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Les Promenades d'Erin

SKAM France saison 6: Lola (et Daphné)

27 Novembre 2020, 08:24am

Publié par Erin

SKAM France saison 6: Lola (et Daphné)

Pendant le premier confinement s'achevait la sixième saison de SKAM France ! Comme évoqué dans mon article sur la saison 5 (ici), cette dernière saison concernait le personnage de Daphné. Pour ceux qui n'auraient aucune idée de ce dont je suis en train d'écrire, vous pouvez vous référer au premier article sur les débuts de la série: par ici.

Nous avions quitté notre joyeuse bande d'ados en soirée, où nous découvrions que Daphné avait une petite sœur nommée Lola, qui venait de revenir dans sa vie. Cette nouvelle intrigue va donc tourner autour de ce nouveau personnage et de ce que va provoquer son retour au sein de sa cellule familiale.

Daphné et Lola (Lula Cotton-Frapier et Flavie Delangle)

Cette saison évoque plusieurs sujets: le deuil, les addictions, la solitude, les troubles psychiques... Tous méritent évidemment d'être traités dans une série pour ados. Mais c'est assez foutraque. C'est un peu comme si, le personnage de Lola concentrait à elle seule toutes ces problématiques pour finalement laisser peu de place à Daphné alors qu' elle-même des difficultés qui méritent d'être évoquées. Cette saison, les personnages que nous avons suivi jusqu'à présent sont en terminale et discutent de leur avenir, qu' à priori nous ne verrons pas à l'écran. Lola est donc le moyen pour la série de continuer, en présentant une nouvelle génération de lycéens. Bien que l'idée soit bonne parce qu'elle redonne un nouveau souffle au concept, je n'ai pas pu m'empêcher d'être un peu déçue.

D'abord, je voulais en savoir plus sur Daphné et j'ai eu le sentiment d'être un peu frustrée. Ensuite parce que dans l'ensemble, je n'ai pas trouvé que les nouveaux comédiens étaient aussi justes que les anciens. Est-ce une question d'âge, d'expérience, de talent, de tout cela à la fois, je ne sais pas vraiment, mais globalement, j'ai eu l'impression d'un produit plus prévisible et d'un jeu d'acteur moins naturel.

Comme je l'ai déjà dit, SKAM France a malgré tout un mérite: elle est la seule série parmi toutes les adaptations du SKAM de Norvège à s'être lancée avec brio dans l'écriture de saisons originales, dont cette sixième fait partie. De fait, cela permet d'explorer des problématiques qui n'ont pas été abordées par les autres pays, et avec un point de vue typiquement Français, qui permet au public local de s'identifier facilement. Cette dernière production évoquant différents types d'addictions, mêlés à des situations familiales et relationnelles compliquées,  et qui emprunte également de la thématique du deuil, peut s'avérer salutaire pour un public adolescent en recherche d'identité et d'une place dans notre société. Pour montrer le chemin de l'âge adulte et de la maturité.

Les épisodes de la saison sont disponibles ici.

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Saintes lectures

20 Novembre 2020, 08:27am

Publié par Erin

Les vacances de la Toussaint m'ont donné l'occasion d'enchaîner deux lectures, que voici, que voilà...

Le coeur de l'Angleterre (Jonathan Coe, 2019)

Ce livre retrace environ dix ans de la vie d'une famille Anglaise quand le pays est traversé par la campagne du Brexit. Pour, contre ou ne sachant pas réellement se prononcer, chacun des membres a son idée sur le sujet. Chacun à leur manière, ils vivent cette période comme ils peuvent, alors que le climat politique tendu se mêle aux relations familiales.

C'est ma première lecture d'un roman de Jonathan Coe et le dernier paru pour l'instant. Ceux d'entre vous qui en ont peut-être déjà lu auront peut-être reconnu dans ce dernier opus les personnages de Bienvenue au Club (2004) et du Cercle fermé (2006) qui ont pris de l'âge et avancé dans leurs vies. Il va sans dire qu'il n'est pas obligatoire d'avoir lu ces romans pour comprendre les enjeux de ce dernier. Parce que des événements politiques comme le Brexit ont eu directement des conséquences sur la population Anglaise (certaines ont même été tragiques), Jonathan Coe manie avec finesse l'art de mêler politique et intime, et parle avec justesse de celles qui en découlent. L'histoire est rythmée, la situation politique habilement décryptée, et le style, soigné.

