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Les Promenades d'Erin

Les rengaines à huit sous

25 Octobre 2019, 08:54am

Publié par Erin

Les rengaines à huit sous

J'ai d'la chance de pas être trop moche
Et d'faire d' la merde grand public
Ca va rentrer dans ma caboche
Que j'comprends rien à la musique.

De la merde grand public

Ce n'est plus un secret pour personne depuis longtemps, j'aime la musique. Je ne suis en revanche pas très fan des télé-crochets et autres concours de formatage musical qui pullulent de nos jours à la télévision. Le seul moment qui me semble amusant dans ce type de jeu c'est celui des auditions, alors que les candidats sont encore eux-mêmes et ont encore leur personnalité musicale, aussi imprécise soit-elle.

C'est donc selon moi, un point très positif que de faire partie des chanteurs qui ont essayé The Voice (après tout pourquoi pas), et qui ont perdu. Cela signifie qu'en perdant le jeu, ils ont gardé leur âme. Et si leur univers musical ne plaît pas au public de masse ou à un jury sans saveur, c'est souvent parce qu'il est intéressant et que ces chanteurs ont des choses à dire.

En 2014 se présentait Leïla Huissoud. Agée de 18 ans, elle était installée à Strasbourg quand elle s'est faite repérer alors qu'elle chante dans la rue, pour passer le casting de l'émission. Elle remporte cette première étape en reprenant Caravane de Raphaël, tient quelques semaines, puis rentre chez elle. Elle prend son aventure télévisuelle comme un stage d'observation qui lui a permis de se connaître mais aussi de savoir ce qu'elle n'avait surtout pas envie de faire.

Dans sa famille, on fait du cirque et on aime les piliers de la chanson francophone comme Georges Brassens, Barbara ou Jacques Brel. Alors très tôt, Leïla chope le virus et commence à écrire. Elle écrit les émotions qui la traversent, les gens et les endroits qu'elle aime... Tout, en fait. Mais parce qu'elle a une diction bien à elle et qu'elle compose des mélodies qui sonnent un peu "à l'ancienne", c'est  Ferrat, Moustaki ou Ferré que l'on entend à travers elle. Et en même temps pas tout à fait, car la plupart de ses chansons sont des compositions originales. Elles sonnent "dans le style de" sans pour autant être exactement ce que l'on a déjà entendu. C'est simple, c'est très bien écrit, et ça réveille le chanteur réaliste qui sommeille en nous.

Grâce à du financement participatif, Leïla a sorti un premier album, L'ombre, en 2017. Capté en public durant plusieurs dates de la première tournée, il donne à entendre des compositions arrangées très simplement pour une guitare acoustique et/ou un piano (elle est accompagnée sur scène par le pianiste Kévin Fauchet). La niaise nous prend aux tripes, De la merde grand public nous donne la gnaque, La vieille (reprise de Patrick Font, chantée à l'origine par Evelyne Gallet) nous fait sourire...

En novembre 2018 sort Auguste, (en référence au clown rouge du cirque, qui s'oppose au clown blanc) second opus en studio, aux arrangements plus sophistiqués. Des cordes, des fanfares, des percussions, bref, Auguste est un joyeux bordel. Sur scène, elle garde un pianiste/percussionniste et un contrebassiste. La farce donne le ton du spectacle, Caracole (sur le décès d'un proche) nous bouleverse, Chianteuse nous fait rire et Le vendeur de paratonnerres (ou L'orage, de Brassens, mais du point de vue du cocu) est un bijou d'inventivité. Son expérience télévisuelle ne l'ayant pas fâchée avec les reprises, elle réinterprète Le cinéma, de Claude Nougaro, ou L'infidèle de Patrick Font et Evelyne Gallet, avec légèreté et implication. Leïla n'a décidément pas peur de chanter ce qu'elle a à dire et de contredire ceux qui pensent qu'avec son joli minois, elle ne peut servir que de la chanson inoffensive.

Elle donne la majorité de ses concerts en festivals de province, lors de petits événements. Son succès auprès du public et son talent d'écriture lui ont récemment permit d'assurer les premières parties des concerts d'Alexis HK ou Gauvain Sers. Leïla ne semble pas très à l'aise lorsqu'il s'agit de parler autre chose que musique, ou lorsqu'elle est l'objet d'une trop grande attention. Elle est en revanche sur scène comme chez elle, n'hésitant jamais à échanger avec son public dans les moments les plus opportuns.

Si par le plus grand des hasards elle venait un jour à lire cet article, j'espère qu'elle me pardonnera ce jeu de mots pourri que je me suis permise de faire avec son nom de famille, car ses "rengaines" (comme elle les appelle elle-même) sont loin de valoir huit sous, elles n'ont pas de prix. Elles sont précieuses car intemporelles, empruntées à un temps lointain et en même temps très ancrées dans leur époque. De quoi nous rappeler que la chanson française à textes à encore de beaux jours devant elle.

 

J'troquerai pas mon Français
Qui sent le vin rouge à plein nez
Le bistrot du coin, la musette,
Les champs de lavande et la violette.

Mon Français

De la merde grand public

La niaise

Le vendeur de paratonnerres, ou la réponse du cocu à Georges Brassens

L'infidèle, écrite par Patrick Font

La farce, extrait de l'album Auguste

Si j'suis jolie c'est que j'suis de loin
Si j'suis de loin c'est qu'j'suis surrélevée
Physiquement ça compense rien
Mais c'est plus simple pour cracher

La Farce

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