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Les Promenades d'Erin

Bel été à tous !

26 Juillet 2019, 11:04am

Publié par Erin

Auguste Renoir: La yole (1875)

Auguste Renoir: La yole (1875)

Chers lecteurs,

Ce blog existe depuis maintenant six mois ! Je vous remercie sincèrement de votre présence, j'espère que vous prenez autant de plaisir à lire mes articles que j'en ai à les écrire. Je suis pour ma part très heureuse de partager mes centres d'intérêt sur la toile.

Bien que j'apprécie cette activité virtuelle, il est temps pour moi d'aller vivre des moments réels avec ceux qui m'entourent. C'est les vacances ! Ainsi, ce petit mot à votre égard sera le dernier écrit publié avant le mois de septembre.

Je vous souhaite de vivre un bel été ! Voyagez bien, faites de belles rencontres, lisez de bons bouquins, écoutez de la chouette musique et visionnez d'excellents films. C'est ce que je vais faire de mon côté en tout cas, pour avoir le plaisir de partager tout cela avec vous à mon retour, où j'espère vous retrouver nombreux.

Merci encore de l'intérêt que vous semblez porter à mes modestes lignes d'écriture.

Bonnes vacances à vous !

Erin

PS: Comme il ne s'agit pas d'un article à proprement parlé sur un sujet précis, mais d'une note à votre attention, vous retrouverez ces lignes dans une nouvelle catégorie ainsi nommée, "Chers Lecteurs". Vous y lirez tous les petits mots que je souhaite vous adresser directement et qui avec le temps se feront probablement plus nombreux.

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Périgrinations adolescentes à la Française

19 Juillet 2019, 11:05am

Publié par Erin

Périgrinations adolescentes à la Française

À l'époque de mon adolescence, les séries populaires pour ados étaient majoritairement américaines, peuplées de sorcières, de vampires et d'aliens en tout genre. Il semble que pour la nouvelle génération, la tendance s'inverse un tant soit peu et que nous ayons affaire à des univers plus réalistes. La preuve par SKAM France.

Adaptation de la série Norvégienne SKAM ("honte", en Norvégien) cette série raconte les tribulations quotidiennes d'un groupe de lycéens. Les deux premières saisons sont des adaptations extrêmement fidèles à l'originale et les deux suivantes sont légèrement plus libres, (bien que les thèmes soient identiques). En effet SKAM aborde non seulement les problématiques spécifiques aux adolescents (le harcèlement, l'identité sexuelle...) mais aussi des questions de société plus globales comme la religion, par exemple. Et c'est sur ce point que SKAM France se démarque de la série basique pour ados. Certes, il est évidemment question d'histoires d'amour et d'amitié (quoi de plus important à 15 ans ?) mais ces histoires sont écrites d'un point de vue français, à travers le prisme de questions sociétales qui font écho en France. (Et qui peuvent légèrement différer de celles qui préoccupent la Norvège).

Chaque épisode (une dizaine par saison d'environ 20 minutes chacun) est filmé en séquence courte et diffusé en temps réel. Ainsi la scène du lundi matin 8h19, sera diffusée à l'heure dite sur la chaîne France TV slash. Chaque saison est centrée sur un personnage en particulier. La saison 1 parlait d'Emma qui était victime de harcèlement au lycée, la saison 2 racontait l'histoire de Manon confrontée entre autres à de la pornographie infantile, en saison 3 Lucas admettait son homosexualité et enfin Imane questionne sa place de jeune femme musulmane en France durant la saison 4 (qui s'est achevé en juin dernier).

De gauche à droite: Manon, Emma, Daphné, Imane et Alexia

 

Emma, héroïne de la saison 1

SKAM est un tel phénomène chez les adolescents que la série a fait l'objet d'adaptation non seulement en France, mais aussi en Allemagne, en Espagne, en Italie, aux États-Unis, aux Pays-Bas et en Belgique. Ainsi elle parle à chacun avec des problématiques universelles mais aussi spécifiques à chaque culture, et dans lesquelles tout le monde peut se retrouver. C'est par pur hasard que j'ai été captée par la première saison, (alors que trois d'entre elles étaient déjà sorties) car je trouvais que l'actrice principale était plutôt crédible. De fait, la banale série pour ados se transformait en quelque chose de plus sérieux, un objet télévisuel aux intrigues simples, certes, mais qui ne prend pas son public pour des niaiseux sous prétexte qu'il serait en âge de l'être.

