Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Les Promenades d'Erin

Lectures automnales

21 Janvier 2022, 18:22pm

Publié par Erin

Lectures automnales

Rien de tel pour débuter 2022, qu'un petit bilan de lecture saisonnier. Je vous ai sélectionné quatre ouvrages très différents les uns des autres, qui selon moi valent le détour en toute subjectivité...

Le Génie lesbien, d'Alice Coffin (2020)

A sa sortie l'an dernier, Le Génie lesbien est un livre qui a fait parler de lui dans les médias institutionnels. Parce que la journaliste et militante féministe Alice Coffin y donne son opinion tranchée sur le patriarcat en choisissant finalement de ne plus soutenir les productions culturelles et artistiques des hommes, sous prétexte que par principe elles prennent déjà beaucoup de place dans notre société, on a affirmé qu'elle "détestait les hommes" (Dixit le journal de France 2). Une telle affirmation s'appuyait bien entendu sur des extraits tirés du livre, totalement sortis de leur contexte. Alice Coffin ne déteste pas les hommes mais dénonce à travers cet essai, le machisme institutionnel qui met systématiquement en avant l'homme blanc, souvent riche et hétérosexuel de plus de 50 ans, qui par sa présence systématique invisibilise les autres et en particulier les femmes, les personnes LGBT ainsi que les personnes racisées.

Pour étayer ses propos, elle s'appuie sur des chiffres, évoque des rencontres concrètes avec des militantes de la cause féministe, et parle de son expérience de journaliste et d'activiste (notamment au sein du collectif La Barbe). Chez Alice Coffin, l'intime n'est jamais séparé du politique. Ses arguments sont clairs et bien expliqués, Le Génie lesbien est tout à fait accessible sur le plan de la lecture. Qu'on adhère totalement à sa thèse ou non, il donne de la force, fait du bien. Il remet certaines pendules à l'heure, pendules que nous sommes tellement habitués à voir détraquées que cela ne nous gêne plus, ce qui est à mon sens très ennuyeux. C'est aussi un ouvrage salutaire car la voix d'Alice Coffin ou de ses camarades n'est que trop rarement entendue, nonobstant ce que peuvent déplorer certains médias et personnalités qui parlent de "féminazies". Oui ce terme existe, il est de plus en plus employé, sans doute parce que des écrits de cette trempe font flipper le patriarcat et les hommes qui l'entretiennent. Et c'est tant mieux.

L'art de la joie, de Goliarda Sapienza (1976)

Modesta naît en Sicile dans un milieu pauvre, durant l'année 1900. C'est à travers son regard d'enfant puis de jeune fille et enfin d'adulte, que nous traversons les grands événements et avancées du XXeme siècle dans son pays natal.

C'est un pavé de huit cents pages (format de poche) dont mon libraire m'avait fortement vanté le style et la puissance. L'Art de la joie est en effet un magnifique portait de femme dont la vie débute dans la difficulté mais qui se montre d'une liberté et d'une détermination sans faille tout au long de sa vie. Modesta est une grande héroïne dont l'intimité rejoint sans cesse la grande Histoire. De la Grande Guerre à la Seconde en passant par la montée des idéologies fascistes et l'épanouissement dans la matérialité, cette traversée du XXeme siècle du point de vue Sicilien (que l'on connaît souvent assez peu) est une belle ouverture sur notre Histoire mondiale. Tout cela est en plus écrit dans un style assez fluide, avec pas mal de dialogues et d'actions qui rendent la lecture relativement aisée.

Le seul reproche que l'on pourrait faire à cet ouvrage, c'est la longueur et la répétition de certains passages. Une amie m'avait signalé avant que je ne débute la lecture: " tu vas voir, tout le début est formidable, mais après il y a des hauts et des bas, ça fermente..."Il m'a fallu passer deux cents pages pour comprendre ce qu'elle entendait par là, mais je me suis en effet rendue compte que parfois, l'intrigue tournait un peu en rond et les personnages mettaient du temps à évoluer. Il faut s'accrocher un peu, mais quand on arrive au bout, c'est une grande satisfaction. L'Art de la joie est une belle expérience de femme qui s'éveille, dont on ressort enrichi.