Miroir de nos peines (Pierre Lemaître, 2019)

Suite et fin de la trilogie de Pierre Lemaître, ce roman succède à Au-revoir là-haut et Couleurs de l'incendie. Ce nouveau volet se déroule en 1940, lors de l'exode. Louise est serveuse à La petite Bohême, quand un client lui fait un jour une drôle de proposition qui va bouleverser sont existence toute entière.

Louise, c'était la petite fille qui s'était liée d'amitié avec Albert et Edouard Péricourt dans Au-revoir là haut. La boucle est ainsi bouclée avec Miroir de nos peines, qui en fait un personnage principal. La seconde guerre mondiale est un décor de choix dont le bordel ambiant fait clairement écho au bazar intime et familial qui fait rage dans sa vie. Le style de Pierre Lemaître coule toujours de source, vif et intelligent. Des trois romans, celui-ci est malgré tout celui que j'aime le moins, les personnages étant à mon goût un peu moins flamboyants (exception faîte de Désiré Migault, dont le culot est tellement énorme qu'on se demande comment il fait pour ne jamais avoir de problèmes...) Miroir de nos peines est un feu d'artifice un peu moins grandiose qu'Au-revoir là-haut mais il a le mérite de terminer cette belle fresque en douceur, avec un épilogue qui heureusement nous donne des nouvelles de tout ce petit monde. Parce qu'on est un peu triste malgré tout, d'en avoir fini avec cet univers...

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Paroles de poilus: Lettres et carnets du front 1914-1918 (1998)

13 Novembre 2020, 08:09am

Publié par Erin

L'occasion fait le larron ! Mercredi, c'était le 11 novembre, date anniversaire de l'armistice de la grande guerre, et j'avais dans ma bibliothèque ce recueil qui me faisait de l'oeil depuis des années. J'ai donc arrêté de repousser le moment de m'atteler à sa lecture, pour pouvoir vous en parler aujourd'hui.

C'est l'histoire de quelqu'un travaillant pour les éditions de Radio-France, qui décide un jour de faire un petit devoir de mémoire. Il lance un appel à des familles de soldats ayant participé à la première guerre mondiale, afin de récupérer des lettres en provenance du front ainsi que des carnets de bord. Il lit tout, regroupe les éléments par chapitres, (un pour chaque saison) et finit par éditer ce précieux document.

Ils s'appelaient Etienne, René, Marcel, Auxence... Ils étaient ouvriers, instituteurs, agriculteurs, ou cuisiniers... Ils avaient au minimum dix-huit ans lorsqu'ils se sont engagés plus ou moins volontairement dans ces combats qui ont fait rage en France pendant quatre ans. Ils ont eu froid, ils ont eu faim, ils ont eu peur et ils ont souffert. Mais ils ont tous écrit (avec plus ou moins de style, suivant leur condition sociale et leur niveau d'instruction) à leurs familles, leurs amis, leurs fiancées ou leurs enfants... Certains ont même écrit pour eux-même, histoire d'exorciser l'angoisse et d'évacuer les images d'horreur indescriptibles auxquelles ils ont tous été confrontés, eux qui étaient en première ligne.

Certaines lettres font trois pages et d'autres seulement quelques lignes. Mais en substance, elles disent toutes la même chose: le désarroi face à la violence, les conditions de vie déplorables et le manque des proches, se faisant chaque jour plus douloureux.

Je ne suis pas vraiment du genre patriote. Mais la lecture de ce magnifique témoignage m'a bouleversé. D'abord certains textes sont particulièrement bien écrits, notamment la lettre de Pierre Blanchard (dont la fin a inspiré Au-revoir là-haut à Pierre Lemaître), celle de Giono ou d'Alain Fournier. De plus, il a renforcé mon aversion pour toute forme de violence ou de guerre et m'a rappelé que si notre situation actuelle est assez inconfortable pour tout un tas de raisons, la France a connu bien pire.

Le dernier poilu est mort il y a quelques années maintenant. Il était le dernier témoin de cette boucherie à grande échelle (on compte plus de deux millions de morts), vieille d'un siècle aujourd'hui, et qu'il nous serait facile d'oublier, nous qui la voyons de loin dans nos livres d'Histoire. Ce recueil est salutaire, pour de temps à autre raccourcir la distance temporelle entre cette génération sacrifiée et les suivantes. Pour nous enjoindre à ne jamais oublier, afin que jamais pareil enfer ne se reproduise.

