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Les Promenades d'Erin

Les films de Janvier

31 Janvier 2020, 09:17am

Publié par Erin

La vérité, de KORE-EDA Hirokasu

Fabienne, actrice Française de renom va sortir ses mémoires. Afin de la féliciter, sa fille arrive des Etats-Unis avec sa famille pour lui rendre visite. C'est l'occasion pour les deux femmes de se retrouver, de partager ce qu'elles ne se sont jamais dit et de revenir sur leurs différents...

Moi j'avais hâte de voir ce film parce que j'avais été très touchée par Une affaire de famille (2018), Tel père tel fils (2013) et Air Doll (2009), les films précédents du réalisateur Japonais. La vérité aussi est touchant par moments, (un peu moins que les autres, malgré tout) justement quand les gens se la disent, la vérité. Mais le problème avec une actrice comme Fabienne, (si je puis me permettre, le rôle de l'actrice narcissique, carriériste et imbue d'elle-même sied parfaitement à Catherine Deneuve) c'est qu'on ne sait pas vraiment quand elle dit la vérité. Et autour d'elle, les gens la connaissent et mentent aussi, si bien qu'on ne sait plus forcément qui est sincère ou qui se sert de la réalité pour mieux interpréter une scène de cinéma.

C'est tout le propos du film et c'est en cela que je le trouve réussi. Chacun y raconte "sa" vérité, qui peut être bien différente de celle des autres. La conclusion de tout ceci pourrait être une réflexion autour de ce qu'est la famille et de l'importance de se dire les choses, en passant du temps avec ceux que l'on aime. Quelques bémols cependant, l'ensemble est un peu long et aurait mérité d'être un peu moins contemplatif à mon goût.

Lola vers la mer, de Laurent Micheli

Lola est transgenre. Depuis plus d'un an elle vit en foyer. A la mort de sa mère elle retrouve son transphobe de père afin de disperser les cendres de la défunte. Le semi road movie qui s'engage sera pour la fille et le père, l'occasion de chercher à se comprendre et à régler leurs différents.

Que voilà une bien belle histoire. On a déjà vu des familles se déchirer, puis se retrouver à l'occasion de décès. Parce que la mort nous rapproche souvent de ceux que l'on cherche à éviter. Ainsi, l'intrigue de ce film n'est pas particulièrement originale. Ce qu'il l'est en revanche, c'est le fait que Lola soit transgenre (interprétée par la magnifique actrice transgenre Mya Bollaers,) et que le coeur du conflit vienne du fait que son père soit dépassé par cette situation. Il y a là un conflit familial, générationnel et identitaire qui laisse le spectateur face à ses propres émotions.

Les deux comédiens sont très crédibles et le film à le mérite de parler et de montrer ceux que l'on oublie ou que la société invisibilise volontairement. Le rythme est bon, et le traitement du sujet évite toute chute vertigineuse vers le pathos, malgré un début d'histoire assez sombre. Au milieu de tout cela, il y a une réelle volonté de lien familial, d'amour et une énergie vitale qui nous empêche de sombrer dans la tristesse sans pour autant garder une trop grande distance qui nous empêcherait d'être touché.

Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma (2019)

 

Bretagne, 1770. Marianne est engagée par la mère d'Héloïse pour peindre le portrait qui a pour vocation de marier sa fille. Mais celle-ci refuse d'être peinte, car elle ne veut pas se marier. Les deux femmes vont s'apprivoiser, petit à petit, apprendre à se connaître et finir par nouer une relation amoureuse...
 

C'est un film beau d'époque, furieusement contemporain, parce que féministe. Les quatre interprètes sont magistrales, les costumes sont sublimes et l'histoire est intemporelle. C'est un film sur l'amour, mais aussi sur la sororité, dans lequel les femmes et leurs problématiques sont mises à l'honneur.  Les corps et les esprits sont valorisés: on débat, on discute, on collabore, on cré... Il y a peu de musique (exception faite du magnifique titre La jeune fille en feu de Jean-Baptiste de Laubier et Arthur Simoni ainsi que d'un extrait de l'Eté de Vivaldi), qui laisse une grande place au silence dans lequel on peut entendre penser ces femmes qui vivent une paranthèse enchantée, loin des entraves de leur quotidien.