Nature Humaine, de Serge Joncour (2021)

L'histoire commence en 1999, à l'annonce de l'arrivée de la tempête sur la campagne Française. Dans sa ferme du Lot, Alexandre redoute d'avantage l'arrivée des gendarmes...

Nature Humaine nous plonge dans vingt ans d'histoire contemporaine, à partir de 1976. C'est un roman qui mêle la politique et ces conséquences directes sur une famille de paysans. Avec le progrès technique, le rapport de l'Homme à la la Nature se modifie, ce qui pose un certain nombre de questions existentielles. La langue de Joncour est simple et jolie, drôle parfois et poétique souvent. J'ai adoré traverser ce dernier roman et l'époque qu'il décrit, dont on a l'impression qu'elle est sans cesse en mouvement et qui pousse à une intense réflexion sur ses conséquences aujourd'hui. Les chapitres sont courts et fluides, on en vient presque à essayer de réduire la vitesse de lecture pour pouvoir en profiter plus longtemps.

Le Grand Maulnes, de Alain-Fournier (1913)

La vie de François Seurel, jeune adolescent de quinze ans, se trouve un jour bouleversée lorsqu' arrive dans sa classe Augustin Maulnes, dit "le grand Maulnes". La présence magnétique du jeune nouveau va d'abord fasciner François qui fera tout pour devenir son ami. Il sera ensuite entraîné dans des aventures qu'il ne pouvait pas soupçonner...

Un petit classique de temps en temps, ça fait du bien. Le Grand Maulnes m'avait été conseillé il y a bien des années, au collège. Il était temps que je m'y mette !  Je ne regrette pas du tout. C'est un beau roman initiatique sur l'adolescence, au style élégant et délicat sans être trop précieux pour autant. La langue est également précise, tant et si bien qu'à lire certaines descriptions j'avais l'impression de tout voir comme dans un film au cinéma, dont l'atmosphère aurait pu être celle de Bertrand Tavernier. (Ne me demandez pas pourquoi, c'est une simple sensation irrationnelle qui ne m'a pas quittée tout au long de la lecture...) C'est une histoire sensible et romantique sans être niaiseuse, qui transmet de belles valeurs.

Voir les commentaires

Aux Petits Bonheurs...

7 Janvier 2022, 13:17pm

Publié par Erin

Aux Petits Bonheurs...

Chèr.e.s lecteur.rice.s,

J'espère que vous avez passé de belles fêtes de fin d'année. Le mois de Décembre fût pour moi riche en émotions et en événements personnels, qui m'ont empêchée d'avoir du temps à consacrer à mes promenades. Puisqu'en principe les choses devraient se calmer en Janvier, je reprends du service.

C'est vendredi et je profite de cette date pour vous souhaiter une très bonne année 2022 ! Qu'elle vous soit douce et tendre malgré la grisaille. Pour maintenir le cap qui est le vôtre, je vous invite avec moi, à aller chasser les petits bonheurs, ceux du quotidien, qui peuvent illuminer vos journées, à pêcher ces petites victoires qui vous font avancer doucement, mais sûrement.

L'année dernière, j’espérais que 2021 soit meilleure que l'année précédente... Force est de constater que l'ambiance ne s'est pas franchement améliorée depuis le début de la pandémie. Je vais continuer d'essayer de vous apporter des articles, qui j'espère pourront faire partie de vos petits bonheurs à vous. Je vous remercie d'ailleurs d'être présent.e.s en retour, de continuer de me lire avec assiduité. Merci de vos commentaires, du partage de mes écrits, de votre sollicitude quand je dois m'absenter longtemps. Sachez d'ailleurs que même lorsque je me dois de disparaître un moment, je pense toujours à ce que je vais vous écrire quand je reviendrai.

Que 2022 soit profitable à vos projets si vous en avez. Qu'elle soit riche de vos rencontres et de votre vie intérieure. Qu'elle maintienne votre énergie vitale qui vous permette de vous émouvoir, de vous révolter, de vous animer, et qu'elle ne cesse jamais de vous rendre curieux de ce qui vous entoure.

