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Les Promenades d'Erin

Massilia sans le système

31 Mai 2019, 08:17am

Publié par Erin

Prisonniers on l'est tous ici, paraît qu'on manque pas d'air mais s'ils savaient comme on étouffe ici !

Extrait de: L'Esquisse

Massilia sans le système

Qui prétend faire du rap sans prendre position ?

Extrait de : L'Esquisse

Suite à mon récent voyage à Marseille, (voir le lien vers l'article ici) je vous parlerai aujourd'hui d'une artiste locale que j'apprécie, j'ai nommé: Keny Arkana.

Née le 20 décembre 1982 à Boulogne Billancourt d'un père Argentin et d'une mère Française, Keny Arkana grandit à Marseille. Élevée seule par sa mère, elle traverse une enfance difficile, et est rapidement placée en foyer. C'est dans ces institutions qu'elle fera dès l'âge de 12 ans ses premières armes dans le rap et trouvera sa vocation. Rétive à toute forme d'autorité, elle fuguera de nombreuses fois, préférant être libre  plutôt que de vivre contrainte au sein d'une institution qui ne lui convient pas. Ces nombreuses expériences dans la rue, en foyer et en hôpital psychiatrique seront une grande source d'inspiration pour sa musique.

D'abord rappeuse au sein de collectifs, sa carrière solo est officiellement lancée en 2006, grâce à la sortie de son premier album (qui suivait le premier EP intitulé l'Esquisse) Entre ciment et belle étoile. Elle y évoque son enfance, (J'viens de l'incendie) le foyer, (Eh Connard !) mais aussi son attachement à ses origines sud-américaines (Victoria) et bien entendu, son besoin vital de vivre libre loin du système (J'me barre).

Keny Arkana est en effet un électron libre. Militante altermondialiste, elle se produit énormément lors d'évènements comme les forums sociaux mondiaux, ou pour des concerts de soutien et de petits festivals. Se définissant comme une "contestataire qui fait du rap" plutôt que comme une rappeuse, Keny Arkana privilégie ce militantisme, mettant sa musique au service de ses idées.

Dans Vie d'artiste (2012), elle dénonce le star system et l'industrie du disque qui aurait pu l'obliger à rapper uniquement pour l'argent. Préférant vivre sa vie comme elle l'entendait et ayant besoin de prendre du recul vis-à-vis de sa notoriété, elle n'a pas eu peur d'arrêter sa carrière un long moment pour voyager, notamment au Mexique pour rejoindre une communauté Zapatiste, dont elle se sent proche.

Ses textes évoluent avec elle au fil des années, mais le fond ne change pas. Keny parle d'elle mais aussi des autres, en particulier de ceux que l'on entend jamais ou trop peu. Elle transmet sa vision du monde, travaillant activement pour la paix, l'écologie, la solidarité et la fraternité entre les peuples. Si la colère transparaît souvent car ce monde est loin de lui plaire, elle n'en oublie jamais de garder un cap positif, espérant que les mentalités changent, que les barrières tombent et que l'avenir soit meilleur grâce à la puissance collective de l'humanité. Certains diront sans doute que c'est un discours utopique et simpliste... Mais ne vaut-il pas mieux dispenser un tel discours tout en agissant, plutôt que de propager la langue de bois environnante sans rien faire ?

En attendant elle garde les pieds sur terre et n'hésite jamais à faire intervenir l'actualité dans ses titres. (Pour preuve l'excellent Nettoyage au karcher en 2006 suite à une intervention de Nicolas Sarkozy, ou le coup de poing intitulé Le front de la haine (inédit) en réponse à des militants du Front National qui avaient détourné le clip de sa chanson La rage). Plus récemment, Dégagez ! évoquait le deuxième tour des dernières élections présidentielles de 2017.

Adepte des initiatives locales et parce que chacun est "une goutte dans l'océan" Keny Arkana cofonde en 2004 avec d'autres artistes, le collectif "La rage du peuple" suite à la fermeture d'un espace d'accueil et d'échange citoyen de la ville de Marseille. Ce collectif s'étend aujourd'hui au-delà de cette ville et consiste notamment en des assemblées populaires ouvertes à tous, qui permettent aux participants de s'organiser librement pour créer localement une dynamique de changement. Même si elle se déplace beaucoup, Keny Arkana n'oublie jamais d'où elle vient et tient beaucoup à Marseille. Les titres collectifs De l'Opéra à la Plaine (1, 2 et 3) sont de véritables témoignages d'affection pour cette ville et le vindicatif Capitale de la rupture dénonce les changements survenus dans l'espace urbain et le creusement des inégalités qui s'accroit au sein de la population, alors que Marseille est choisie pour être Capitale Européenne de la culture, en 2013.

Si son genre de prédilection reste le hip-hop, Keny Arkana a néanmoins des goûts musicaux éclectiques. Ses arrangements très divers contiennent une grande variété d'instruments (harpe, guitare, accordéon, saxophone...) et permettent de donner aux morceaux des couleurs et des genres différents.  On peut passer d'une ballade au piano au reggae revendicatif et percussif. Elle effectue souvent ses propres chœurs en studio, ce qui donne plus de force à certaines interprétations. En concert, Keny Arkana est une boule d'énergie accompagnée d'au moins trois partenaires en plus de ses musiciens. On en ressort gonflé à bloc, touché par un son brut, sans fioritures et d'une grande sincérité.

En 2016 elle sortait un EP de six titres intitulé Etat d'urgence, (en réaction à la politique du gouvernement menée depuis les attentats de 2015, disponible en téléchargement à prix libre ici), puis en 2017, L'Esquisse 3, annonciateur d'un prochain album prévu pour cette année.

A suivre... (ici le lien vers son site internet pour des infos plus complètes.)

Fille de la Lune, abracadabra
Je sors de la brume, appelle-moi Arkana,
P'tite de la rue, j'ai grandit je manie la plume
Comme un Samouraï manie son Katana.

extrait de L'Esquisse 3

Le titre qui a révélé Keny Arkana

Sur le premier album, paru en 2006

"Désobéissance" (2008) est petit (9 titres), mais percutant.

Extrait de "L'Esquisse 3" (2017), dernier EP avant le prochain album

Marseille, Capitale Européenne de la culture en 2013

Extrait de "Tout tourne autour du soleil" (2012)

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