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Les Promenades d'Erin

Nina Bouraoui: Tous les hommes désirent naturellement savoir (2018)

28 Juin 2019, 08:25am

Publié par Erin

Je ne fais pas partie de ceux qui regardent la télé ou écoutent la radio en continu. Lorsque je décide de me servir d'une des deux, je sélectionne soigneusement mes émissions. Parmi celles que j'écoute de temps en temps ce trouve Boomerang, animée par Augustin Trapenard, le matin sur France Inter. En décembre 2018, l'écrivaine Nina Bouraoui, que je ne connaissais pas encore, y était invitée pour présenter son dernier roman.

Tous les hommes désirent naturellement savoir est en réalité une collection de souvenirs de l'auteur, partagée entre son enfance en Algérie, sa jeunesse à Paris et l'histoire de ces deux parents. Née d'un père Algérien et d'une mère Bretonne, Nina Bouraoui passe son enfance entre ces deux atmosphères bien distinctes. Dans son livre, elle raconte ses souvenirs, évoque ses difficultés identitaires, (notamment son homosexualité, dont elle aura honte longtemps) avec style et simplicité.

C'est la discussion sur France Inter qui m'a donc poussé à me procurer cet ouvrage. Attirée j'étais, par le fait que l'auteure qui m'était inconnue donnait sa perspective toute personnelle sur son métissage et tout ce qui faisait son identité. Le livre est partagé en chapitres qui portent chacun les titres Se souvenir, Devenir, Savoir et Être. Au début, j'ai eu quelques difficultés à me plonger dans le récit. Les chapitres sont très courts, ce qui permet un rythme soutenu où le lecteur n'a pas le temps de s'endormir. Mais du coup, on passe sans arrêt d'une époque et d'une ambiance à une autre, et l'histoire en devient décousue... J'ai fini par être captée malgré tout par le style et par cette histoire qui se fait plus intense au fur et à mesure du livre. Phrases justes aux mots bien choisis, pour décrire les tiraillements d'une double identité et d'une différence pas toujours simple à assumer. Dévoré en un aller-retour à Marseille. laughUne jolie découverte.

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Hozier got the Irish Blues

21 Juin 2019, 07:24am

Publié par Erin

Hozier got the Irish Blues

Cette année, pour mon anniversaire, j'ai été gâtée. J'ai eu un voyage surprise à Marseille (!!!!!!!!) et Wasteland Baby ! le dernier album du chanteur Hozier. Et parce qu'aujourd'hui c'est la fête de la musique, j'en profite pour vous parler de ce chanteur.

Pour ceux qui ne le connaisse pas encore, ce garçon est né à Bray, dans le comté de Wiclow en Irlande le 17 mars 1990, saint jour de Saint-Patrick. Fils d'un banquier de jour (batteur de blues la nuit) et d'une artiste peintre, Andrew Hozier-Byrne écrit ses propres chansons dès l'âge de quinze ans et rejoint l'orchestre du Trinity College alors qu'il est à l'université de Dublin quelques années plus tard. Il quitte la faculté en milieu d'année et sort en 2013 un premier EP intitutlé Take me to Church, premier titre de son premier album Hozier, distribué en 2014. Ce disque est couronné de succès et fait l'objet d'une grande tournée en Europe et aux États-Unis. Il revient en 2018 avec un EP ou figurent cinq titres du second album Nina Cried Power, lui-même sorti le 1er mars 2019.

Les dessins de la couverture et du livret ont été réalisés par sa mère Raine Hozier-Byrne

 

Wasteland Baby ! (2019)

Hozier fait parti de ces musiciens Irlandais contemporains qui ne font pas de musique traditionnelle Irlandaise. (C'est pas parce qu'on est Irlandais qu'on est obligé d'en faire, tout en vivant dans une grotte au fond des bois, entouré de leprechauns). Ses influences musicales se situent plutôt du côté de John Lee Hooker, Muddy Watters ou Billie Holiday. Ses racines celtes n'étant cependant jamais très loin son blues rock tend vers la folk de temps à autres. Les textes sont chargés de poésie, de métaphores et de jolies images qui font sens. Pour lui, la musique est politique et l'artiste est chargé au travers de ses créations, de s'engager pour les causes qui lui semblent justes. Ainsi Take me to Church a été écrite en réaction au traitement des homosexuels en Russie, la très jolie ballade Cherry Wine évoque les violences domestiques, To be Alone (ma favorite sur ce premier album) parle drogue et relations toxiques. Plus récemment, Nina Cried Power est un bel hommage à l'héritage politique et musical d'artistes comme Bob Dylan, James Brown, ou Nina Simone... Il la chante en duo avec Mavis Staples, chanteuse américaine et activiste pour les droits civiques des noirs. Quatre-vingts printemps cette année et une voix comme on en fait plus....