Portrait de la jeune fille en feu tranche avec les autres films de Céline Sciamma sur le plan estétique. Il y a beaucoup de couleurs, de lumière, de matière... Un peu comme sur la toile d'un peintre. (L'analogie est un peu facile sans doute mais il est difficile de ne pas la souligner...). On en ressort assez ébloui et bouleversé, la tête pleine d'images et de sensations laissées par ce petit bijou cinématographique.

Martin Eden, de Pietro Marcello (2019)

C'est l'histoire de Martin Eden, jeune marin prolétaire, qui tombe amoureux d'Elena, jeune femme issue de la bourgeoisie italienne. Celle-ci va lui ouvrir les portes de l'instruction. Martin Eden va alors découvrir le plaisir et l'importance de l'écriture, à l'heure ou le pays est traversé par de grands courants politiques. Mais épouser Elena revenant à épouser son rang, l'écrivain est alors partagé entre son acquisition de l'instruction (ainsi que ce qu'elle implique,) et le sentiment de trahir ses origines sociales.

Je n'ai pas lu le roman de Jack London du même nom, je ne peux donc pas vous dire si cette adaptation est respectueuse de l'histoire originale. Ce que je peux dire en revanche c'est que cette adaptation est originale en elle-même. C'est un véritable cinéma de divertissement, avec une histoire suffisamment éloignée de nous pour que nous ayons le sentiment de découvrir un univers, et en même temps si moderne qu'elle résonne complètement dans notre époque.

Ce Martin Eden est aussi un choix esthétique génial, un grain d'image unique pour notre époque souvent trop lisse. J'ai eu l'impression en le regardant, de voir sur grand écran un film des années 1970, comme ceux que pouvaient faire Claude Sautet, Louis Malle, ou Edouard Molinaro... Les images d'archives se mêlent aux images fictives, tant et si bien que l'on ne sait pas toujours ce que l'on regarde... Ce qui fait de ce film une véritable oeuvre originale et réussie.

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Joyeux anniversaire, Dewaere

26 Janvier 2020, 08:09am

Publié par Erin

Patrick Dewaere 1947-1982

Patrick Dewaere 1947-1982

Il y a de ces personnalités dont la vie passe vite, comme une étoile filante et dont la course s'arrête net, souvent en pleine gloire. En musique, Kurt Cobain, Janis Joplin ou Amy Winehouse font tristement partis du célèbre "club des 27". Chez les littéraires, Antoine de Saint-Exupéry et Arthur Rimbaud sont respectivement décédés à 44 et 37 ans. Le 16 juillet 1982, le cinéma Français pleure un de ses plus grands ambassadeurs et comédiens: Patrick Dewaere, 35 ans, s'est suicidé.

Né le 26 janvier 1947, il aurait eu 73 ans aujourd'hui. C'est sans doute un peu cliché de le dire comme ça, mais il est un des mes comédiens préférés et je profite de cette date anniversaire pour écrire sur lui. Pour ce qui ne le connaîtraient pas encore et qui auront donc la chance de le découvrir, je vais le présenter un peu et vous parler de ses films, (du moins ceux que j'ai vu) qui ont marqués tout une époque.

Troisième d'une fratrie de six enfants (quatre frères et une soeur), Patrick Dewaere s'appelle à l'époque Patrick Bourdeaux (nom de son beau-père), puis Maurin, du nom de sa mère Mado, comédienne de son état. Celle-ci n'hésitant jamais à faire figurer ses enfants dans des films ou au théâtre, le petit Patrick passe son enfance sur les planches ou les plateaux de tournage. C'est à la fin des années 1960, lorsqu'il rejoindra la joyeuse troupe du Café de la Gare qu'il prendra le nom de sa grand-mère De Waëre, transformé en "Dewaere" par erreur.

Le Café de la Gare, c'est un joyeux bordel bercé par le vent de liberté de 1968. La troupe, constituée de comédiens comme Romain Bouteille, Coluche et Miou-Miou entre autres, écrit ses propres textes, improvise, monte ses propres décors... Patrick Dewaere qui cherche à se délivrer de son carcan familial parfois oppressant s'est trouvé une nouvelle famille qu'il gardera toute sa vie, et vers laquelle il retournera toujours, même lorsqu'il ne fera plus officiellement partie de la troupe.

