Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les Promenades d'Erin

Lectures printannières

1 Octobre 2021, 09:39am

Publié par Erin

Lectures printannières

Le premier article de cette saison fait un petit bond en arrière, pour faire comme si on rattrapait le temps perdu... Voici quelques ouvrages lus entre le mois de mars et le mois de mai 2021. Il s'agit d'une sélection parfaitement subjective, où je n'ai choisi que des œuvres que j'ai apprécié. Je n'avais pas envie d'entreprendre ma reprise avec des critiques négatives...

La dame de pique, d'Alexandre Pouchkine (1834)

Une nuit d'hiver, chez le lieutenant Naroumof, cinq camarades passent leur soirée à jouer aux cartes. Paul Tomski  y conte l'histoire de sa grand-mère la comtesse Anna Fedotovna: celle-ci aurait un jour trouvé une combinaison de jeu imparable lui permettant de gagner systématiquement, et ainsi de s'enrichir à loisir. Cette information ne tombe pas dans l'oreille d'un sourd, mais dans celle du jeune Hermann, qui va s'empresser de monter un stratagème afin de percer le secret de la comtesse...

Cette petite nouvelle est une réjouissante porte d'entrée à la littérature Russe, pour celles et ceux qui n'auraient pas encore eu la curiosité de s'y intéresser. J'y ai retrouvé au début l'atmosphère du Joueur d'échecs de Stefan Zweig, où le jeu tient une place centrale et est source d'une intrigue construite. Puis le récit dérive vers le fantastique quand les fantômes  s'installent sans prévenir. Le style est élégant sans être pompeux et l'histoire est courte mais suffisamment bien fichue pour qu'on ne s'ennuie pas, sans rester pour autant sur notre faim. La dame de pique est petit mais percutant, surprenant et très plaisant.

La Vagabonde, de Colette (1910)

Divorcée d'avec un peintre ennuyeux et infidèle, Renée vit désormais de ses prestations de music-hall et de théâtre. Elle chante dans les cabarets et les cafés concerts, menant une vie de bohème. Elle fait un jour la connaissance d'un beau jeune homme riche et sûr de lui, nommé Max, duquel elle s'éprendra. Aveuglée par la passion des débuts de son histoire, Renée est prête à renoncer à sa vie d'artiste pour le bonheur et la sécurité du couple. Mais le besoin vital d’indépendance et la peur du carcan bien connu du mariage ne sont jamais très loin...

La Vagabonde est le deuxième roman de Colette que je lis. Je ne me suis pas encore suffisamment intéressée à elle et à son travail pour me permettre d'en dire grand chose, cependant le peu que je connais me pousse à penser (et internet dit que j'ai raison) que ce roman est construit en miroir avec la vie de l'écrivaine, qui elle aussi a visiblement divorcé, pour vivre de son écriture en toute sérénité et autonomie. Renée est le reflet de Colette, entière, passionnée et indépendante. Comme lors de ma lecture du blé en herbe, roman avec lequel j'avais découvert son univers, j'ai eu un peu du mal à rentrer dans son monde. L'écriture est délicate et élégante, mais parfois elle impose une certaine distance avec les personnages. Cependant une fois que l'intrigue est mise en place on y est bien, et on a même envie d'y rester. Parce que c'est magnifique, en fait.

Coquelicot et autres mots que j'aime, d'Anne Sylvestre (2018)

Cet abécédaire poétique dressé par Anne Sylvestre s'inscrit parfaitement dans le cadre de cette nouvelle saison que je souhaite pleine de douceur et de tendresse. Cette sorcière des mots, capable des textes les plus bouleversants nous donne une liste de ceux qu'elle chérie le plus et nous donne autour, de jolies anecdotes. A travers ces mots choisis, la chanteuse évoque son enfance, sa famille, son travail, ses amours, sa vie. C'est beau comme ses chansons, tendre, drôle et en même temps très pudique. Une merveille de sensibilité.

 

 

A la ligne: feuillets d'usine, de Joseph Ponthus (2019)

Joseph Ponthus n'était pas vraiment écrivain, mais plutôt éducateur, en banlieue parisienne. Jusqu'à ce que par amour, il s'exile en Bretagne. Dans cette région, il n'y a pas de travail pour un éducateur alors, parce qu'il faut bien faire quelque chose, Joseph embauche à l'usine de crevettes la plus proche... En rentrant chez lui, pour se vider la tête, il écrit l'usine, à la ligne.

Les médias ont beaucoup parlé de Joseph Ponthus l'hiver dernier. Son livre a en effet connu un succès assez important à sa sortie en 2019, succès dont il n'a malheureusement profité que peu de temps, puisqu'il est mort emporté par le cancer à l'âge de 42 ans, en février 2021. C'est cette annonce, liée en plus à son jeune âge, qui m'a poussé à acheter son livre. C'était un achat impulsif, que je ne regrette pas du tout.

A la ligne est un témoignage fort et très important, à l'heure où les usines sont toutes fermées ou délocalisées et où le monde ouvrier disparaît. Le livre est original, tant par son sujet que par sa forme, en vers libres, allant sans cesse à la ligne. A la ligne comme sur la ligne de production de son usine de crevettes, ou de l'abattoir. Le travail est ignoble, fatigant, aliénant, mais sous les mots de Joseph Ponthus il devient poésie. Et c'est beau. Pourtant rien ne nous est épargné. Ni le bruit, ni les odeurs, ni le froid, ni l'ennui. Mais les vers sont si bien choisis qu'ils sonnent justes, qu'on y est, on y croit. Et ça raisonne, longtemps, à l'intérieur de nous.

Commenter cet article
P
Je lirai le Ponthus et le Sylvestre, connaissant déjà les 2 autres. Merci bien pour cette chronique de rentrée !!
Répondre
E
De rien :-) Je suis certaine que les deux vont vraiment te plaire.