Prenez soin de vous et à la semaine prochaine,

Erin

Voir les commentaires

Le film de Novembre

26 Novembre 2021, 09:46am

Publié par Erin

La fracture, de Catherine Corsini

 

Tout commence alors que le couple de Raf (Valeria Bruni-Tedeschi) et Julie (Marina Foïs) bat de l'aile. Au cours d'une énième dispute, Raf tombe sur le bitume et se casse le coude. C'est au service des urgences de l'hôpital qu'elle rencontre Yann, gilet jaune, blessé par une grenade dans la manifestation qui sévit à l'extérieur. La tension monte dehors entre les forces de l'ordre et les manifestants, se répercutant sur l'intérieur, entre les personnages. La nuit sera longue...

De par sa réalité très contemporaine, La fracture est un film sévère. Catherine Corsini (entre autres, réalisatrice du très joli La belle saison, dont vous pouvez lire la critique ici) ne nous épargne aucune scène de violence, ni de souffrance et réalise un portrait tout à fait réaliste de la situation actuelle des hôpitaux Français, impactés par la suppression régulière de lits et le manque d'effectif. Cependant, afin d'éviter de transformer son travail en un documentaire à la Ken Loach, elle y injecte beaucoup d'humour à des moments opportuns en créant des personnages hauts en couleurs entre qui la dynamique est excellente.

Je n'ai jamais été une grande admiratrice de Valeria Bruni-Tedeschi, dont le jeu ne me convainc jamais et dont la voix m'insupporte. Mais je suis obligée de reconnaître que le rôle de Raf, que l'on a littéralement envie de jeter par la fenêtre au bout d'un quart d'heure, lui sied à ravir.  De même pour Pio Marmaï, qui interprète Yann, dont la colère ne s'éteint jamais et  occasionne des échanges cocasses. Enfin, mention spéciale à Aïssatou Diallo Sagna, dont le joli rôle d'infirmière dévouée force le respect.

La fracture est un beau film social et utile. Il serait salutaire que ceux qui détruisent le service public à coup de réformes et de privatisation progressive puissent le voir, et pas seulement ceux qui comme moi, pensent que cette dégradation est un vrai drame. Ça n'arrive jamais, on le sait, mais ça me fait du bien de le dire. Cette histoire est une véritable alerte sur l'état de notre société et ce qu'elle deviendra si nous ne nous décidons pas à fonctionner autrement pour réparer la fracture.

Voir les commentaires

Fabrizio de André: Storia di un impiegato (1973)

19 Novembre 2021, 09:17am

Publié par Erin

Il est de ces lectures qui vous ouvrent de nouveaux horizons sans qu'on s' y attende. Le numéro 10 de la revue Dissidences intitulé Musiques et Révolutions: XIXe, XXe et XXIe fait partie de celles-ci. Cet ouvrage collectif invite au travers d'exemples concrets (des goguettes du XIXème siècle à la rappeuse Keny Arkana en passant par la bande-son de Mai 68) à comprendre le lien entre la musique et la société, particulièrement lorsque cette dernière se trouve secouée par des élans révolutionnaires populaires.

 

Parmi ces exemples se trouve l'album Storia di un impiegato, par le chanteur Italien Fabrizio de André, sorti en 1973. Cet album concept retrace L'histoire d'un employé, traversé par un questionnement existentiel. En résumé, un simple travailleur insouciant change au fur et à mesure du disque pour se transformer en anarchiste convaincu, prêt à tout détruire pour faire la révolution. Arrêté et jugé au tribunal, il termine son histoire en prison où il trouve ce qu'il cherchait, une force collective qui lui confirme que la voie qu'il a choisi, bien qu'elle soit servie par la violence, est celle qui est la plus juste.

Les explications données dans la revue étant relativement bien détaillées, j'ai très vite eu besoin de retrouver cet album dans les méandres du net pour mieux comprendre de quoi on me parlait. Je ne sais pas pourquoi j'assimilais dans ma tête ce disque à du rock progressif. Sans doute était-ce dû à la décennie de sa sortie, où ce genre musical était en vogue et où les albums concept (qui racontent une histoire) étaient légion. Perdu !

