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Les Promenades d'Erin

musique

Fabrizio de André: Storia di un impiegato (1973)

19 Novembre 2021, 09:17am

Publié par Erin

Il est de ces lectures qui vous ouvrent de nouveaux horizons sans qu'on s' y attende. Le numéro 10 de la revue Dissidences intitulé Musiques et Révolutions: XIXe, XXe et XXIe fait partie de celles-ci. Cet ouvrage collectif invite au travers d'exemples concrets (des goguettes du XIXème siècle à la rappeuse Keny Arkana en passant par la bande-son de Mai 68) à comprendre le lien entre la musique et la société, particulièrement lorsque cette dernière se trouve secouée par des élans révolutionnaires populaires.

 

Parmi ces exemples se trouve l'album Storia di un impiegato, par le chanteur Italien Fabrizio de André, sorti en 1973. Cet album concept retrace L'histoire d'un employé, traversé par un questionnement existentiel. En résumé, un simple travailleur insouciant change au fur et à mesure du disque pour se transformer en anarchiste convaincu, prêt à tout détruire pour faire la révolution. Arrêté et jugé au tribunal, il termine son histoire en prison où il trouve ce qu'il cherchait, une force collective qui lui confirme que la voie qu'il a choisi, bien qu'elle soit servie par la violence, est celle qui est la plus juste.

Les explications données dans la revue étant relativement bien détaillées, j'ai très vite eu besoin de retrouver cet album dans les méandres du net pour mieux comprendre de quoi on me parlait. Je ne sais pas pourquoi j'assimilais dans ma tête ce disque à du rock progressif. Sans doute était-ce dû à la décennie de sa sortie, où ce genre musical était en vogue et où les albums concept (qui racontent une histoire) étaient légion. Perdu !

Storia di un impiegato est éclectique: parfois rock, certes, mais aussi très proche de la folk et de la variété. On y entend le trio gagnant guitare-basse-batterie, mais aussi de l'harmonica, des violons, des cuivres, du piano et quelques synthétiseurs bien placés. La voix de Fabrizio de André est chaleureuse et enveloppante. Elle au croisement entre Georges Brassens, Léonard Cohen et Bob Dylan (tout ça en Italien): il y a du texte, et une vibration typiquement issue du bouillonnement créatif et musical des années 70. Chaque chanson est un univers particulier avec une ambiance spécifique dans laquelle on prend plaisir à se promener au même titre que l'employé dont il est question. Ces atmosphères très différentes les unes des autres forment finalement un tout parfaitement cohérent, aux arrangements riches.

Fabrizio de André lui-même n'était pas satisfait de cet album à sa sortie, le jugeant trop différent de sa production antérieure. Storia di un impiegato a pourtant été réhabilité par la suite et ce trouve aujourd'hui être une référence de la musique Italienne du XXème siècle. Il n'a pas vieilli d'une note, ce qui en fait une réussite, intemporelle.

A écouter ici !

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Tonton Georges a 100 ans !

22 Octobre 2021, 09:09am

Publié par Erin

Georges Brassens (22 octobre 1921- 29 octobre 1981)

Georges Brassens (22 octobre 1921- 29 octobre 1981)

Cher Georges,

Si je prends le temps aujourd'hui de t'écrire une petite bafouille, c'est que nous sommes encore dans la semaine du 22 octobre 2021 et qu'il y a un siècle tout pile, tu as pointé le bout de ton nez sur notre planète.

Je ne me souviens plus exactement des circonstances dans lesquelles j'ai découvert tes chansons. Mais je me rappelle que mon premier contact avec toi, c'était une cassette audio de reprises, Une petite fille chante Brassens, sortie en 1985. J'ignore ce qu'il en était pour cette fameuse petite fille, mais en ce qui me concerne, à l'époque je ne comprenais pas la moitié de tes textes. Il n'empêche qu'ils me plaisaient franchement. Tant et si bien que j'ai pris le chou à ma famille pendant un certain temps en chantant à tue-tête Brave Margot et Le Parapluie en boucle, lors de nos  réguliers voyages en voiture...