Au café de la Gare: en haut à gauche: Patrick Dewaere, au centre: Romain Bouteille, devant à gauche : Miou-Miou, devant à droite, Coluche

Au cinéma, sa carrière décolle officiellement en 1974, grâce à Bertrand Blier et son film intitulé Les Valseuses. Aujourd'hui monument du cinéma Français, c'est un film qui bouscule la morale bourgeoise de l'époque. Patrick Dewaere y campe Pierrot, compagnon de vadrouille de Jean-Claude (Gérard Depardieu), avec qui il se lance dans une folle expédition à la suite d'un vol de sac à main qui ne se passe pas comme prévu. Au cours de leur joyeuse cavale, Jean-Claude et Pierrot feront des rencontres plus ou moins agréables. Parmi les joies il y a Miou-Miou, interprétant le rôle de Marie-Ange, qui décide de suivre ce drôle de duo en formant ainsi un trio culte. L'intrigue de ce film n'est pas des plus complexes, mais on s'en fiche. L'important se situe dans des dialogues magnifiques et un jeu d'acteur irréprochable. Le ton cru ainsi que de nombreuses scènes portées sur le sexe et sa liberté donnent un ADN unique à l'histoire. Aujourd'hui, on ne pourrait sans doute plus faire un film de la même trempe. C'est pour ça qu'il faut le voir.

Gerard Depardieu, Miou-Miou et Dewaere dans Les Valseuses

En 1975, Patrick Deware retrouve Miou-Miou (avec qui il est désormais en couple) pour tourner Lily aime-moi de Maurice Dugowson. Il y joue Johnny Cask, joyeux boxeur qui part en virée à la campagne avec François (Jean-Michel Folon) et Claude (Rufus), désespéré du départ de Lily sa compagne, (Zouzou) qu'il tente de reconquérir.

Pour son rôle de boxeur, Patrick Dewaere se met très sérieusement à la boxe, même si le sport n'est pas le coeur du sujet. Parce que c'est comme ça qu'il envisage le jeu, et ce sera sa marque de fabrique: être au plus près possible des personnages, faire le plus "vrai" possible, quelque soit l'importance du rôle.

L'année suivante, Claude Miller le choisit pour jouer Marc, animateur de colonies de vacances grande gueule, face au sensible Patrick Bouchitey qui joue son collègue Philippe, dans La meilleure façon de marcher. Ici Dewaere est un con, macho et cruel, qui prend plaisir à tourmenter plus fragile que lui, jusqu'au moment où...

Le jeu des deux acteurs est impeccable, et capte l'attention du spectateur vers cette histoire simple où la part belle est faite à la psychologie des personnages.

Patrick Bouchitey et Patrick Dewaere dans La meilleure façon de marcher

Toujours en 1976 (Dewaere est un peu "boulimique" et sa notoriété grandissante lui permet de beaucoup travailler en faisant régulièrement plusieurs films par année), il retrouve Maurice Dugowson pour tourner F... comme Fairbanks. C'est l'histoire d'André, chômeur, qui par l'intermédiaire de son ami Jean-Pierre va rencontrer Marie, (Miou-Miou) jeune comédienne venue tenter sa chance à Paris. Ces deux-là vont s'aimer passionnément. Mais André est toujours chômeur et un peu perdu. Son moral en baisse va détériorer sa relation amoureuse, qui va douloureusement en pâtir.

C'est curieux (et un peu flippant) comme parfois la fiction rejoint la vie. A l'époque du tournage, Dewaere est partenaire de Miou-Miou pour le film, mais n'est plus son amoureux dans la vie... Elle a choisit Julien Clerc, (à qui Patrick à cassé la gueule lorsque Miou-Miou l'a quitté) et de fait l'ambiance sur le tournage n'est pas toujours au beau fixe. S'ils jouent les amoureux devant la caméra, quand la journée se termine, ils se demandent plutôt avec lequel de ses deux parents va repartir la petite Angèle qui est encore un bébé... Patrick Dewaere à du mal à se remettre de cette rupture, mais se nourrira sans doute de cette détresse pour jouer de formidables scènes de disputes et de joies intenses, pour ce très beau film.

F comme Fairbanks

En 1977, il joue le rôle principal du film Le juge Fayard dit le "le Sherif" d'Yves Boisset. Dans cette histoire inspirée de celle du juge Renaud, il joue un juge d'instruction intègre et rigoureux dont les méthodes peu conventionnelles vont le conduire à se faire "placardiser. " Persévérant, il se plonge dans une enquête à priori sans grands rebondissements qui le conduira finalement sur la piste de la corruption et du blanchiment d'argent.