Hozier et Mavies Staples

Le second album est une continuité du premier. Le style reste le même mais il me semble plus lumineux, bien que l'actualité ne pousse pas forcément à écrire de joyeuses déclarations. Les chœurs chantés par tous ses musiciens (de vrais choristes, c'est si rare de nos jours...) sont très présents (Movement, Almost, To Noise Making (Sing) ou le magnifique Dinner and Diatribes) et permettent d'accentuer une tonalité très gospel, déjà présente de temps à autres sur l'album éponyme avec quelques titres comme Angel of Small Death and the Codeine Scene, ou Work Song. Selon moi, cette force du chant collectif donne une ambiance moins mélancolique, plus chaleureuse, une humeur plus combative et une œuvre tournée vers les autres.

En concert, Hozier donne le sentiment de chanter pour chaque personne du public, individuellement. Les textes nous sont adressés, et les mélodies originales emmenées par une voix très claire sachant se faire tantôt puissante, tantôt délicate, nous assoient dans notre fauteuil et nous touchent droit au cœur. Je suis personnellement ravie d'appartenir à la même époque qu'Hozier comme d'autres ont appartenu à celle de Janis Joplin, par exemple. Il semble faire partie de ces artistes pour qui seuls la musique et son partage comptent. Chaque chanson interprétée en live est transmise avec une telle énergie et une telle sincérité qu'on se demande (comme chez Camille) si chaque spectacle n'est pas le dernier de sa vie. Heureusement non, je me réjouis personnellement de savoir que chaque sortie de disque le conduit sur les routes d'Europe et d'ailleurs pour partager avec son public les émotions qui le traversent. Longue vie !

Hozier got the Irish Blues

En référence à l'écrivain Irlandais James Joyce

To be Alone, en live et seul à la guitare

Le clip de Cherry Wine, avec l'actrice Saoirse Ronan

En live avec Mavies Staples

Shrike, ou LA ballade folk du second album

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Peter May et l’Écosse

14 Juin 2019, 10:57am

Publié par Erin

2017 a marqué le début de mes voyages en solo. En été cette année-là, j’ai pris mon sac à dos et je suis partie pour l’Écosse. Afin de me mettre dans l’ambiance et de préparer mon voyage, j’ai notamment fouillé du côté de la littérature.  Et j’ai découvert les polars de Peter May.

 

La trilogie Écossaise

L’île des chasseurs d’oiseaux (Le Rouergue 2009)

L’homme de Lewis (Le Rouergue  2012)

Le braconnier du lac perdu (Le Rouergue 2012)

 

 

Ces trois volets retracent les enquêtes de l’inspecteur Fin McLeod, policier basé à Edimbourg mais originaire de l’île de Lewis, dans les Hébrides extérieures.

S’il a quitté son  île alors qu’il était étudiant pour se rendre à l’université de Glasgow, ces différentes enquêtes vont le conduire à retrouver l’environnement de son enfance et de son adolescence. Elles vont le replonger dans un passé qu’il désirait pourtant fuir.

 

Si l’on s’intéresse à l’Écosse, sa culture et ses traditions, la trilogie Écossaise est selon moi une œuvre à ne pas manquer.  On y apprend beaucoup sur le mode de vie des habitants des Hébrides tant de nos jours que dans le passé.  On y découvre également des traditions et une culture spécifiques, où la religion,  la nature et langue gaélique ont une grande place. Cette lecture provoque un grand dépaysement, on a parfois l’impression de vivre une aventure  presque exotique, tant les éléments qui y sont dépeints  semblent éloignés de notre mode de vie occidental actuel.

On aime également la description de la mentalité des habitants, le climat météorologique très changeant et souvent rude ainsi que la vie rurale décrite avec attention.  On se laisse également emporter par les liens constants entre les différentes enquêtes et la vie personnelle de Fin McLeod, contraint de retrouver des racines qu’il avait choisit de quitter. Parce qu’on ne peut jamais vraiment oublier d’où l’on vient…

 

Les Hébrides extérieures, à l'extrème nord-ouest de l'Ecosse

 

Anciennes maisons typiques des îles de Lewis et Harris

 

L’île du serment (Le Rouergue 2014)

 

Sur l'Île d'Entrée, dans l'archipel de la Madeleine au Canada, la vie y est tranquille. Jusqu'au jour ou l'influent James Cowell est sauvagement assassiné. Toute la petite communauté soupçonne son épouse Kirsty, sauf Sime, le policier de Montréal qui enquête sur place. Lorsqu'il rencontre l'épouse de la victime, il est persuadé de la connaître... Les rêves vont alors se mélanger à la réalité et l'Écosse du 19ème va venir troubler le présent canadien...