Manon, héroïne de la saison 2

Par curiosité j'ai regardé la deuxième saison (ça va vite...) qui m'a un peu moins emballée. L'intrigue, les personnages principaux me parlaient moins et étaient portés par des comédiens que j'ai trouvé moins convaincants. Mais bon, quand on découvre on se laisse porter...Vers la troisième saison qui s'est avérée être selon moi (et une bonne partie de l'audience de SKAM France, à en juger par son succès sur internet) la plus réussie. Les acteurs principaux sont solides, et l'intrigue nous donne l'opportunité de rencontrer des personnages secondaires (Basile et Arthur) qui méritent d'avoir leur saison à eux tout seuls. Les sentiments sont décrits avec justesse et la mise en scène est fluide.

Lucas et Eliott, héros de la saison 3

 

De gauche à droite: Yann, Eliott, Lucas, Arthur et Basile

Je me suis réjouie de voir que la quatrième saison était dans la droite lignée de la précédente. L'actrice qui interprète Imane (Assa Sylla, aperçue dans Bande de filles de Céline Sciamma en 2014) est juste. Le seul bémol que je pourrais émettre (si vraiment je voulais en trouver un) se situerait dans la tonalité du discours et le message délivré avec. Dans cette dernière aventure, il est donc question d'Imane, qui se trouve partagée entre son environnement familial religieux et sa vie quotidienne dans un lycée laïque. Là où je suis parfois gênée c'est quand le personnage est régulièrement utilisé (un peu trop à mon goût) pour faire passer des messages de paix et de tolérance, comme un genre de grand chef de la sagesse. Un peu comme si le fait d'avoir une culture religieuse la légitimait elle, plus que les autres, pour véhiculer ce type de parole... Je trouve cela étrange et pas franchement judicieux. En revanche, en ces temps troubles d'amalgames rapides entre islam et extrémisme religieux, la série se permet de rappeler au travers de son personnage que tous les musulmans ne sont pas des assassins ou des ignorants sans ouverture d'esprit, ce qui me semble de bon ton.

Imane, héroïne de la saison 4

En Norvège, SKAM  s'est limité à quatre saisons et n'en fera à priori pas d'autres. En France, la série à tant de succès qu'une saison 5 est en préparation ! L'intrigue sera donc totalement originale. On ignore encore sa date de diffusion, mais l'on sait qu'elle sera consacrée à Arthur. (Youpi !)

Nous sommes aujourd'hui dans un monde où la production des séries est hyper prolifique. Face au géant Américain (capable de produire autant de merveilles que de catastrophes) il me semblait intéressant d'évoquer SKAM et sa force tranquille du quotidien dans laquelle chaque ados peut se reconnaître, sans pour autant qu'elle soit d'une trop grande prétention. Même si les saisons sont inégales (comme le jeu de certains comédiens), l'ensemble est honorable et mérite d'être vu pour ce qu'il est.

J'ai adoré les séries de mon époque, mais si SKAM avait existé pendant mon adolescence, j'y aurais sans doute trouvé des éléments de réponses à mes questions existentielles, ou peut-être un moyen de me sentir moins isolée à certains moments. C'est heureux qu'elle existe aujourd'hui, tenant compte des évolutions de notre société, pour divertir, mais aussi aider ceux qui en ont besoin.

Tous les épisodes de SKAM France sont disponibles ici. Lorsqu'une saison est en cours de diffusion, les séquences de la semaine sont regroupées le vendredi soir, où l'épisode est diffusé dans son intégralité.

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OGAWA Ito: La papeterie Tsubaki (2018)

12 Juillet 2019, 07:36am

Publié par Erin

Hatoko a 25 ans et revient au Japon après un long voyage à l'étranger pour reprendre la papeterie que tenait sa grand-mère avant son décès. Elle va y croiser toutes sortes de clients, pour qui elle exercera le métier d'écrivain public, calligraphiant cartes et lettres à l'aide des outils et du savoir-faire que lui a légué sa grand-mère. Du choix du pinceau à celui du timbre, chaque détail compte et Hatoko mettra du cœur à l'ouvrage pour satisfaire les demandes les plus diverses. La papeterie deviendra alors un point névralgique où se concentreront des drôles ou belles histoires qu'elle se chargera d'écouter et de recevoir, pour mieux aider ceux qui en ont besoin.

Ce livre, Claude Sautet aurait pu en faire une adaptation cinématographique. Les gens vont et viennent dans cette papeterie comme Romy Schneider ou Michel Picoli vont et viennent dans des cafés, partageant leur vie et leurs secrets. L'écriture est apaisante et aussi fluide que la calligraphie qu'effectue Hatoko pour ses clients. Pour ma part, j'aime ce genre d'ambiance, où l'intrigue n'a pas besoin d'être sophistiquée pour que l'on se laisse emporter par l'histoire. En tant que lecteur, nous assistons simplement aux vies des gens, vies auxquelles Hatoko se raccroche pour trouver une écriture satisfaisante. Il y a également des parallèles réguliers entre la vie personnelle d'Hatoko et celles de ses clients, qui lui permettent d'effectuer sa propre introspection. Bien que décrits avec parfois beaucoup de distance, les sentiments sont présents et transmis avec délicatesse. Un livre très agréable, captivant et émouvant, qui invite au calme intérieur, dans la bulle que devient cette papeterie. C'est une belle histoire sur le pouvoir de l'écriture et la transmission de valeurs. Je remercie au passage la personne qui m'a offert cet ouvrage. Je ne connais à peu près rien à la littérature japonaise, c'est une belle découverte.