L'année d'après, il retrouve Bertrand Blier pour tourner Préparez vos mouchoirs, comédie où il retrouve Gérard Depardieu. Il joue Stéphane, professeur d'éducation physique dans le Nord, que Raoul va un jour croiser. Raoul est en couple avec Solange (Carole Laure), qui a perdu le sourire. Alors pour essayer de le lui redonner, Raoul va littéralement coller sa femme dans les bras de Stéphane...

Au départ, Bertrand Blier voulait réunir le trio des Valseuses, mais Miou-Miou n'était paraît-il pas très emballée à l'idée d'être celle que se partagent Dewaere et Depardieu en ayant les seins à l'air une scène sur trois. Qu'à cela ne tienne, Carole Laure fait parfaitement l'affaire. On retrouve ici la marque fabrique de Blier, à savoir un scénario très bien écrit avec des dialogues au cordeau où Patrick Dewaere se démarque, en collectionneur fou de livres de poche.

Carole Laure, Gérard Depardieu et Patrick Dewaere dans Préparez vos mouchoirs

1979: Dewaere va d'abord tourner la comédie Coup de tête, de Jean-Jacques Annaud. C'est une comédie légère qui va lui donner l'occasion de faire le con, pour le plus grand plaisir du spectateur. Il escalade les murs, se déshabille en public ou bien pète les plombs devant une table entière de joueurs. Chouette.

Mais c'est surtout l'année d'un de ses films les plus importants, à savoir Série Noire, d'Alain Corneau. Le scénario est signé Georges Perrec et raconte l'histoire de Franck Poupart, excentrique représentant de commerce, qui va croiser la route de la jeune Mona, que sa tante prostitue sans que ça ne gêne personne. Ensemble, ils vont commettre un crime, Poupart va progressivement se retrouver dans une situation ingérable et basculer lentement mais sûrement dans la folie.

C'est sombre, dérangeant, grinçant et très drôle à la fois. Dûr, aussi. Surtout pour quelqu'un comme Patrick Dewaere qui n'a pas pour habitude de jouer ses rôles (trop facile !), mais plutôt de les vivre. Quand il se cogne la tête contre le capot de sa voiture, c'est pour de vrai. Quand il bat son épouse, il ne fait pas semblant. Quand il plonge la tête sous l'eau et qu'il met du temps à remonter à la surface, ça fait un peu peur... Série Noire sera un des films dont il sera le plus fier, même s'il n'est pas convaincu par la première projection. Il admettra aussi qu'il n'est pas sorti indemne de ce personnage qui restera un des plus marquants de sa filmographie. C' est un chef-d'oeuvre grâce à lui c'est sûr, mais aussi parce que tout y est réussi. De la lumière aux dialogues, en passant par le reste du casting, notamment Bernard Blier et la toute jeune Marie Trintignant.

Dewaere et Marie Trintignant, âgée de 16 ans

Ensuite, il rencontre Claude Sautet, avec qui il rêvait de travailler depuis longtemps. Ils feront ensemble Un mauvais fils (le premier film de la filmographie de Dewaere que j'ai vu et à mon sens, un des plus touchants). Il y campe Bruno, le fils d'un ouvrier (magnifiquement interprété par Yves Robert) qui rentre chez lui après avoir purgé une peine de prison. Il va cumuler les petits boulots pour tenter de reprendre sa vie en main, jusqu'au jour où, employé dans une librairie, il rencontre Catherine, sa collègue (Brigitte Fossey), ancienne toxicomane. Ils vont s'aimer, et se faire replonger dans les abîmes de la drogue.

Le plus beau dans ce film c'est cette relation compliquée entre le père et le fils, qu'une génération oppose. Bruno fait ce qu'il peut pour plaire à ce père un peu rude qui le tient pour responsable du décès de son épouse. C'est très émouvant et d'une grande tendresse. Mention spéciale à Jacques Dufhilo, formidable en patron libraire, qui fera tout pour tenter de sortir ses amis de la catastrophe dans laquelle ils se sont fourrés.

Avec Yves Robert dans Un mauvais fils

Peu de temps après, sort Psy, de Philippe de Broca, sorte de vaudeville sur fond de psychothérapie collective, puis Hôtel des Amériques, d'André Téchiné, en 1981, une histoire d'amour entre Catherine Deneuve et lui. Elle fait progressivement le deuil de son ex-compagnon décédé dans un accident de voiture, lui jalouse le mort et la place qu'il prend dans le coeur de son aimée. Du Téchiné dans son jeune temps, (il y a toujours quelque chose de bien chez ce réalisateur...) mais pas forcément la plus captivante des histoires.