 

On retrouve ici l'ambiance insulaire des Hébrides extérieures, mêlée à celle de l'archipel de la Madeleine, très différente et en même temps semblable. Parce que sur une île les villes deviennent des villages où tout le monde se connaît, s’entraide et se soupçonne aussi. Le climat y est rude et propice à la solitude. Peter May s'est énormément renseigné sur l'histoire des populations des Hébrides et sur la construction du Canada par les migrants Écossais. Et ça se sent ! J'ai personnellement beaucoup aimé les voyages temporels et géographiques que cette histoire propose. Et particulièrement ceux-ci puisque j'affectionne autant le Canada que l'Écosse.

 

Les îles de la Madeleine, à l'est du Canada

 

Maisons sur les îles de la Madeleine

 

 

Les fugueurs de Glasgow (Le Rouergue 2015)

 

Jack et sa bande de copains ont fuit l’Écosse à 17 ans pour Londres. Cette fugue marquée par plusieurs rebondissements tragiques les conduira à s’éloigner les uns des autres. Devenu sexagénaire, Jack retrouve Maurie, qui se meurt d’un cancer. Ce dernier lui demande de retourner à Londres car il prétend avoir la clef de l’un des mystères survenu lors de leur escapade de jeunesse. Les voilà repartis sur les routes d’Angleterre, sur les traces de leur passé…

 

A l’inverse de la trilogie Écossaise et de L'île du serment, nous sommes ici dans un univers très urbain. On aime l’énergie rock (les jeunes personnages sont musiciens) qui se dégage de l’histoire, pour plonger au fur et à mesure du récit dans la noirceur et la tragédie. Et on sourit des déboires des deux sexagénaires face à l’énormité de leur entreprise qui par moment les dépasse.  On apprécie particulièrement le petit-fils de Jack, jeune adulte et grand adolescent, embarqué de mauvaise grâce dans cette aventure parce qu’il est le seul à pouvoir conduire !

 

L'université de Glasgow

 

 

Pour les adeptes de la photographie et des beaux livres, je conseille L'Écosse de Peter May paru en 2013.

Les superbes photographies de David Wilson illustrent parfaitement et nous (re)plongent dans son univers  et ses îles écossaises de prédilection, Lewis et Harris. Pour le bonheur des yeux.

 

Exemple de plage qui constitue les Hébrides extérieures

 

Peter May est né à Glasgow en 1951. Scénariste pour la télévision et romancier, il est reconnu pour ces différentes séries de romans policiers notamment celles qui se déroulent en Chine et dans le sud de la France, où il habite à présent. Jusqu'à maintenant, je n'ai lu que les livres qui se déroulaient en Écosse, mais si vous connaissez un peu la série chinoise ou la française, n'hésitez pas à me dire ce que vous en pensez dans les commentaires !

 

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Au fil de Camille

6 Juin 2019, 09:24am

Publié par Erin

Au fil de Camille

Il y a pile deux ans aujourd'hui, je me suis rendue dans une grande salle de spectacle. Pour écouter un concert que j'attendais depuis douze ans et dont j'ai mis 48 heures à me remettre. Celui de Camille. Cette artiste est pour moi une inspiration musicale depuis que j'ai découvert ses albums, c'est pourquoi je vous en propose aujourd'hui un petit tour d'horizon.

Le sac des filles (2002)

Ce disque est en réalité le résultat du stage de fin d'études que Camille a effectué alors qu'elle était inscrite à Sciences Po. Tous les textes sont d'elle, à l'exception de la jolie ballade Elle s'en va, écrite par H Bassam (Hervé Dalmais, son père). Les chansons sont très différentes les unes des autres et nous offrent des ambiances éclectiques, allant du folk (La demeure d'un ciel) aux rythmes latinos (Les ex) en passant par la ballade jazz (Ruby). Ce premier disque n'a pas eu un succès franc a sa sortie, mais à trouvé un second souffle lorsque le deuxième est arrivé.

 

 

 

Le Fil (2005)

Où le disque qui a fait décollé la carrière de Camille. Album que l'on appelle concept, construit autour du bourdon de la note si, tendue comme un fil sur tout au long des chansons, il est celui qui a fait connaître l'artiste en France et a l'international. La chanteuse y explore sa propre voix en participant à tous les chœurs, et son corps en introduisant des percussions corporelles ainsi que du beatbox: car chez Camille le corps entier est un instrument. (L'exemple le plus parlant étant Ta douleur, le titre qui l'a révélé au grand public. Mais le principe s'étend bien entendu à tout l'album.) Les chansons Vertige et Rue de Ménilmontant ont été écrites par son frère Simon. Camille a obtenu deux Victoires de la musique pour ce disque en 2006.

