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Les Promenades d'Erin

Au pays des merveilles de Juliette

23 Janvier 2021, 08:15am

Publié par Erin

Au pays des merveilles de Juliette

C'est un pays où à défaut d'y "cueillir des pâquerettes" comme chantait Yves Simon, on y cueille... Des chansons. Cette année, le Père Noël avait pour moi dans sa hotte une compilation de vingt ans de travail (Ma vie, mon oeuvre, 2004) et son dernier album (J'aime pas la chanson, sorti en 2018).

Née en 1962 à Paris, d'origine Kabyle, Juliette Nourredine est fille d'un saxophoniste qui berce son enfance à coup de chanson Française et de musique Latine. Ainsi la jeune Juliette débute sa carrière dans les bars, en interprétant du  Jacques Brel et du Carlos Gardel. Elle écrit rapidement ses propres textes et compose au piano ses propres arrangements. Chaque chanson est un petit monde éclectique. Des musiques truffées de références classiques aux citations de celles et ceux qu'elle aime, Juliette emmène l'auditeur en voyage, des bistrots de Paris aux terres celtes, en passant par l'Amérique latine.

Elle aborde tous les sujets qui lui importent, sérieux ou non. Il y a des chansons drôles, des chansons fines, des chansons cons et des chansons spleen. On pleure sur Météo marine ou Aller sans retour, on sourit sur Procrastination (sujet ô combien universel, qui n'a pas une fois dans sa vie remis au lendemain ce qu'il pouvait faire le jour même ?), on hallucine sur Tout est bon dans l'cochon (oui, elle en a fait une chanson en 1995) et on rit en écoutant Ô casseroles, Ô faussets (2008), ou son Retour à la nature, texte datant de 2002, qui n'a pas vieilli d'un pouce.

Les merveilles de Juliette c'est aussi ça: un amour des mots et une écriture fine qui rendent toutes les chansons d'actualité, même quand elles datent de la fin des années 1990. Féministe convaincue, elle profite de chacun de ses disques pour y placer une ou plusieurs ritournelles mettant les femmes à l'honneur. Pour exemple, les tonitruantes Rimes Féminines (1996), le terrifiant Éternel féminin (2002), ou plus récemment la délicieuse Madame. Accorder une grande place aux femmes dans son travail n'empêchant en rien d'en faire une petite aux hommes, Juliette participe à plusieurs œuvres collectives rendant hommage aux grands noms de la chansons Française, en l'occurrence Brassens et Regianni. Elle compte sur ses albums solo quelques duos marquants avec François Morel ou Guillaume Depardieu.  

En plus des textes intelligents et des mélodies originales, il faut ajouter à l'équation un formidable travail d'interprétation. Très impliquée, sa manière de chanter n'appartient qu'à elle, tout en nous faisant penser aux anciennes chanteuses telles que Piaf. Elle en a la même prestance, la même classe. Sur scène, qu'elle soit seule derrière son piano ou accompagnée d'un orchestre au complet, elle en impose et attrape l'attention de l'auditeur, alors contraint de s'accrocher aux mots. Elle est à l'aise sur les planches comme à la maison et son public la retrouve avec joie, comme s'il retrouvait une amie de toujours, à qui il voue un grand respect.

Le spectacle que j'avais eu l'opportunité de voir il y a des années m'a réconcilié avec cette forte personnalité qui effrayait mon enfance. Trop petite pour apprécier les paroles ciselées, j'étais ébranlée par les grandes orchestrations et l'interprétation habitée. Depuis, la sagesse m'a gagné, et je dois dire que je remercie grandement le Père Noël de m'avoir rapporté dans mes souliers, ces deux passeports pour le pays de Juliette. Ils n'ont pas fini de ravir mes oreilles.

Madame (2018)

Les garçons de mon quartier (2004)

Les yeux d'or (1998)

Le diable dans la bouteille (2013)

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Ciné-maison: les films de Décembre

15 Janvier 2021, 08:33am

Publié par Erin

Versailles, de Pierre Schoeller (2008)

Nina est une jeune SDF qui survit en région Parisienne, accompagné de son fils Enzo, 5 ans. Un soir, dans la forêt qui borde le château de Versailles, elle fait la rencontre de Damien, jeune homme qui a choisit de vivre en marge de la société à la suite d'un séjour en prison. Parce que sa situation est usante et trop précaire, sans rien dire, Nina va partir et laisser Enzo, que Damien va être obligé de prendre son son aile...

Je gardais un souvenir poignant de ce film que j'avais découvert à sortie en salles. Ce deuxième visionnage a confirmé mes premières impressions et c'est avec plaisir que j'ai redécouvert cette belle histoire plus de douze ans après.