Je suis un de ces millions d'anonymes qui forment l'instrument pour forger une page sanglante de notre histoire. Cette époque sera bâtie avec beaucoup d'héroïsme, de tristesse et de lâcheté.

Michel Taupiac (2 mai 1915)

"La chanson de Craonne" par Marc Ogeret

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"Ne gazez pas l'intermittière !"

6 Novembre 2020, 08:35am

Publié par Erin

Monsieur le Président,

Je vous fais une deuxième lettre, que vous ne lirez sans doute pas plus que la première, car vous ne prendrez toujours pas le temps.

Comme je me l'étais promis dans ma dernière bafouille à votre intention, j'ai cessé depuis le mois de mars d'écouter vos allocutions anxiogènes et contradictoires. Mais les circonstances de la vie ont fait que je n'ai pas pu échapper à la dernière en date, nous annonçant le retour du confinement. Celle où vous enjoignez le peuple Français à rester chez lui, tout en l'encourageant à continuer de travailler, quelles que soient les conditions. Peu importe pour vous si le télétravail en distanciel se transforme pour vos citoyens en télégalère faite en démerdenciel... Vous confinez allègrement tout en laissant ceux qui ne sont pas en télémisère, prendre les transports en commun bondés aux heures de pointe, pour continuer de faire tourner la machine... Vous n'êtes jamais à une contradiction près.

Ce confinement où tout le monde est de sortie vous permet de faire fonctionner les institutions qui brassent de l'argent, et de faire fermer les petits commerces "non-essentiels". Les librairies en sont un parfait exemple: quand Amazon et la FNAC restent ouverts, ma petite librairie de quartier ferme ses portes pour la deuxième fois en quelques mois...

Mais vous n'avez aucun scrupule, Monsieur le Président, à faire une chose pareille à l'heure où la population à désespérément besoin de fiction, pour se sortir momentanément de la brume dans laquelle la plonge la crise sanitaire. Parce que la culture, c'est le cadet de vos soucis. Pour preuve, votre discours du 28 octobre dernier ne fait aucune mention du sort du monde culturel, assassiné à coup de fermeture, et encore moins des artistes et du spectacle vivant asphixiés au préalable par le couvre-feu, dont vous ne nous avez pas épargné.

Ces artistes, depuis le mois de mars se démènent pour nous apporter un peu de baume au coeur. Combien de chansons avons-nous écouté ? Combien de films et de pièces de théâtre rediffusés avons-nous visionné ? Combien de livres avons-nous lu ? Si ce premier confinement drastique s'est avéré moins douloureux que prévu pour la plupart d'entre nous, c'est aussi parce que ces artistes ont travaillé. N'est-il donc pas hypocrite de la part de votre gouvernement de profiter de leur travail quand cela vous arrange, en consommant leurs oeuvres comme on mangerait chez MacDo, et ensuite, de superbement les ignorer alors que leur secteur est un des plus touché par la crise qui nous préoccupe ?

Depuis le déconfinement, ils font ce qu'ils peuvent pour maintenir leurs activités dans le respect des gestes barrière. Je sais que vous ne voulez pas le voir Monsieur le Président, car la culture n'est pas un secteur "rentable". Mais en empêchant l'activité des libraires indépendants, en empêchant les cinémas, les théâtres d'ouvrir et en empêchant les concerts, c'est l'arrêt de mort de votre pays que vous signez. Cela vous paraîtra tragique et grandiloquent sans nul doute, mais je persiste et je signe: sans la culture, un pays meurt. Cette dernière n'est donc pas "essentielle" à notre survie, elle est VITALE. Je suis horrifiée de constater une fois de plus votre indifférence à l'égard de ceux que vous avez décidé d'ignorer parce que vous refusez de les comprendre, sous prétexte qu'ils n'appartiennent pas à votre milieu.

Votre comportement j'en suis sûre, aura l'effet inverse de celui que vous voulez. Si vous gazez l'intermittière, les cigales, les clowns et autres hirondelles trouveront le moyen de créer plus, en passant sous le nez de votre répression. Ils riront à la barbe de votre mépris.

Vive le spectacle vivant ! (Puisse cette petite chanson vous hanter longtemps.)

Erin

"L'intermittière", d'Eric Toulis, ici interprétée par Leïla Huissoud

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