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Les Promenades d'Erin

Chez Leprest

12 Février 2021, 08:41am

Publié par Erin

Allain Leprest (1954-2011)

Allain Leprest (1954-2011)

C'est une chanson de Gauvain Sers qui a mis la puce à l'oreille à une de mes meilleures amies. Amie qui est venue me voir un jour en me demandant si je connaissais, Leprest. Bien forcée d'avouer mon ignorance à son sujet et désireuse de la racheter, j'ai fouillé internet. Une question m'est immédiatement venue à l'esprit: comment avais-je pu faire, moi qui fût pétrie de Chanson Française toute ma vie, pour passer à côté d'un répertoire musical et poétique aussi intense, interprété par cet écorché vif parti carrément trop tôt, trop vite pour que j'ai le temps de faire sa rencontre ?

Il était déjà trop tard quand ce jour est arrivé, chez mon amie, et que Le temps de finir la bouteille résonnait dans mes oreilles. En plus d'être frappée par la puissance du texte et la mélancolie de l'interprétation, c'est aussi l'amer sentiment d'avoir raté le coche qui m'a scotché à mon siège, sentiment mêlé d'une joie immense d'avoir fait une formidable découverte qui n'allait certainement pas s'arrêter là.

Né en 1954 dans le Cotentin, d'un père charpentier et d'une mère au foyer, Allain Leprest débute l'écriture très tôt et manifeste très vite le désir de chanter ses chansons. Avant que sa carrière ne débute réellement, il est peintre en bâtiment, pour rassurer son père, "au cas où" son chemin musical ne l'emmènerait pas loin. De son père d'ailleurs, il a pris la manière de travailler, construisant ses chansons "comme on construit une chaise", dans le but qu'elles en aient le même confort. Allain Leprest n'est pas qu'un chanteur ou un poète d'exception, c'est un artisan de la chanson.

Sa poésie est réaliste et pleine d'images fortes, au vocabulaire riche sans être inaccessible, et interprétée d'une voix chaleureuse, enrouée de fumée de Gitane et de ballon de rouge. (Oui, peut-être que dit comme ça, c'est pas sexy, mais faut écouter pour comprendre). De cette belle voix donc, Leprest nous parle d'amour avec délicatesse et mélancolie, (Arrose les fleurs en 2008, ou Sur les pointes en 1994) de son enfance avec nostalgie (Mont Saint-Aignan en 1988, ou Bilou deux ans auparavant), mais aussi des gens qu'il croise, avec beaucoup de tendresse (Chiens d'ivrogne  ou Le copain de mon père en 1994).

Parce qu'il était politiquement engagé à gauche, il y a dans son œuvre une dimension sociale assez importante. Dans l'univers de Leprest, il y a des militants communistes (Sacré coco), des ouvriers (L'horloger) et des chômeurs (Joyeux Noël). Si beaucoup de ses textes penchent du côté de la mélancolie, ce n'est pas le cas de la totalité de ses chansons et certaines orchestrations tendent même vers une joie que l'on aurait pas soupçonné.

Disparu volontairement en 2011 à la suite de deux cancers, il n'était pourtant pas le chanteur de la déprime, mais un poète de l'existence dont chacune des chansons peut accompagner des moments de notre vie. Chacun peut y trouver ce qu'il y cherche, et même ce qu'il n'y cherche pas. Leprest laisse derrière lui neuf albums et deux enregistrements en public, ainsi que de nombreux "héritiers" qui se réclament de sa poésie, même si de son vivant il était peu connu du grand public, finalement. Je vais pour ma part continuer d'explorer son monde, riche de tous ses trésors car comme le dit si bien Gauvain, "Chez Leprest, quand on y est, on y reste". A bonne entendeur.

"C'est peut-être" (Live-2009)

"Donne-moi de mes nouvelles" (2005)

"Je hais les gosses" (1994)

"Le temps de finir la bouteille" (Live-2011)

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P
J’ai découvert aussi cette année, comme quoi le Covid peut avoir du bon...Formidable découverte effectivement et très beau papier (à rouler...).
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E
Suis contente que ça te plaise :-) Merci.