Versailles est un des derniers films dans lequel a joué Guillaume Depardieu, dont la carrière ne m'avait jamais intéressé jusqu'à présent. Tout en force frontale et en fragilité, il fait de son mieux pour protéger le petit Enzo (Max Baissette-de Malglaive, tout petit, mais déjà assez crédible) malgré ses rudes conditions de vie et ses difficultés a assumer une situation qu'il n'a pas choisit. Versailles c'est aussi le film qui m'a permis de repérer des noms d'acteurs et d'actrices fantastiques, comme la comédienne Judith Chemla (Nina) et Patrick Descamps, interprète du père de Damien. Dans ce film tout est parfait du rôle principal au dernier rôle secondaire.

Les relations sont fortes, les émotions aussi. Malgré le sujet social, jamais l'histoire ne bascule dans le pathos. La mise en scène est sobre et pudique, nous donnant à voir les manants vivant au pied du Château. On voudrait voir la suite, savoir ce que chacun devient pour rester à les accompagner, en espérant que tout le monde s'en sorte. Parce que c'est trop beau.

La saveur des ramen, de Eric Khoo (2018)

Masato, jeune chef cuisinier Japonais, décide à la mort de son père de retourner sur les trace de son enfance à Singapour, pour retrouver le goût des plats que lui cuisinait sa mère. Son voyage va le conduire à rencontrer une partie de sa famille et à découvrir des secrets douloureux.

Les ramen, se sont ces pâtes japonaises cuisinées en soupe, dans du bouillon de viande ou de poisson. Si vous êtes friand de cuisine asiatique, ce film est pour vous, mais mangez bien avant, sinon vous aurez envie d'avaler votre écran dans les premières minutes. La saveur des ramen nous donne à voir les cuisines japonaise et singapourienne telles qu'elles sont pratiquées sur place. Le résultat est très alléchant et loin de ce que nous connaissons dans nos restaurants français.

En dehors de cette profusion de nourriture, c'est aussi une touchante histoire autour de la transmission familiale, qui en profite pour questionner notre rapport affectif à la nourriture. Pour tous ceux dont les souvenirs reviennent vivement à l'odeur d'un plat emblématique de leur enfance. A consommer sans modération.

La Passion Van Gogh, de Dorota Kobela et Hugh Welchman (2017)

Arles, 1891. Le facteur Joseph Roulin confie à son fils Armand une lettre à remettre en main propre à Théo Van Gogh, frère du peintre Vincent qui vient de se donner la mort. Armand va donc entreprendre le voyage jusqu'à la dernière demeure du peintre et rencontrer ceux qui l'on connu de près ou de loin, en espérant comprendre les raisons de son geste et mener à bien sa mission.

C'est beau comme un tableau de Vincent, pour la simple et bonne raison que chaque plan est inspiré d'un véritable tableau du peintre. Le spectateur voyage littéralement à l'intérieur de son oeuvre, en adoptant le point de vue d'Armand. L'animation est moderne et bien faite, tant et si bien que l'on se perd entre la fiction et les réalités du XIXe et XXIe siècle. Les personnages ressemblent à leurs portraits dessinés par Van Gogh, mais aussi aux comédiens qui les doublent. Ainsi, Armand Roulin à des faux airs de Pierre Niney, Marguerite Gachet ressemble à Soirse Ronan et Louise Chevalier à Helen McRory.

On s'y perd un peu et c'est tant mieux. On rentre dans un univers où la peinture s'anime, les couleurs chatoient, la lumière est magnifique et l'histoire tragique. Voilà un film d'animation pour adultes qui donne envie de (re)découvrir l'oeuvre de Vincent Van Gogh et également de lire sa correspondance avec son frère Théo. Parce que nous aussi, on ne peut s'empêcher d'essayer de comprendre et de vouloir savoir ce qu'il pouvait bien se passer dans sa tête... Un bel hommage au créateur des Tournesols, qui a dû attendre de mourir pour que sont travail soit apprécié à sa juste valeur.

Y aura-t-il de la neige à Noël ?, de Sandrine Veysset (1996)

C'est l'histoire d'une famille de paysans maraîchers dans la région d'Avignon. Le père est violent et la mère, aimante et fusionnelle avec ses sept enfants. Sept enfants qui vont, qui viennent, qui grandissent et qui travaillent aux champs pour aider leurs parents. La vie est parfois si rude, qu'on aurait envie qu'elle s'arrête. Mais l'espoir renaît, avec l'arrivée de Noël...

Vous n'y croirez peut-être pas, mais j'ai eu du mal à vous pondre ces quelques lignes de résumé. C'est qu'en fait dans cette histoire, quand on regarde bien, il ne se passe pas autre chose que la vie de gens qui bossent. Mais rien, c'est beaucoup, finalement. Moi qui pensais qu'avec un titre pareil, j'aurais le droit à une comédie de Noël sans grand intérêt, que nenni. S'il n'y a pas d'action extraordinaire, les personnages sont tous très bien développés, si forts et réalistes qu'on a parfois l'impression d'être immergé dans un documentaire. Y aura-t-il de la neige à Noël ? est un film qui vous attrape par les émotions justes et qui vous donne envie de continuer jusqu'au bout pour voir si tout le monde s'en sort. Et la fin est si poétique, qu'il en devient un vrai film de Noël, sans le ridicule.