1981, c'est aussi l'année où Patrick Dewaere retrouve Bertrand Blier (pour la troisième fois) avec un film intitulé Beau-Père. Rémi est un peu paumé, dans une relation qui bat de l'aile, à laquelle sa femme (Nicole Garcia) veut mettre fin. Malheureusement, elle décède d'un accident de voiture avant de pouvoir le faire. Rémi se retrouve donc seul avec Marion, la fille de son épouse, âgée de 14 ans. Cette dernière choisit de rester vivre avec Rémi qui l'élève depuis plusieurs années, plutôt que de retrouver son père, avec qui elle partage peu de choses. D'autant qu'en réalité, elle est amoureuse de son beau-père.

C'est une très belle histoire d'amour, qui si elle étonne au premier abord, devient une évidence ensuite. Parce que Patrick Dewaere et sa très jeune partenaire, Arielle Besse, crèvent l'écran. Parce que c'est du Blier et que c'est bien écrit. Parce qu'on avait jamais encore parlé de ça au cinéma. Si le tournage de ce film se passe très bien, il n'en est pas de même pour sa sortie. Le distributeur du film ne choisit pas la photo prévue pour l'affiche. Il choisit celle qui provoque, où l'intimité d'Arielle Besse est entièrement dévoilée. L'affaire fait scandale, les parents portent plainte et la promotion du film en souffre, ainsi que les entrées. Arielle Besse n'a plus jamais fait de cinéma.

Avec Arielle Besse pour Beau-Père

En 1982 sort Mille milliards de dollars, où Dewaere interprète le journaliste Paul Kerjean, qui suite à un appel anonyme se retrouvera embringué dans une affaire qui va mettre sa vie en danger. Suspense, tension, il y a tout ce qu'il faut pour captiver l'attention du spectateur.

La même année, il tourne dans l'étrange film d'Alain Jessua, nommé Paradis pour tous. Le film parle d'un homme se retrouvant paralysé après avoir raté son suicide. Dépressif, il consulte un médecin (joué par Jacques Dutronc) qui grâce à une nouvelle thérapie qui coupe toute émotion négative, va lui rendre le sourire de manière littéralement permanente.

Et là encore, ça fait un peu froid dans le dos. Le film sort le 25 août 1982, soit à peine un peu plus d'un mois après que Patrick Dewaere ait lui réussi, à se tirer une balle de carabine dans la bouche. Nonobstant cette sensation désagréable due à cette corrélation entre la fiction et la réalité, le film vaut le coup d'être vu parce que le scénario est bizarre, dérangeant et invite à la réflexion sur le refoulement de nos émotions négatives.

Avec Philippe Léotard dans Paradis pour tous

Patrick Dewaere est mort à 35 ans, laissant derrière lui des dizaines de films et de pièces de théâtre à son actif. Dans cet article non exhaustif, je n'ai évoqué que les films que j'ai vu. Pour étayer mon propos je me suis aidé des interviews de Dewaere que l'on trouve sur youtube, de bonus de DVD contenant des entretiens avec des réalisateurs et de la biographie (mal écrite, mais utile parfois) de Christophe Carrière: Patrick Dewaere, une vie. (Qui prouve qu'on est pas obligé d'être bon écrivain pour sortir des bouquins. Dommage.)

Certains disent qu'il s'est suicidé parce qu'il avait subit des violences sexuelles dans son enfance (lui seul pourrait confirmer...), d'autres disent qu'une accumulation de rôles de "paumés" à joué sur son moral, qu'il était trop impliqué dans son travail, qu'il ne s'est jamais remis du départ de Miou-Miou, et certains accusent même sa dernière femme Elsa d'être responsable de sa dépression.... Moi je dis qu'on ne saura jamais, mais que c'est bien dommage...

Mais peut-être que si Dewaere n'avait pas été si fragile, il n'aurait pas joué avec autant de ferveur ? Ce qui est sûr c'est qu'il a marqué sa génération. S'il n'a jamais obtenu de récompenses de la part du milieu du cinéma, aujourd'hui un prix qui porte son nom, est décerné aux jeunes comédiens tous les ans. Beaucoup se réclament de lui, disent être ses héritiers. Ce qui est certain c'est qu'il n'y en aura pas deux comme lui. Ces films sont là pour en témoigner.