Tu as toujours fait partie de la bande originale de mon existence. Adolescente, j'ai découvert que les chansons que j'écoutais sur cassette n'étaient pas des comptines pour enfants mais bien de la chanson populaire écoutée aussi par les adultes. Ta voix de feu de cheminée résonnait très souvent chez mes grands-parents. En faisant la cuisine mon grand-père chantait avec toi La chasse aux papillons, Auprès de mon arbre, Le gorille... Et chaque dimanche où ma grand-mère venait manger à la maison, je lui sortais un de tes disques, histoire de l'entendre fredonner quelques notes. Tu étais de leur jeunesse...

Ce n'est que toute jeune adulte que j'ai commencé à m'intéresser réellement à tes rengaines. Enfin l'ensemble de tes mots prenaient du sens et ta musique ne cessait de me montrer sa richesse. Tu m'as hanté, Georges. Tes chansons sont devenues une obsession qu'en bonne mono-maniaque j'ai passé en boucle, parce qu'à chaque nouvelle écoute je découvrais qu'une phrase m'avait échappée et que je comprenais quelque chose de nouveau. Je n'en revenais pas d'entendre que dans ton répertoire pas une virgule n'était mal placée et que tes chansons atteignaient un tel degré de  perfection d'écriture. C'était presque rageant.

Tu es considéré aujourd'hui comme un maître dans l'art de la chanson. Moi, j'aime tes rimes, mais aussi ton accent, ta pipe et ta moustache. J'aime ton engagement, que tu n’exprimais jamais frontalement mais que tu faisais passer par la fenêtre afin que l'on puisse l'entendre quand-même. J'aime la cohérence avec laquelle tu as essayé de mener ta vie et l'honnêteté dont tu semblais faire preuve. Enfin, j'aime l'époque musicale que tu représentes et l'héritage que tu nous laisses. 

Le temps passe et je reste émerveillée par ta production musicale. Je suis autant émue par Brave Margot (que je connais encore par cœur) que par La marine, ce poème de Paul Fort que tu as brillamment adapté et mis en musique, au même titre que Les passantes d'Antoine Pol ou que Gastibelza de Victor Hugo (texte auquel je ne comprends toujours rien, malgré plusieurs écoutes). Le temps ne fait rien à l'affaire est devenu un hymne me permettant de supporter mes journées de travail, et les amoureux des bancs publics accompagne régulièrement mes promenades à pieds. A chaque situation de la vie s'associe une de tes chansons, il est toujours utile de t'emporter avec soi.

Ta voix me sert aujourd'hui à rappeler mes grands-parents auprès de moi lorsque que j'en ai besoin. En t'écoutant je recharge mes batteries de tendresse et de sincérité. Contrairement à ce que le titre de cette lettre laisse supposer, tu n'es pas mon oncle non, non, mais c'est tout comme, tu es ce poète fantôme qui pousse à écrire, une figure protectrice intemporelle qui appartient à tout le monde et donc à moi aussi.

C'est pas tous les jours qu'on souffle ses cent bougies ! Cette humble lettre fera office de cadeau.

Bon anniversaire !

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Awa Ly, guérisseuse prophétique (Safe and Sound, 2020)

16 Avril 2021, 08:16am

Publié par Erin

Awa Ly, guérisseuse prophétique (Safe and Sound, 2020)

La période que nous traversons impose si cela est possible, une écoute plus attentive de notre rythme intérieur. Dans la société dans laquelle nous vivons, c'est une chose difficile... Mais il y a des solutions qui peuvent nous y aider. Certains méditent, font du yoga, d'autres lisent, écrivent, dessinent, marchent (à moins de dix kilomètres de leur domicile bien entendu...) Bref, il existe plein d'activités qui nous permettent à tous de nous recentrer sur nous-mêmes. L'écoute de la musique en fait aussi partie et moi j'ai trouvé l'album cool à écouter confiné:

"Safe and Sound" (Awa Ly - 2020)

C'est sorti en mars l'année dernière, mais on en a pas beaucoup entendu parlé, puisque nous subissions notre première confiture... La promo de ce bel album a donc été quasiment annulée. Heureusement Arte a filmé en juin un concert sans public au théâtre des Bouffes-du-Nord. C'est l'occasion pour les téléspectateurs et téléspectatrices novices comme moi, de découvrir les chansons de ce nouvel opus en live. Safe and Sound (anglais pour "sain et sauf") est un album qui fait du bien. La correspondance entre le titre et le fait que dans la réalité, chacun se protège pour rester "sain et sauf" est une coïncidence bienheureuse que la chanteuse n'avait sans doute pas anticipé. Mais c'est un fait, la musique d'Awa Ly est à mon sens tout à fait appropriée pour une introspection, ou une forme de "guérison", en ces temps difficiles où nous nous sentons plus vulnérables.

La chanteuse, née en France et d'origine Sénégalaise, aujourd'hui installée à Rome, à un univers cosmopolite. Il y a autant de métissage dans sa musique que dans sa vie. Venant de la soul music, elle y injecte des sonorités jazz et des rythmes latins ou africains, en faisant aussi des incursions vers la folk et la pop. L'ensemble est tellurique, et en même temps très aérien et spirituel. Il y a une forme de "sacré" dans ce disque, probablement due aux arrangements musicaux, qui font de toutes les chansons des ritournelles hypnotiques. Awa Ly écrit quelques titres, mais s'entoure aussi d'invités prestigieux comme Arthur H, Anne Pacéo ou Moh Koyaté. Tout est chanté en Anglais, accompagné de compositions d'une grande richesse, où des cœurs samplés se mêlent aux cordes frottées et à des percussions raffinées. Côté textes, on est sur quelque chose de simple mais efficace, où la recherche de la paix intérieure, l'harmonie avec la nature et l'unité entre les Hommes tiennent une grande place.

Je ne connais pas encore le reste de son travail, je n'ai pas encore écouté Five and feathers, (sorti en 2016) et je ne peux donc pas vous en parler. Mais Safe and Sound me suffit pour l'instant. Il est une réussite, au son tellement parfait qu'on pourrait presque lui reprocher d'être "trop" léché. On attendrait sans doute d'Awa Ly qu'elle se "lâche" plus. Mais en même temps cette retenue vocale est tout à son honneur, dévoilant ce que j'interprète personnellement comme une forme de pudeur, qui donne aux morceaux un équilibre entre puissance et délicatesse. Safe and Sound est un baume au cœur, un pansement pour l'âme ou chacun peut trouver le rythme intérieur qui lui correspond. Qu'on ne vienne plus me dire que la musique est "non-essentielle".

"Ahead"

"Close Your Eyes"

"Mesmerising"

"What Goes Around"

"Are you satisfied ?"

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En route pour Doolin' !

17 Mars 2021, 08:29am

Publié par Erin

En route pour Doolin' !

C'est aujourd'hui la Saint Patrick ! En principe, à cette date, j'essaie toujours de trouver quelque part un concert, ou du moins un endroit où se présente l'opportunité de célébrer le plus connu des Irlandais. Mais cette année... Comment dire ? Puisqu'il n'y aura pas de nouveau concert tout de suite, j'ai décidé de vous écrire aujourd'hui à propos d'un groupe dont j'ai vu le spectacle il y a deux ans. C'était peu de temps après Noël. Doolin', groupe toulousain de musique Irlandaise cher à mon cœur passait dans mon coin, et j'aurais été bête de laisser une telle occasion me passer sous le nez.

