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Les Promenades d'Erin

Livres d'hiver

27 Mars 2022, 08:14am

Publié par Erin

"La pie", de Claude Monet (1869)

"La pie", de Claude Monet (1869)

C'est le printemps depuis quelques jours ! Il est donc temps de faire un petit bilan de mes lectures pendant la saison hivernale.

Rebecca, de Daphne Du Maurier (1938)

Lorsque la nouvelle épouse de Maxim de Winter arrive au domaine familial de Manderley, l'ombre de Rebecca, décédée l'année passée, plane encore sur le manoir et ses habitants. La première épouse avait marqué les esprits, par sa beauté et son charisme, avec lesquels la nouvelle arrivante à bien du mal à rivaliser...

Le livre a une forme irréprochable dont on comprend qu'elle ait poussé Alfred Hitchcock à en faire une adaptation au cinéma. Il règne dans Rebecca une atmosphère tendue, lourde et mystérieuse, un climat de suspense remarquablement déployé de bout en bout, tenant le lecteur en haleine jusqu'à la fin. La psychologie des personnages est au cœur du récit et nous embarque avec eux dans des méandres imprévus. C'est une des réussites de ce roman: le tout ne tient qu'à un fil psychologique, alors que l'action n'est pas spectaculaire. Il est d'ailleurs très facile de s'identifier à certains protagonistes, notamment l'héroïne, qui n'a absolument pas les épaules pour endosser ce statut. L'écriture est élégante et fluide, très imagée et précise. On y croit, on y est, on s'y voit.

La servante écarlate, de Margaret Atwood (1985)

Dans la république de Giléad, suite à une baisse drastique de la fécondité, les quelques femmes encore féconde sont réduites au rang d'esclaves sexuelles dans un but reproducteur. Defred, servante parmi d'autres, est l'esclave de son "Commandant". Mais le soir, seule dans sa chambre, elle pense au "temps d'avant", celui où les femmes étaient libres d'écrire, de lire, d'étudier ou de travailler... Elle pense aussi à son compagnon, Luke, qui a disparu et à son enfant qui lui a été enlevé. Par le fruit du hasard, elle rencontre Deglen, qui fait partie d'un réseau clandestin, opposé au régime...

C'est semble-t-il un classique de la littérature canadienne qui a fait l'objet de plusieurs adaptations cinématographiques ou télévisuelles. Avant de m'atteler à la série dont tout le monde parle, je voulais lire l’œuvre originale. J'ai bien fait. C'est que La servante écarlate, que la lecture nous plaise ou non, ne laisse pas indifférent. Margaret Atwood nous fait pénétrer dans un monde très étrange, où la violence est insidieuse et internalisée, décrit les rouages d'une dictature avec un réalisme, qui fait froid dans le dos. Le roman est suffisamment bien construit pour qu'on ait envie de le lire jusqu'au bout. La fin n'est d'ailleurs pas décevante, même si elle n'est pas forcément celle que l'on attend. C'est une lecture prenante, tant par la qualité du style que par l'originalité de l'intrigue, qui fait réfléchir au devenir de notre société et à la place accordée aux femmes à l'intérieur. Un seul petit bémol tout personnel: la résistance est un peu longue à venir et elle semble plus virtuelle que réelle, on a pas trop l'impression d'y être. De fait, il y a certaines longueurs, qui ne s'expliquent que dans les toutes dernières pages. Il faut donc être patient, mais le jeu en vaut la chandelle.

L'accompagnatrice, de Nina Berberova (1985)

En 1919, Sonia est engagée comme pianiste accompagnatrice auprès de la cantatrice Maria Travina. Elle quitte son village natal pour la suivre à Moscou, Saint-Pétersbourg, Londres ou encore Paris. Issue d'un milieu pauvre, elle constate les différences sociales entre elle-même et la célèbre chanteuse: Maria Travina est belle, charismatique et distinguée, vit dans l'opulence et semble ne pas avoir vécu la Révolution de 1917, contrairement à Sonia qui en a beaucoup souffert. Cette dernière est tiraillée entre accepter le sort que lui réserve sa classe, ou chercher à détruire Maria Travina en trouvant son point faible, pour faire cesser son comportement que la jeune pianiste ressent comme une humiliation...