Storia di un impiegato est éclectique: parfois rock, certes, mais aussi très proche de la folk et de la variété. On y entend le trio gagnant guitare-basse-batterie, mais aussi de l'harmonica, des violons, des cuivres, du piano et quelques synthétiseurs bien placés. La voix de Fabrizio de André est chaleureuse et enveloppante. Elle au croisement entre Georges Brassens, Léonard Cohen et Bob Dylan (tout ça en Italien): il y a du texte, et une vibration typiquement issue du bouillonnement créatif et musical des années 70. Chaque chanson est un univers particulier avec une ambiance spécifique dans laquelle on prend plaisir à se promener au même titre que l'employé dont il est question. Ces atmosphères très différentes les unes des autres forment finalement un tout parfaitement cohérent, aux arrangements riches.

Fabrizio de André lui-même n'était pas satisfait de cet album à sa sortie, le jugeant trop différent de sa production antérieure. Storia di un impiegato a pourtant été réhabilité par la suite et ce trouve aujourd'hui être une référence de la musique Italienne du XXème siècle. Il n'a pas vieilli d'une note, ce qui en fait une réussite, intemporelle.

A écouter ici !

Voir les commentaires

Herman Melville: Moby Dick (1851)

12 Novembre 2021, 18:15pm

Publié par Erin

Je m'appelle Ishmaël. Mettons. Il y a quelques années, sans préciser davantage, n'ayant plus d'argent ou presque et rien de particulier à faire à terre, l'envie me prit de naviguer encore un peu et de revoir le monde de l'eau.

J'ai atteint un de mes rêves d'enfant ! Ne me demandez pas pourquoi, mais depuis que je suis gamine, Moby Dick est un roman qui exerce sur moi une grande fascination dont j'ai pourtant longtemps repoussé la lecture, parce que je trouvais toujours plus urgent à lire... Cet été, j'ai pris mon temps et mon courage à deux mains pour enfin prendre le large et me plonger dans sa lecture.

Ishmaël, jeune marin attiré par l'aventure, embarque un jour sur le Pequod, baleinier commandé par le Capitaine Achab. Mais ce qui devait être une simple chasse à la baleine comme il s'en pratiquait beaucoup à l'époque se transforme rapidement en une histoire de vengeance. L'équipage du Pequod part alors à la recherche de Moby Dick, fameuse baleine blanche réputée pour être un monstre sanguinaire...

Dans l'ensemble, j'ai bien fait de finalement m'y mettre. Ce pavé qui me faisait mille promesses en tient un certain nombre. Tous les passages purement narratifs et fictionnels, où Ishmaël raconte ses aventures à bord du navire sont merveilleux. C'est fluide, élégant et très rythmé. Les chapitres sont courts et donnent le sentiment d'être sans cesse en mouvement, presque comme sur le Pequod. Même les descriptions des personnages se lisent bien et participent au sentiment de vie tourbillonnante qui traverse les pages.

Là où ça commence à se gâter, c'est quand Ishmaël le baleinier se met à nous parler technique en nous faisant part de la bien nommée cétologie, ou science de la baleine. Ces chapitres ont tendance à freiner un temps soit peu le rythme de l'histoire, qui devient plus laborieux. En lisant, on a presque l'impression que Melville (qui fût baleinier lui-même) a voulu à travers la voix de son narrateur, nous rendre aussi obsédé que lui par la baleine. La baleine par taille, par couleur, les étapes de sa chasse... Je n'en aurais personnellement pas fait des chapitres complets mais plutôt quelques paragraphes judicieusement placés, pour éviter de perdre trop souvent la trame du récit. Ceci étant dit, j'avais parfaitement conscience en lisant ce roman que tous ces passages étaient nécessaires. (Il faut d'ailleurs veiller à les lire jusqu'au bout pour bien suivre toute l'action). Tout a du sens, même quand le récit ne progresse pas, et c'est d'ailleurs ce qui fait de Moby Dick une œuvre très bien construite.

Malgré ces quelques bémols tout à fait subjectifs, je ne regrette rien. Ne serait-ce que parce que Moby Dick m'a littéralement fait voyager depuis ma chambre cet été, c'est une lecture qui valait le coup. Une de ces lectures où la vie paraît plus grande, à laquelle il faut s'accrocher et pour laquelle la persévérance  est largement récompensée.

La folie humaine est souvent féline et rusée. Quand on la croit partie, elle n'est peut-être seulement que métamorphosée en une forme plus subtile.

Voir les commentaires

Tonton Georges a 100 ans !

