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Les Promenades d'Erin

Les films de Janvier

31 Janvier 2020, 09:17am

Publié par Erin

La vérité, de KORE-EDA Hirokasu

Fabienne, actrice Française de renom va sortir ses mémoires. Afin de la féliciter, sa fille arrive des Etats-Unis avec sa famille pour lui rendre visite. C'est l'occasion pour les deux femmes de se retrouver, de partager ce qu'elles ne se sont jamais dit et de revenir sur leurs différents...

Moi j'avais hâte de voir ce film parce que j'avais été très touchée par Une affaire de famille (2018), Tel père tel fils (2013) et Air Doll (2009), les films précédents du réalisateur Japonais. La vérité aussi est touchant par moments, (un peu moins que les autres, malgré tout) justement quand les gens se la disent, la vérité. Mais le problème avec une actrice comme Fabienne, (si je puis me permettre, le rôle de l'actrice narcissique, carriériste et imbue d'elle-même sied parfaitement à Catherine Deneuve) c'est qu'on ne sait pas vraiment quand elle dit la vérité. Et autour d'elle, les gens la connaissent et mentent aussi, si bien qu'on ne sait plus forcément qui est sincère ou qui se sert de la réalité pour mieux interpréter une scène de cinéma.

C'est tout le propos du film et c'est en cela que je le trouve réussi. Chacun y raconte "sa" vérité, qui peut être bien différente de celle des autres. La conclusion de tout ceci pourrait être une réflexion autour de ce qu'est la famille et de l'importance de se dire les choses, en passant du temps avec ceux que l'on aime. Quelques bémols cependant, l'ensemble est un peu long et aurait mérité d'être un peu moins contemplatif à mon goût.

Lola vers la mer, de Laurent Micheli

Lola est transgenre. Depuis plus d'un an elle vit en foyer. A la mort de sa mère elle retrouve son transphobe de père afin de disperser les cendres de la défunte. Le semi road movie qui s'engage sera pour la fille et le père, l'occasion de chercher à se comprendre et à régler leurs différents.

Que voilà une bien belle histoire. On a déjà vu des familles se déchirer, puis se retrouver à l'occasion de décès. Parce que la mort nous rapproche souvent de ceux que l'on cherche à éviter. Ainsi, l'intrigue de ce film n'est pas particulièrement originale. Ce qu'il l'est en revanche, c'est le fait que Lola soit transgenre (interprétée par la magnifique actrice transgenre Mya Bollaers,) et que le coeur du conflit vienne du fait que son père soit dépassé par cette situation. Il y a là un conflit familial, générationnel et identitaire qui laisse le spectateur face à ses propres émotions.

Les deux comédiens sont très crédibles et le film à le mérite de parler et de montrer ceux que l'on oublie ou que la société invisibilise volontairement. Le rythme est bon, et le traitement du sujet évite toute chute vertigineuse vers le pathos, malgré un début d'histoire assez sombre. Au milieu de tout cela, il y a une réelle volonté de lien familial, d'amour et une énergie vitale qui nous empêche de sombrer dans la tristesse sans pour autant garder une trop grande distance qui nous empêcherait d'être touché.

Portrait de la jeune fille en feu, de Céline Sciamma (2019)

 

Bretagne, 1770. Marianne est engagée par la mère d'Héloïse pour peindre le portrait qui a pour vocation de marier sa fille. Mais celle-ci refuse d'être peinte, car elle ne veut pas se marier. Les deux femmes vont s'apprivoiser, petit à petit, apprendre à se connaître et finir par nouer une relation amoureuse...
 

C'est un film beau d'époque, furieusement contemporain, parce que féministe. Les quatre interprètes sont magistrales, les costumes sont sublimes et l'histoire est intemporelle. C'est un film sur l'amour, mais aussi sur la sororité, dans lequel les femmes et leurs problématiques sont mises à l'honneur.  Les corps et les esprits sont valorisés: on débat, on discute, on collabore, on cré... Il y a peu de musique (exception faite du magnifique titre La jeune fille en feu de Jean-Baptiste de Laubier et Arthur Simoni ainsi que d'un extrait de l'Eté de Vivaldi), qui laisse une grande place au silence dans lequel on peut entendre penser ces femmes qui vivent une paranthèse enchantée, loin des entraves de leur quotidien.

Portrait de la jeune fille en feu tranche avec les autres films de Céline Sciamma sur le plan estétique. Il y a beaucoup de couleurs, de lumière, de matière... Un peu comme sur la toile d'un peintre. (L'analogie est un peu facile sans doute mais il est difficile de ne pas la souligner...). On en ressort assez ébloui et bouleversé, la tête pleine d'images et de sensations laissées par ce petit bijou cinématographique.

Martin Eden, de Pietro Marcello (2019)

C'est l'histoire de Martin Eden, jeune marin prolétaire, qui tombe amoureux d'Elena, jeune femme issue de la bourgeoisie italienne. Celle-ci va lui ouvrir les portes de l'instruction. Martin Eden va alors découvrir le plaisir et l'importance de l'écriture, à l'heure ou le pays est traversé par de grands courants politiques. Mais épouser Elena revenant à épouser son rang, l'écrivain est alors partagé entre son acquisition de l'instruction (ainsi que ce qu'elle implique,) et le sentiment de trahir ses origines sociales.

Je n'ai pas lu le roman de Jack London du même nom, je ne peux donc pas vous dire si cette adaptation est respectueuse de l'histoire originale. Ce que je peux dire en revanche c'est que cette adaptation est originale en elle-même. C'est un véritable cinéma de divertissement, avec une histoire suffisamment éloignée de nous pour que nous ayons le sentiment de découvrir un univers, et en même temps si moderne qu'elle résonne complètement dans notre époque.

Ce Martin Eden est aussi un choix esthétique génial, un grain d'image unique pour notre époque souvent trop lisse. J'ai eu l'impression en le regardant, de voir sur grand écran un film des années 1970, comme ceux que pouvaient faire Claude Sautet, Louis Malle, ou Edouard Molinaro... Les images d'archives se mêlent aux images fictives, tant et si bien que l'on ne sait pas toujours ce que l'on regarde... Ce qui fait de ce film une véritable oeuvre originale et réussie.

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