Ils débutent leur carrière dans les années 2000 et ont à ce jour cinq albums à leur actif. Ils sont six à jouer avec une énergie communicative, de la musique Irlandaise dans la plus pure tradition qu'ils ont appris auprès des plus grands, directement en Irlande. Les frères Fournel sont au bodhran et aux whistles, les frères Besse sont à la guitare, à l'accordéon et au chant, Guilhem Cavaillé est au violon et Sébastien Saunié est à la basse.

Cette tradition qu'ils chérissent ne les empêche pas d'y ajouter habilement un "son Français". Ainsi, ce sextuor reprend sur scène du Claude Nougaro ou du Jacques Brel, avec beaucoup de respect pour les œuvres, tout en les arrangeant à la sauce Irlandaise. Ils écrivent également des chansons originales d'une belle inspiration folk et reprennent des grands noms comme Bob Dylan, Sinéad O'Connor ou même James Brown. Ils composent également des reels et des jigs auxquels ils insufflent un parfum de musette...

Ce savant mélange des deux cultures Française et Irlandaise qu'ils aiment mettre en avant est devenu une vraie marque de fabrique et fait de Doolin' un groupe traditionnel moderne et original. Ces musiciens sont des habitués du festival off de Lorient et leur notoriété dans le petit monde de la musique celtique va grandissant. Tant et si bien que leur dernier opus, éponyme et sorti en 2016, a été enregistré aux États-Unis aux côtés de personnalités de la folk américaine.

En concert, leur virtuosité permet lorsque l'on ferme les yeux, de croire que nous sommes à Doolin, cette petite bourgade de l'ouest de l'Irlande, dans le comté de Clare. Et dans mon imaginaire à moi, c'est plus précisément sur le haut de la colline, dans le carré des musiciens du O'Connor's pub que j'entends leur musique. Le spectacle est aussi chaleureux qu'une session, si vivant qu'il fait danser les gens et qu'on a l'impression d'être ailleurs qu'en salle de spectacle. Doolin' c'est un voyage sans frontières, une joie de vivre sans failles et dont Saint Patrick lui-même serait sans aucun doute très fier.

Bonne fête à tous les Patrick ! A défaut de célébrer cette belle occasion en live, mettez un disque à fond, ouvrez-vous une canette de bière et dansez si vous le pouvez. Sûr que le Saint sera content...

 

NB: Le site du groupe est accessible par là. Si vous vous interrogez sur du vocabulaire (session, whistles, bodhran, jigs ect...) j'ai écrit ici un article général sur la musique traditionnelle Irlandaise, qui je l'espère, répondra à vos questions. Sinon, n'hésitez pas à me les poser en commentaires !

"When we will be married" (Live 2011)

"Ballad of Hollis Brown" (Reprise de Bob Dylan - Live 2016)

Tatter Jack Walsh (Session américaine - 2016)

"Le jupon Blanc (Session américaine - 2016)

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June & Lula: fulgurance folk au féminin

8 Mars 2021, 07:45am

Publié par Erin

June & Lula: fulgurance folk au féminin

C'était en 2013. Par l'algorithme d'internet, je suis un jour tombé sur le clip noir et blanc de My Girl, sorti en 2011. Et j'ai tout de suite accroché. Cet article ne sera donc pas la description d'une découverte, mais le partage avec vous d'un vrai coup de cœur musical qui m'accompagne encore régulièrement.

Elles s'appellent Céline Bureau et Tressy Geffroy. Elles sont Françaises mais aiment la folk, qui les pousse à écrire et chanter en anglais. Elles se connaissent paraît-il depuis le lycée, et ont à ce jour deux albums à leur actif. Mais elles ont surtout deux belles voix, qui se marient parfaitement ensemble et qu'elles prennent plaisir à entremêler, unir, décaler, harmoniser, ne jamais séparer.