Tu parles, il est mort à 35 ans ! 35 ans ! ! Tu te rends compte de la perte ! Quelle époque de cons, on claquait pour un rien !

Patrick Dewaere (à propos de Mozart) dans "Préparez vos mouchoirs"

Extrait de Série Noire

Extrait des Valseuses

Extrait d'Un mauvais fils

Extrait de La meilleure façon de marcher

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Chroniques de Renaud parues dans Charlie Hebdo (et celles qu'on a oubliées) (2015)

17 Janvier 2020, 08:39am

Publié par Erin

A l'heure où en ce mois de janvier nous commémorons, ou tout du moins nous nous souvenons de l'attentat de Charlie Hebdo, j'avais envie de vous parler de ce recueil des chroniques que Renaud à écrit pour le journal, de 1992 à 1996.

C'était le temps d'avant les ailes de phénix qui poussent dans le dos et avant les embrassades de flics. A l'époque Renaud n'était déjà pas un militant politique, mais juste un homme sincère qui observait et écrivait des chansons sur ce monde qui ne tournait pas très rond et sur les émotions qui le traversaient. C'est sans doute pour cette raison qu'il a été embauché à Charlie.

Il n'est ni journaliste ni écrivain, mais il a une sacrée belle plume de chansonnier. C'est elle que l'on retrouve dans ses chroniques. Celle des jeux de mots plus ou moins pourris, des conjugaisons hasardeuses et des néologismes. Il partage avec les lecteurs certaines précieuses anecdotes du tournage de Germinal (de Claude Berri, sorti en 1993 et pour lequel il a fait l'acteur), donne des leçons de géographie atypiques et parle de sa passion du football à sa manière... Mordante, ironique et drôle.

Les textes peuvent aussi se faire intenses ou touchants, selon le thème abordé, comme par exemple cette suite de chroniques (du 8 mars au 19 avril 1995) intitulée La mère à Tito, où le chanteur, parti en mini tournée en Yougoslavie pour des concerts de soutien, se prend de plein fouet la réalité de ce pays déchiré par la guerre...

C'est aussi l'avantage de cet ensemble de chroniques. Elles nous (re)plongent dans une époque et son climat politique, devenant ainsi un témoignage historique important. (En particulier si comme moi, vous n'étiez pas politiquement très actifs au début des années 1990). On y lit aussi sur le SIDA, la dictature cubaine, le FN... Bref, toutes les problématiques qui ont rythmées ces années là, et sur lesquelles Renaud avait des choses à dire. On peut tristement constater en lisant, que certaines d'entre elles sont loin d'être réglées en 2020 et font écho à notre sombre époque, même vingt sept ans après...

Quand il ne prend pas position pour une cause ou une autre, ses écrits deviennent comme ses chansons, des tranches de (sa) vie joyeuses et délicates où il évoque sa femme, sa fille, les tracas et les joies du quotidien (et les nouilles aussi), sans jamais oublier de servir une fine chute aux lecteurs, qui a toujours un sens plus grand que celui qu'elle à l'air d'avoir au premier abord.

Pour lire un livre comme celui-là, il faut bien entendu aimer Renaud ou au moins celui qu'il était à cette époque. Il faut aussi avoir la volonté de le découvrir autrement que par sa musique et apprécier ce style si particulier qu'il met au service de la politique et de l'humour noir. Ce regroupement de chroniques met en joie ou désespère au fil des pages en fonction du sujet, mais l' on est sûr d'une chose, il est aussi sincère que son auteur.

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La Terre appelle le Major Tom

10 Janvier 2020, 08:10am

Publié par Erin

David Bowie (1947-2016)

David Bowie (1947-2016)

Cher Monsieur Bowie,

Je profite de la date du quatrième anniversaire de votre disparition pour vous écrire une petite bafouille. En entendant la nouvelle de votre décès à la radio ce triste jour de janvier 2016, j'ai été bien attristée. Non seulement parce que comme tout le monde, je n'étais pas au courant de votre état de santé  (ce qui rendait le choc encore plus brutal), mais parce qu'en plus, j'avais l'impression de perdre un compagnon de route. Chaque mort est injuste pour celui qui est touché. La vôtre aussi, de ce fait.