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Océan: témoignage d'une transition

5 Juillet 2019, 09:26am

Publié par Erin

Océan: témoignage d'une transition

J'étais allée le voir au théâtre il y a deux ans pour le spectacle qu'il mettait alors en scène, Chatons Violents. J'avais ri des vérités et de la caricature de la classe moyenne blanche, dont nous faisions à peu près tous partie dans la salle. Je l'avais rencontré pour la première fois en lisant La lesbienne invisible, cette adaptation en bande-dessinée de son spectacle du même nom, que j'avais par la suite visionné en DVD. A l'époque, il s'appelait Océanerosemarie, (Océane Michel de son vrai nom) et chantait sous le nom de scène OSHEN. Il revendiquait le fait d'être lesbienne et féminine, s'engageait auprès des féministes, écrivait  et réalisait des films (Embrasse-moi, en 2017).

Océanerosemarie

Aujourd'hui, il est toujours le même. Il est toujours comédien/metteur en scène, et toujours féministe. Mais il s'appelle Océan. Et c'est dans un documentaire éponyme (diffusé dès le 5 mai dernier sur France TV slash) qu'il nous raconte sa transition. En dix épisodes de dix minutes, il évoque son coming-out en tant que personne trans FTM (Female To Male), ses premières injections de testostérone, ses relations amoureuses, ses relations avec sa mère (Alerte transphobie puissance 1000 au carré !) et son opération chirurgicale.

Il existe a priori très peu de documentaires centrés sur ce sujet et qui nous plonge à ce point dans une intimité. Océan nous invite à rencontrer ses amis, ses amours et sa famille, mais partage aussi ses rendez-vous médicaux, administratifs et professionnels. Pas de tabous dans cette série qui en plus d'être bien filmée est donc originale, et contient de par ce fait une vraie valeur éducative et pédagogique, pour ceux qui n'auraient jamais été sensibilisés à cette cause. Pour ceux qui le sont déjà, c'est un témoignage personnel et précieux d'une expérience pas toujours évidente à traverser.

Océan a la fortune de vivre dans un milieu plutôt protégé avec une famille et des amis qui nonobstant une certaine transphobie de temps à autres, lui ont permis d'avoir suffisamment confiance en lui pour enclencher ce processus. Par ailleurs, il est Français et vit en France donc même si la transition n'est pas une mince affaire, elle reste faisable et accessible. (Ce qui n'est pas le cas partout dans le monde.) De part cet environnement favorable, Océan nous prouve avec ce film qu'une transition peut bien se dérouler, être même agréable, puisque l'important est de se rencontrer avec soi-même et être cohérent avec son ressenti intérieur en fin de parcours.

Par ailleurs, l'on comprend bien que les difficultés qui découlent d'une telle démarche ne viennent pas des  personnes trans, mais du regard que la société pose sur elles en permanence, cherchant à cataloguer hommes et femmes, et a sans cesse simplifier le concept d'identité, alors que si l'on y réfléchit bien, cette notion est en réalité en mouvement perpétuel (comme la vie) puisqu'elle se construit avec nous, qui ne cessons jamais d'évoluer. En somme pourquoi chercher à simplifier à tout prix un concept qui par essence même est complexe ? Par ce qu'il n'est pas envisageable pour la société de nous imaginer ailleurs que dans des cases bien définies.

Avec ce documentaire, Océan ose détruire ce schéma et nous livre ici une part importante de sa vie et de son parcours, qu'en tant qu'artiste et trans il prend la responsabilité de partager publiquement. C'est une initiative à saluer que je trouve courageuse, et qui permettra je l'espère à d'autres dans le même cas que lui de se sentir soutenus, dans leur démarche et la quête de leur identité.

Cette dernière est universelle, nous parcourons le même chemin avec plus ou moins de difficultés. Il est donc heureux que des voix s'élèvent dans l'obscurité que nous traversons pour nous indiquer ce qu'il est possible de faire, afin de poursuivre notre définition du bonheur. Parce que nous n'avons qu'une vie.

Océan dans L'instant M sur France Inter: La discussion débute à la 7eme minute

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