Le premier album, Sixteen Times paraît en 2011 avec une esthétique assez acoustique et épurée, très folk, inspirée du blues et de la country. Elles y parlent religion, (I'm not going) féminisme, homosexualité, (Lonely Guy Blues, Tender Grass) ainsi que violences conjugales (Goodbye Suzanne). La simplicité des arrangements instrumentaux donne de la valeur aux deux voix, pour former un ensemble simple et lumineux malgré l'obscurité de certains sujets et textes.

Le deuxième opus Yellow Leaves, sort en 2013, après deux ans de tournée. Le succès est là, qui permet aux musiciennes de s'entourer d'une équipe un peu plus importante pour les accompagner. Cet album studio démontre une évolution musicale vers un son légèrement plus pop, bien que les racines folk et blues soient toujours présentes. Elles continuent d'aborder les questions de la place des femmes dans la société et du féminisme (No More), mais s'ouvrent également à d'autres sujets, comme le végétalisme (Revert to the wild) ou les réfugiés Roms. Leur petite notoriété leur permet d'ailleurs d'enrichir leur musique grâce à des collaborations avec notamment Dick Annegarn (Billy) ou Sanséverino (Clap your hands.)

Les voix de June & Lula sont très différentes l'une de l'autre. June a le timbre plutôt clair et délicat, Lula une voix ronde et chaleureuse. Mais les deux chanteuses ont suffisamment de technique pour être  à l'aise dans plein de registres vocaux et de genres différents, qu'elles n'ont de cesse d'explorer. Au premier abord, vous penserez peut-être que l'affaire est simple. L'une chante la voix principale, tandis que l'autre harmonise dessus, et l'histoire se répète sur dix chansons. Faux. Une écoute plus attentive vous fera reconnaître les voix distinctement pour comprendre assez vite qu'elles se mélangent tout le temps. Les arrangements vocaux sont suffisamment sophistiqués pour ne former plus qu'une seule et belle entité.

Confrontées très vite au sexisme, au harcèlement, voire même aux agressions sexuelles de la part de producteurs et autres directeurs de festivals machistes, elles ont fui l'industrie musicale pour se protéger. June est devenue Eli et est désormais genré au masculin. Il a traversé une dépression, dont on espère qu'il se relève doucement mais sûrement.

Lula s'est un moment retiré pour se reconstruire et est revenue avec un projet solo, sous le nom de Violet Arnold. J'ai eu, le soir du concert des Guappecarto, l'opportunité de l'écouter en live, alors qu'elle faisait leur première partie. C'est pop et électro, planant et en même temps très solide, ancré dans la terre. Seule en scène, Violet Arnold réussi a tenir un public et à lui présenter son univers, avec beaucoup de charme. Son EP, sorti en 2018, est disponible ici, et lui promet je l'espère une belle carrière.

Nous sommes en 2021 et June & Lula est un groupe qui n'existe plus. Leur page Facebook a été supprimée par le réseau social, parce que Violet Arnold a témoigné des agissements dont Eli et elle avaient été victimes, par le biais du #MusicToo. La page du groupe est désormais visible sur instagram, pour trace de tout ce beau travail. C'est aujourd'hui la journée internationale du droit des femmes, il me paraissait intéressant avec cet article de rappeler que même dans le très beau milieu professionnel de la musique, des femmes ont été et sont toujours muselées par le patriarcat, qui malheureusement sévit dans tous les milieux. Même si June & Lula a explosé en plein vol, continuer de les écouter devient pour moi un geste presque politique, permettant de garder ces voix et cette musique vivantes, dans un monde qui a voulu les faire taire.

Cet article est dédié à toutes les femmes, les travailleuses (ou pas), artistes ou non, qui sont harcelées, agressées, humiliées et rabaissées sur leur lieu de travail ou ailleurs.

Bonne journée à toutes !

