Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les Promenades d'Erin

Paroles de poilus: Lettres et carnets du front 1914-1918 (1998)

13 Novembre 2020, 08:09am

Publié par Erin

L'occasion fait le larron ! Mercredi, c'était le 11 novembre, date anniversaire de l'armistice de la grande guerre, et j'avais dans ma bibliothèque ce recueil qui me faisait de l'oeil depuis des années. J'ai donc arrêté de repousser le moment de m'atteler à sa lecture, pour pouvoir vous en parler aujourd'hui.

C'est l'histoire de quelqu'un travaillant pour les éditions de Radio-France, qui décide un jour de faire un petit devoir de mémoire. Il lance un appel à des familles de soldats ayant participé à la première guerre mondiale, afin de récupérer des lettres en provenance du front ainsi que des carnets de bord. Il lit tout, regroupe les éléments par chapitres, (un pour chaque saison) et finit par éditer ce précieux document.

Ils s'appelaient Etienne, René, Marcel, Auxence... Ils étaient ouvriers, instituteurs, agriculteurs, ou cuisiniers... Ils avaient au minimum dix-huit ans lorsqu'ils se sont engagés plus ou moins volontairement dans ces combats qui ont fait rage en France pendant quatre ans. Ils ont eu froid, ils ont eu faim, ils ont eu peur et ils ont souffert. Mais ils ont tous écrit (avec plus ou moins de style, suivant leur condition sociale et leur niveau d'instruction) à leurs familles, leurs amis, leurs fiancées ou leurs enfants... Certains ont même écrit pour eux-même, histoire d'exorciser l'angoisse et d'évacuer les images d'horreur indescriptibles auxquelles ils ont tous été confrontés, eux qui étaient en première ligne.

Certaines lettres font trois pages et d'autres seulement quelques lignes. Mais en substance, elles disent toutes la même chose: le désarroi face à la violence, les conditions de vie déplorables et le manque des proches, se faisant chaque jour plus douloureux.

Je ne suis pas vraiment du genre patriote. Mais la lecture de ce magnifique témoignage m'a bouleversé. D'abord certains textes sont particulièrement bien écrits, notamment la lettre de Pierre Blanchard (dont la fin a inspiré Au-revoir là-haut à Pierre Lemaître), celle de Giono ou d'Alain Fournier. De plus, il a renforcé mon aversion pour toute forme de violence ou de guerre et m'a rappelé que si notre situation actuelle est assez inconfortable pour tout un tas de raisons, la France a connu bien pire.

Le dernier poilu est mort il y a quelques années maintenant. Il était le dernier témoin de cette boucherie à grande échelle (on compte plus de deux millions de morts), vieille d'un siècle aujourd'hui, et qu'il nous serait facile d'oublier, nous qui la voyons de loin dans nos livres d'Histoire. Ce recueil est salutaire, pour de temps à autre raccourcir la distance temporelle entre cette génération sacrifiée et les suivantes. Pour nous enjoindre à ne jamais oublier, afin que jamais pareil enfer ne se reproduise.

Je suis un de ces millions d'anonymes qui forment l'instrument pour forger une page sanglante de notre histoire. Cette époque sera bâtie avec beaucoup d'héroïsme, de tristesse et de lâcheté.

Michel Taupiac (2 mai 1915)

"La chanson de Craonne" par Marc Ogeret

Commenter cet article