon sens, c'est la démarche dont justement, on ne voit pas très bien où est-ce qu'elle nous mène. Le passage aux différentes époques dans un lieu identique peut être un peu déroutant, mais le plus gênant selon moi reste cette absence de réponse claire quant à ce que la réalisatrice veut nous dire avec un film comme celui-ci. Résultat, j'ai regardé les deux petites comédiennes (qui au passage, ressemblent comme deux gouttes d'eau à Zoé Héran, actrice principale de Tomboy) avec beaucoup de distance, sans jamais vraiment me sentir en empathie avec leurs personnages, qui en plus, s'expriment de manière bien trop sophistiquée du haut de leurs quelques années. Dommage.

Serre-moi fort, de Mathieu Amalric

Clarisse mène a priori une vie sans histoires. Elle est mariée et mère de deux enfants, ce qui ne l'empêche pas de partir, un jour sans prévenir.

Vous allez sans doute vous dire en lisant ces deux phrases que je ne me suis pas foulée pour vous donner un résumé du film. Vous aurez raison. Le problème c'est que ce film n'a pas de narration linéaire. Les époques et les personnages se mélangent sans cesse, seule Clarisse reste à sa place de femme qui fuit. Mais qui fuit quoi ? C'est ici que réside toute la question du film et c'est pourquoi il est difficile de le résumer autrement que par mes deux pauvres phrases.

Vous l'aurez sans doute compris avec la critique précédente, quand tout se mêle sans arrêt, que l'on ne sait pas très bien qui est qui et où l'on va, j'ai un peu du mal à m'attacher aux personnages. J'ai visionné le film de loin pendant un bon moment, jusqu'à ce que petit à petit tous les éléments s'emboîtent. Parce qu' à un moment cela arrive, et c'est bien. Cela nous permet aussi de réaliser que tout se qui s'est passé avant cette compréhension est en réalité un véritable tour de force cinématographique. Mathieu Amalric a trouvé une manière originale de parler d'un sujet aussi grave, qu'il filme avec beaucoup de délicatesse et d'élégance. Si on peut au départ y trouver une certaine froideur, on en ressort pas indifférent, c'est certain.

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Lectures printannières

1 Octobre 2021, 09:39am

Publié par Erin

Lectures printannières

Le premier article de cette saison fait un petit bond en arrière, pour faire comme si on rattrapait le temps perdu... Voici quelques ouvrages lus entre le mois de mars et le mois de mai 2021. Il s'agit d'une sélection parfaitement subjective, où je n'ai choisi que des œuvres que j'ai apprécié. Je n'avais pas envie d'entreprendre ma reprise avec des critiques négatives...

La dame de pique, d'Alexandre Pouchkine (1834)

Une nuit d'hiver, chez le lieutenant Naroumof, cinq camarades passent leur soirée à jouer aux cartes. Paul Tomski  y conte l'histoire de sa grand-mère la comtesse Anna Fedotovna: celle-ci aurait un jour trouvé une combinaison de jeu imparable lui permettant de gagner systématiquement, et ainsi de s'enrichir à loisir. Cette information ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, mais dans celle du jeune Hermann, qui va s'empresser de monter un stratagème afin de percer le secret de la comtesse...

Cette petite nouvelle est une réjouissante porte d'entrée à la littérature Russe, pour celles et ceux qui n'auraient pas encore eu la curiosité de s'y intéresser. J'y ai retrouvé au début l'atmosphère du Joueur d'échecs de Stefan Zweig, où le jeu tient une place centrale et est source d'une intrigue construite. Puis le récit dérive vers le fantastique quand les fantômes  s'installent sans prévenir. Le style est élégant sans être pompeux et l'histoire est courte mais suffisamment bien fichue pour qu'on ne s'ennuie pas, sans rester pour autant sur notre faim. La dame de pique est petit mais percutant, surprenant et très plaisant.

La Vagabonde, de Colette (1910)

Divorcée d'avec un peintre ennuyeux et infidèle, Renée vit désormais de ses prestations de music-hall et de théâtre. Elle chante dans les cabarets et les cafés concerts, menant une vie de bohème. Elle fait un jour la connaissance d'un beau jeune homme riche et sûr de lui, nommé Max, duquel elle s'éprendra. Aveuglée par la passion des débuts de son histoire, Renée est prête à renoncer à sa vie d'artiste pour le bonheur et la sécurité du couple. Mais le besoin vital d’indépendance et la peur du carcan bien connu du mariage ne sont jamais très loin...

La Vagabonde est le deuxième roman de Colette que je lis. Je ne me suis pas encore suffisamment intéressée à elle et à son travail pour me permettre d'en dire grand chose, cependant le peu que je connais me pousse à penser (et internet dit que j'ai raison) que ce roman est construit en miroir avec la vie de l'écrivaine, qui elle aussi a visiblement divorcé, pour vivre de son écriture en toute sérénité et autonomie. Renée est le reflet de Colette, entière, passionnée et indépendante. Comme lors de ma lecture du blé en herbe, roman avec lequel j'avais découvert son univers, j'ai eu un peu du mal à rentrer dans son monde. L'écriture est délicate et élégante, mais parfois elle impose une certaine distance avec les personnages. Cependant une fois que l'intrigue est mise en place on y est bien, et on a même envie d'y rester. Parce que c'est magnifique, en fait.

Coquelicot et autres mots que j'aime, d'Anne Sylvestre (2018)

Cet abécédaire poétique dressé par Anne Sylvestre s'inscrit parfaitement dans le cadre de cette nouvelle saison que je souhaite pleine de douceur et de tendresse. Cette sorcière des mots, capable des textes les plus bouleversants nous donne une liste de ceux qu'elle chérie le plus et nous donne autour, de jolies anecdotes. A travers ces mots choisis, la chanteuse évoque son enfance, sa famille, son travail, ses amours, sa vie. C'est beau comme ses chansons, tendre, drôle et en même temps très pudique. Une merveille de sensibilité.

 

 

A la ligne: feuillets d'usine, de Joseph Ponthus (2019)

Joseph Ponthus n'était pas vraiment écrivain, mais plutôt éducateur, en banlieue parisienne. Jusqu'à ce que par amour, il s'exile en Bretagne. Dans cette région, il n'y a pas de travail pour un éducateur alors, parce qu'il faut bien faire quelque chose, Joseph embauche à l'usine de crevettes la plus proche... En rentrant chez lui, pour se vider la tête, il écrit l'usine, à la ligne.

Les médias ont beaucoup parlé de Joseph Ponthus l'hiver dernier. Son livre a en effet connu un succès assez important à sa sortie en 2019, succès dont il n'a malheureusement profité que peu de temps, puisqu'il est mort emporté par le cancer à l'âge de 42 ans, en février 2021. C'est cette annonce, liée en plus à son jeune âge, qui m'a poussé à acheter son livre. C'était un achat impulsif, que je ne regrette pas du tout.

A la ligne est un témoignage fort et très important, à l'heure où les usines sont toutes fermées ou délocalisées et où le monde ouvrier disparaît. Le livre est original, tant par son sujet que par sa forme, en vers libres, allant sans cesse à la ligne. A la ligne comme sur la ligne de production de son usine de crevettes, ou de l'abattoir. Le travail est ignoble, fatigant, aliénant, mais sous les mots de Joseph Ponthus il devient poésie. Et c'est beau. Pourtant rien ne nous est épargné. Ni le bruit, ni les odeurs, ni le froid, ni l'ennui. Mais les vers sont si bien choisis qu'ils sonnent justes, qu'on y est, on y croit. Et ça raisonne, longtemps, à l'intérieur de nous.

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