Lonely Guy Blues (2011)

Goodbye Suzanne (2011)

Revert to the wild (2013)

Clap your hands (2013)

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Chez Leprest

12 Février 2021, 08:41am

Publié par Erin

Allain Leprest (1954-2011)

Allain Leprest (1954-2011)

C'est une chanson de Gauvain Sers qui a mis la puce à l'oreille à une de mes meilleures amies. Amie qui est venue me voir un jour en me demandant si je connaissais, Leprest. Bien forcée d'avouer mon ignorance à son sujet et désireuse de la racheter, j'ai fouillé internet. Une question m'est immédiatement venue à l'esprit: comment avais-je pu faire, moi qui fût pétrie de Chanson Française toute ma vie, pour passer à côté d'un répertoire musical et poétique aussi intense, interprété par cet écorché vif parti carrément trop tôt, trop vite pour que j'ai le temps de faire sa rencontre ?

Il était déjà trop tard quand ce jour est arrivé, chez mon amie, et que Le temps de finir la bouteille résonnait dans mes oreilles. En plus d'être frappée par la puissance du texte et la mélancolie de l'interprétation, c'est aussi l'amer sentiment d'avoir raté le coche qui m'a scotché à mon siège, sentiment mêlé d'une joie immense d'avoir fait une formidable découverte qui n'allait certainement pas s'arrêter là.

Né en 1954 dans le Cotentin, d'un père charpentier et d'une mère au foyer, Allain Leprest débute l'écriture très tôt et manifeste très vite le désir de chanter ses chansons. Avant que sa carrière ne débute réellement, il est peintre en bâtiment, pour rassurer son père, "au cas où" son chemin musical ne l'emmènerait pas loin. De son père d'ailleurs, il a pris la manière de travailler, construisant ses chansons "comme on construit une chaise", dans le but qu'elles en aient le même confort. Allain Leprest n'est pas qu'un chanteur ou un poète d'exception, c'est un artisan de la chanson.

Sa poésie est réaliste et pleine d'images fortes, au vocabulaire riche sans être inaccessible, et interprétée d'une voix chaleureuse, enrouée de fumée de Gitane et de ballon de rouge. (Oui, peut-être que dit comme ça, c'est pas sexy, mais faut écouter pour comprendre). De cette belle voix donc, Leprest nous parle d'amour avec délicatesse et mélancolie, (Arrose les fleurs en 2008, ou Sur les pointes en 1994) de son enfance avec nostalgie (Mont Saint-Aignan en 1988, ou Bilou deux ans auparavant), mais aussi des gens qu'il croise, avec beaucoup de tendresse (Chiens d'ivrogne  ou Le copain de mon père en 1994).

Parce qu'il était politiquement engagé à gauche, il y a dans son œuvre une dimension sociale assez importante. Dans l'univers de Leprest, il y a des militants communistes (Sacré coco), des ouvriers (L'horloger) et des chômeurs (Joyeux Noël). Si beaucoup de ses textes penchent du côté de la mélancolie, ce n'est pas le cas de la totalité de ses chansons et certaines orchestrations tendent même vers une joie que l'on aurait pas soupçonné.

Disparu volontairement en 2011 à la suite de deux cancers, il n'était pourtant pas le chanteur de la déprime, mais un poète de l'existence dont chacune des chansons peut accompagner des moments de notre vie. Chacun peut y trouver ce qu'il y cherche, et même ce qu'il n'y cherche pas. Leprest laisse derrière lui neuf albums et deux enregistrements en public, ainsi que de nombreux "héritiers" qui se réclament de sa poésie, même si de son vivant il était peu connu du grand public, finalement. Je vais pour ma part continuer d'explorer son monde, riche de tous ses trésors car comme le dit si bien Gauvain, "Chez Leprest, quand on y est, on y reste". A bonne entendeur.

"C'est peut-être" (Live-2009)

"Donne-moi de mes nouvelles" (2005)

"Je hais les gosses" (1994)

"Le temps de finir la bouteille" (Live-2011)

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