 

 

 

Music Hole (2008)

Si Camille écrit principalement en Français, il y avait jusqu à présent au moins une exception anglophone par album. (Ruby sur le premier et l'inquiétant My Baby Carni Bird sur le second.) Ce troisième disque, est lui écrit entièrement en anglais. Le son est également un peu différent de d'habitude. Les percussions corporelles et le beatbox (des artistes Sly Johnson et Ezra) sont encore plus présents et les basses surtout, sont très puissantes. L'atmosphère est aussi plus proche de celui de la pop que de la chanson française, à laquelle elle nous avait habitué jusqu'à présent. Petite anecdote: la chanson Waves a été reprise pour une publicité de la marque Perrier, et Home is where it hurts (une de mes favorites) est utilisée en ouverture du film Juste la fin du monde, de Xavier Dolan (2016).

 

Ilo Veyou (2011)

Camille a passé un cap pour ce disque, qui n'est pas un album concept. Enregistré durant sa première grossesse, on note d'abord des changements au niveau des textes, toujours aussi poétiques, mais dont plusieurs sont évidemment évocateurs de la maternité. (Wet Boy, Bubble Lady, Aujourd'hui...) Camille change de son et se tourne vers les cordes, de guitare, violon ou violoncelle, qui donnent à ce disque une tonalité plus douce et dont les arrangements épurés bercent les oreilles. Ces derniers ont été faits par le musicien Clément Ducol, le compagnon de Camille. Pour ce disque, la chanteuse a également choisi d'enregistrer certains morceaux dans des églises ou des chapelles, (Tout dit, Le berger) ce qui confère à l'album une ambiance aérienne et délicate.

 

 

 

Ouï (2017)

Est un album construit autour de la voix et du tambour. Étant chanteuse et percussionniste (ici l'article sur l'instrument que je pratique), c'est une ambiance qui me parle beaucoup. Il s'agit selon moi de l'album le plus abouti, qui pourrait-être un mélange de tous les disques précédents. On retrouve l’éclectisme du Sac des filles, avec des morceaux très originaux qu'on est sûr de ne jamais avoir entendu ailleurs. Camille continue l'exploration de sa voix en chantant tous les chœurs elle-même, chœurs (parfois lyriques) qui ont également été arrangés par Clément Ducol, grâce auquel on retrouve la légèreté d'Ilo Veyou. Le tambour et sa force tellurique ancre le tout dans le sol et rappelle les basses percussives de Music Hole. Les textes ont également évolués. Camille écrit toujours de la poésie ayant un sens, mais l'on découvre ici une forme d'engagement, notamment en faveur de l'environnement. (Twix, Je ne mâche pas mes mots ou Seeds). Elle continue aussi à nous livrer des émotions personnelles, entre autres, le très beau Fille à Papa, écrit à la suite du décès de son père en 2012.

 

 

Les concerts

Les concerts qui suivent chaque sortie d'un nouveau disque de Camille sont de vrais spectacles à part entière, des événements musicaux pour ceux qui sont fans. (C'est d'ailleurs pourquoi j'ai dû attendre douze ans avant de pouvoir y aller, chaque show étant presque instantanément complet). Les morceaux les plus anciens sont réarrangés de façon à correspondre à l'univers de la nouvelle production. Camille choisit tout un décor et des couleurs dominantes spécifiques en fonction de de ses envies et de ce vers quoi le disque tend. L'énergique Music Hole était en orange, le délicat Ilo Veyou était blanc et doré et le positif Ouï est bleu.

Si la chanteuse est habituée à travailler seule ou en équipe réduite pour la production de ses albums en studio, ce qui séduit sur scène c'est une force collective, qui envoie une énergie colossale. Sur la tournée de Ouï, Camille avait trois hommes et trois femmes, choristes et musiciens, tous là pour reproduire le son sophistiqué et les multiples voix de leur chef d'orchestre.

En fin de concert, elle invite le public à monter sur scène et à improviser une chansonnette, généralement inspirée par le lieu même du concert. Certaines résidences se terminent même dans la rue ! Camille a d'ailleurs obtenu une Victoire de la musique l'an dernier, récompensant cette dernière tournée. C'est une bête de scène, une boule d'énergie qui danse, qui saute qui chante pour les autres comme si chaque concert était le dernier de sa vie. De mon côté, je lui souhaite d'en faire encore plein d'autres et de continuer à mettre son public sans dessus-dessous à chaque prestation. Vivement le prochain !

Ouï Tour (2017-2019)

 

Reprise de "La demeure d'un ciel" (2002) lors de la tournée de 2008 pour le 3e album

"Ta douleur" le tube de 2005 qui a révélé Camille au grand public

En concert sur la tournée de "Music Hole"

En hommage à sa grand-mère

Le morceau en hommage à son père

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