Versailles

La saveur des ramen

La Passion Van Gogh

Y aura t-il de la neige à Noël ?

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Jean-Pierre Siméon: Ici (2009)

9 Janvier 2021, 11:11am

Publié par Erin

Ceux-là ne vont pas à la mer
pour la mer
pas pour nouer leurs rires
à la gerbe des vagues
pas pour cuire leur sommeil
sur le sable
Ils sont devant la mer
debout sous la nuit sans étoiles
comme devant l'abîme

Extrait de "Gibraltar"

Pour débuter l'année en douceur, je vous parlerai poésie. C'est la première fois sur ce blog, il était temps de s'y mettre !

J'ai découvert Jean-Pierre Siméon par le plus grand des hasards. Cet écrivain né en 1950, poète et dramaturge Français inconnu à mon bataillon, est pourtant celui qui est entre autres, à l'origine de la manifestation du Printemps des poètes, qui a lieu tous les ans. Il l'a d'ailleurs dirigé de 2001 à 2017.

Ici est un tout petit recueil de seulement quarante pages. Siméon y aborde des thèmes contemporains comme l'immigration (Gibraltar), la guerre (Rwanda, Rwanda, Salah cherche son secret dans les ruines), la pauvreté (SDF) ou même le changement climatique (avec comme son nom l'indique: Changement Climatique).

Outre ces sombres mais importants thèmes d'actualité, (les textes vieillissent très bien, ils ont déjà plus de 10 ans) Siméon questionne l'être humain sur son propre comportement et sur sa place au milieu des autres, son rapport à la nature (Le serment à moi-même, L'autre comme une aile d'oiseau, Histoire de feuilles), avec une prose facile à lire et un style délicat. Il n'y a pas de rimes, mais ça chante. Il n'y a pas de métrique, mais du rythme. Il y a de la mélancolie (Eloge de la vieillesse), mais aussi du sourire (Les difficultés de la conversation), histoire d'équilibrer tout ça et de ne pas déprimer tout le temps.

C'est simple et joli, puissant et engagé. Il y a dans Ici de quoi faire des conversations, de quoi réfléchir et même débattre, si l'on souhaitait se pencher sur les questions soulevées. Jean-Pierre Siméon nous offre sa poésie active et mélodieuse dans un petit écrin, joliment illustré de découpages en papier journal, par Martine Mellinette. Ici est une succession d'images bien choisies qui éveille sans violence, et qui donne de la douceur quand on en a besoin. Ici est parfait pour 2021. Parce qu'on est Ici, et maintenant.

Jean-Pierre Siméon, Ici, poésie, Printemps des poètes
Jean-Pierre Siméon

 

Mon ami mon étrange ami
comment
dis-moi
comment te dire
que excuse-moi
tu t'es assis
excuse-moi
sur mes lunettes

Extrait de "Les difficultés de la conversation"

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En espérant que la prochaine soit meilleure...

1 Janvier 2021, 13:32pm

Publié par Erin

En espérant que la prochaine soit meilleure...

Chères lectrices, chers lecteurs,

J'espère que vous avez passé de belles fêtes. C'est l'heure de la petite missive du vendredi pour vous souhaiter mes meilleurs voeux, en ce premier jour de 2021 ! Que cette nouvelle année vous soit douce malgré le contexte économique et social dans lequel nous sommes. Que vos projets se réalisent et que vos vies soient remplies de tout ce dont vous avez envie, petits ou grands plaisirs. Que votre épanouissement soit complet et que votre santé soit bonne.

2021 est arrivée, et je ne suis pas sûre que cette année sera meilleure que la précédente, l'époque actuelle étant assez incertaine... Mais je m'emploierai, par le biais de ce blog, à essayer de vous faire sourire autant que faire se peut. Evidemment, la catégorie "Voyages" est un peu à la traîne depuis quelques temps, mais faut dire qu'on est pas aidés... Pour ce qui est des actualités cinématographiques, on attendra un peu que les salles rouvrent un jour... 2021 sera donc sans doute placée sous le signe de la littérature: je vous parlerai romans, comme d'habitude, mais aussi poésie, bandes-dessinée, et peut-être même théâtre.

Merci, chères lectrices et chers lecteurs, de votre fidélité. Merci pour vos appréciations et vos retours constructifs qui enrichissent ce petit espace communautaire. Merci pour vos inscriptions à la newsletter. Dans le brouillard ambiant, ce blog est pour moi une petite lumière que je souhaite maintenir coûte que coûte, parce que je sais que vous êtes là pour le lire.

A la semaine prochaine pour une nouvelle bafouille !

Prenez soin de vous,

Erin.

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