22 Octobre 2021, 09:09am

Publié par Erin

Georges Brassens (22 octobre 1921- 29 octobre 1981)

Georges Brassens (22 octobre 1921- 29 octobre 1981)

Cher Georges,

Si je prends le temps aujourd'hui de t'écrire une petite bafouille, c'est que nous sommes encore dans la semaine du 22 octobre 2021 et qu'il y a un siècle tout pile, tu as pointé le bout de ton nez sur notre planète.

Je ne me souviens plus exactement des circonstances dans lesquelles j'ai découvert tes chansons. Mais je me rappelle que mon premier contact avec toi, c'était une cassette audio de reprises, Une petite fille chante Brassens, sortie en 1985. J'ignore ce qu'il en était pour cette fameuse petite fille, mais en ce qui me concerne, à l'époque je ne comprenais pas la moitié de tes textes. Il n'empêche qu'ils me plaisaient franchement. Tant et si bien que j'ai pris le chou à ma famille pendant un certain temps en chantant à tue-tête Brave Margot et Le Parapluie en boucle, lors de nos  réguliers voyages en voiture...

Tu as toujours fait partie de la bande originale de mon existence. Adolescente, j'ai découvert que les chansons que j'écoutais sur cassette n'étaient pas des comptines pour enfants mais bien de la chanson populaire écoutée aussi par les adultes. Ta voix de feu de cheminée résonnait très souvent chez mes grands-parents. En faisant la cuisine mon grand-père chantait avec toi La chasse aux papillons, Auprès de mon arbre, Le gorille... Et chaque dimanche où ma grand-mère venait manger à la maison, je lui sortais un de tes disques, histoire de l'entendre fredonner quelques notes. Tu étais de leur jeunesse...

Ce n'est que toute jeune adulte que j'ai commencé à m'intéresser réellement à tes rengaines. Enfin l'ensemble de tes mots prenaient du sens et ta musique ne cessait de me montrer sa richesse. Tu m'as hanté, Georges. Tes chansons sont devenues une obsession qu'en bonne mono-maniaque j'ai passé en boucle, parce qu'à chaque nouvelle écoute je découvrais qu'une phrase m'avait échappée et que je comprenais quelque chose de nouveau. Je n'en revenais pas d'entendre que dans ton répertoire pas une virgule n'était mal placée et que tes chansons atteignaient un tel degré de  perfection d'écriture. C'était presque rageant.

Tu es considéré aujourd'hui comme un maître dans l'art de la chanson. Moi, j'aime tes rimes, mais aussi ton accent, ta pipe et ta moustache. J'aime ton engagement, que tu n’exprimais jamais frontalement mais que tu faisais passer par la fenêtre afin que l'on puisse l'entendre quand-même. J'aime la cohérence avec laquelle tu as essayé de mener ta vie et l'honnêteté dont tu semblais faire preuve. Enfin, j'aime l'époque musicale que tu représentes et l'héritage que tu nous laisses. 

Le temps passe et je reste émerveillée par ta production musicale. Je suis autant émue par Brave Margot (que je connais encore par cœur) que par La marine, ce poème de Paul Fort que tu as brillamment adapté et mis en musique, au même titre que Les passantes d'Antoine Pol ou que Gastibelza de Victor Hugo (texte auquel je ne comprends toujours rien, malgré plusieurs écoutes). Le temps ne fait rien à l'affaire est devenu un hymne me permettant de supporter mes journées de travail, et les amoureux des bancs publics accompagne régulièrement mes promenades à pieds. A chaque situation de la vie s'associe une de tes chansons, il est toujours utile de t'emporter avec soi.

Ta voix me sert aujourd'hui à rappeler mes grands-parents auprès de moi lorsque que j'en ai besoin. En t'écoutant je recharge mes batteries de tendresse et de sincérité. Contrairement à ce que le titre de cette lettre laisse supposer, tu n'es pas mon oncle non, non, mais c'est tout comme, tu es ce poète fantôme qui pousse à écrire, une figure protectrice intemporelle qui appartient à tout le monde et donc à moi aussi.

C'est pas tous les jours qu'on souffle ses cent bougies ! Cette humble lettre fera office de cadeau.

Bon anniversaire !

Voir les commentaires

1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 > >>