Je vous ai découvert en 2005, à la sortie du film Québécois C.R.A.Z.Y, (vous pouvez lire la critique du film ici) qui avait pour bande originale principale Space Oddity, votre tube de 1969, qui sera le premier d'une longue liste.

A la suite de ce film, je me suis plongée dans votre musique et dans votre univers, ce mouvement glam-rock que vous avez initié avec d'autres, plein de couleur, de paillettes et d'ambiguïté sexuelle. Votre liberté et votre audace me fascinaient. Vous êtes de ceux qui avez bouleversé mon adolescence.

J'ai écouté vos disques et visionné vos clips en boucle. Parce que l'harmonie est proche, je m'amusais à chanter Somewhere Over The Rainbow par dessus Starman et j'ai construit une deuxième voix pour The Man Who Sold The World. Et oui, vos chansons m'ont tellement plues qu'elles m'ont poussées à travailler ma musique. Grâce à vous, j'ai peut-être fait des progrès, alors au cas où, merci.

J'ai frénétiquement dansé sur Diamond Dogs, Rebel Rebel ou Jean Genie, et Life On Mars m'a fait pleurer plus d'une fois. Vos mélodies  étaient touchantes et originales, et si vous n'aviez pas une voix forcément reconnaissable au premier abord, elle le devenait obligatoirement par la suite parce qu'on s'attachait à vous. Vous étiez capable d'une grande poésie et de faire de très belles chansons avec peu. (Je pourrais sais doute vous reprocher plein de choses à vous autres Anglais, mais pour ce qui est du rock et de la musique en générale, y a pas à dire, vous gérez...).

J'aimais vos costumes, vos maquillages exubérants et votre énergie communicative. Vous étiez celui qui ose, qui n'a pas peur de repousser les limites. Celui qui se transforme continuellement, qui innove sans cesse. De Ziggy Stardust au Thin White Duke, vous avez créé des personnages et des univers différents qui suivaient l'évolution de votre musique, et c'est aussi cela qui fait de vous un artiste à part entière.

Du début à la fin de votre carrière, vous avez su manier votre art avec justesse et cohérence, tout en ne faisant jamais le même album. Votre touchant dernier disque Blackstar, sorti en janvier 2016 pour votre 69ème anniversaire, témoigne de votre mélancolie et de la souffrance associée à la maladie qui vous rongeait. Mais vous avez gardé ce qui avait fait votre force jusque-là. Votre musique tient la route, jusqu'au bout.

Bien que ma "Bowie mania" ce soit un peu calmée (juste un peu), je suis ravie de vous avoir écouté de votre vivant et d'avoir eu vos chansons comme compagnes pour grandir. Vous m'avez emmené dans plein d'endroits différents et quand je voyage aujourd'hui, votre musique n'est jamais très loin. Quand je la réécoute, elle me fait toujours le même effet.

J'ignore ce que cela peut bien faire de mourir, mais si jamais de là où vous êtes vous avez la fortune de croiser le Major Tom, transmettez-lui mes salutations. Les journaux se demandent encore quelle chemise il porte, et la Terre aimerait bien avoir de ses nouvelles. Elle en attend depuis 1969, ça commence à faire long...

Bien à vous.

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Bonne année !!!!

3 Janvier 2020, 08:37am

Publié par Erin

Bonne année !!!!

Chers Lecteurs,

J'ignore si vous avez passé du temps avec des amis, de la famille, si vous avez travaillé, fait du bénévolat, si vous êtes partis en voyage ou si vous êtes resté au chaud sous la couette chez vous, à ne rien faire. (Ce qui est votre droit le plus strict). Quoi qu'il en soit, j'espère que vous avez passé de belles fêtes de Noël.

Je vous souhaite une excellente nouvelle année ! Je l'espère remplie de joies, de belles rencontres et d'intéressantes découvertes. Je profite de cette carte de voeux virtuelle pour vous remercier sincèrement de lire mes humbles écrits régulièrement. Je prends toujours autant de plaisir à partager mes centres d'intérêt sur la toile. J'espère que le contenu que je vous prépare pour 2020 continuera de vous plaire.

N'hésitez jamais à commenter les articles (je réponds systématiquement aux commentaires), je compte sur vos retours afin d'améliorer le contenu du blog qui évolue régulièrement. Mes promenades sont un lieu d'échange entre vous et moi, qui ne peut que gagner à s'enrichir de vos remarques constructives !

C'est parti pour 2020 et à vous voir au prochain article !

Erin

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