L'accompagnatrice est un roman psychologique, tout petit, mais plutôt efficace. En une centaine de pages seulement, Nina Berberova parle avec justesse de l'injustice sociale, de la pauvreté, de la violence des différences de classes. Avec une très grande économie de moyens, elle réussit à dresser le portrait complexe de deux jeunes femmes que tout oppose (à l'exception de la musique) et à exposer le cheminement de réflexion de l'héroïne, qui cherche à trouver sa place dans l'univers qui est à sa disposition.

Dans l'ensemble l'ouvrage se lit très bien. Les descriptions sont suffisamment bien faites pour que l'on ai l'impression d'y être et le style est assez fluide. La seule remarque que je pourrais faire serait la suivante: à vouloir trop faire dans la concision, on manque parfois d'un peu de matière. J'aurais aimé avoir un peu plus de détail sur les sentiments de l'héroïne, des explications légèrement plus complètes sur sa vie, son histoire, pour mieux comprendre son propos et compatir à sa situation. Il y a de manière générale, une certaine distance par rapport aux personnages, que je ne trouve pas forcément appropriée au sujet et aux idées défendues.

Les hauts de Hurlevent, d'Emily Brontë (1847)

Monsieur Lockwwod vient de louer un logement à deux pas du domaine de Hurlevent, dans la campagne anglaise. A la suite de mésaventures qui le rendent malade et l'obligent à rester aliter plusieurs jours, il demande à sa femme de charge de lui conter l'histoire de son propriétaire, Heathcliff, personnage taciturne et désagréable. Mrs. Dean se lance alors dans le récit de la vie de son maître, animée par la passion et la vengeance...

Il était temps de le lire celui-ci ! Cela fait des années qu'il me fait de l'œil dans ma bibliothèque et que beaucoup de gens me vantent ses mérites. Il règne sur les sœurs Brontë et leurs écrits fulgurants une aura mystique qui rend parfois l'approche difficile, mais le grand saut est toujours fascinant. J'avais il y a plusieurs années dévoré Jane Eyre écrit par Charlotte, mais avec Les hauts de Hurlevent, la rencontre n'était pas vraiment spontanée. C'est finalement la lecture de Rebecca qui m'a décidé. Quelqu'un m'a dit que maintenant que j'avais découvert Daphne Du Maurier, je pouvais allègrement me lancer dans la lecture de ce classique du XIXème siècle. En effet, il n'est fait aucun mystère du fait que l'auteur de Rebecca ait largement été inspirée par l'univers des sœurs Brontë pour écrire son célèbre roman. 

En dehors de similitudes que je me suis effectivement plu à repérer, dans le style soigné et l'atmosphère générale du roman, ce qui m'a frappé à la lecture de ce classique c'est qu'aucun des personnages n'est franchement aimable. Même ceux dont on reconnaît qu'ils peuvent avoir des circonstances atténuantes finissent pas devenir détestables. Il faut le lire en plein hiver, sous une couverture, avec la boisson chaude de votre choix pour compenser l'ambiance souvent glaciale. Nonobstant quelques longueurs (toutes subjectives) sur la fin, c'est une formidable histoire passionnée, très bien écrite. Il fait froid à l'extérieur, mais c'est à l'intérieur des âmes que tout se joue, c'est intense, tortueux, ça tourbillonne... Personne ne respecte la courtoisie et les conventions sociales de son rang, et c'est en cela aussi que Les hauts de Hurlevent est une œuvre intéressante. Emily Brontë n'aura écrit qu'un seul roman dans sa très courte vie: celui qui parle de la différence, de gens mal-aimés et mal-aimables, qui bouscule les codes établis et qui malgré tout, nous emporte. Un roman qui a le mérite d'être classe.

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P
Hello, 4 écrivaines donc pour cette série où le froid y a régné puisque nous avions 2 britanniques, une canadienne et une russe....Le Yin absolu de l'hiver donc, ah, ah !! Merci.
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E
Je m'en suis rendue compte en écrivant l'article ! Merci de ta (re)lecture :-)